‹ Histoire du XIXe siècleChapitre 70 sur 75 · LA CHARTE. — LOUIS XV11I · texte numérisé non relu

LA CHARTE. — LOUIS XV11I

olement magnanime. Il semblait demander pardon d’avoir vaincu. Non-seulement il respecta nos monuments, mais il nous laissa même le fruit de nos victoires. Dans sa visite aux Invalides, voyant ces vieux soldats tout tristes, il eut 1 idée chevaleresque et délicate de leur restituer les canons russes qu’ils avaient pris jadis à Austerlitz.

Il marchait entouré d’une élite des hommes supérieurs de l’Europe, les Humboldt, les Capo d’Istria et Pozzo qui, comme Corse, réclama sa qualité de Français. En venant et passant par Sceaux, Alexandre y avait retrouvé son ancien précepteur, le grand patriote Suisse, César de Laharpe.

Cela le rappelait au jour de sa jeunesse, aux rêves dont son ami Czartoriski l’avait jadis entretenu. Au reste, l’acte incohérent qu’on appela la Charte et que Louis XVIII fit écrire par Beugnot et l’abbé de Montesquiou, 11e ressemble pas mal à ce qu’Alexandre et son jeune ami autrefois avaient préparé pour la Pologne.

Mais en donnant ces libertés, le roi y joignait un mot qui semblait les retirer toutes. Il disait qu’il les « octroyait. »

Ainsi la souveraineté du peuple , le mot que Bonaparte employait si souvent, le nouveau roi n’ayant pour lui nul prestige et nulle gloire, croyait arrogamment pouvoir le supprimer.

Cela seul constituait une révolution.

430 MSTAUKATION. — L LS B0U1UJ0.NS.

il semblait qu’un vieillard exilé si longtemps et propre frère du martyr du parti, dût inspirer respect, surtout aux royalistes.

Mais sa mine fleurie, son brillant embonpoint annonçaient trop qu il avait pris peu d’intérêt aux malheurs de son frère. On savait même qu’il avait fort contribué à ceux de la reine, étant l’instigateur, sinon l’auteur des terribles pamphlets anonymes qui avaient tant contribué à la déshonorer, à déconsidérer le trône. 11 avait la réputation d'un parfait égoïste.

Des légendes gastronomiques couraient sur lui, sur les pyramides de côtelettes qu’on lui échafaudait et dont il mangeait la dernière, celle d’en bas, qui recevait le jus.

La pléthore, effet naturel d’une vie gourmande et immobile, l’aurait rendu malade si on n’v eût pourvu par des cautères. Ces dérivatifs lui gardèrent un fort beau teint et d’étranges regains de jeunesse qui se manifestaient par des contes obscènes, et même avec les dames par des licences indécentes, de petites attaques impudiques.

Tout Parisien a le vif souvenir de celte génération qui entourait l’empereur Alexandre. M. Alexandre de Humboldl, après tant de voyages, demeura longues années au quai du Louvre, comme au lieu le plus balai labié de la terre.

C’était une génération non-seulement plus éclairée,

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