‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 120 sur 329 · LA DUCHESSE DE NEMOURS ET FILLES · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE NEMOURS ET FILLES

Les guerres de la Fronde étant terminées, il y eut à la fin de juillet 4652, entre François de Vendôme, due de Beaufort, le célèbre Rot des Halles, et son beau-frère, Charles-Amédée de Savoie, due de Nemours, une querelle à propos du combat de Jargeau. Elle se renouvela pour une question de préséance, au conseil de Monsieur (Gaston d'Orléans), et prit un caractère tellement violent, que le due de Nemours provoqua son beau-frère en duel, et malgré les résistances naturelles de ce dernier, il fallut, le mardi 30 juillet, aller sur le terrain choisi, au Marché aux chevaux (emplacement des rues Louis-le-Grand, d’Antin et Gaillon).

Le due de Nemours, qui n'avait que vingt-huit ans, fut tué raide d’un coup de pistolet à la tête, et, par contre-coup, son témoin, M. de Villars, tua celui du duc de Beaufort, M. d'Héricourt, lieutenant de ses gardes. À la suite de cet horrible duel, dans lequel son propre frère avait tué son mari, la duchesse de Nemours (Elisabeth de Vendôme), petite-fille de Henri IV et de Gabrielle d’Estrées, vint, dans son désespoir, chercher un refuge à la Visitation de Cuaillot. Elle y amena ses deux filles, qui y demeurèrent pendant de longues années et n’en sortirent, l’ainée, Marie- Jeanne-Baptiste, qu’en 1665, pour devenir duchesse de Savoie, et la seconde, Louise-Marie- Françoise-Elisabeth, dite Me d'Aumale, en 4666, pour épouser Alphonse VI, roi à demi idiot du Portugal, puis, en 1663, dom Pedro de Bragance, frère d’Alphonse et roi à sa place. La duchesse de Nemours, morte en 4664, avait été inhumée, suivant son désir, dans le cloître du couvent de la Visitation de larue Saint-Antoine.

Mie DE LA MOTTE-ARGENCOURT MARIE MANCINI (1657-1639)

C’est bien avec intention que nous réunissons, un peu tardivement peut-être, les noms de ces deux jeunes filles aimées de Louis XIV, et dont nous n'avons pas voulu parler plus tôt pour ne pas interrompre le récit du séjour d’Henriette de France à Chaillot.

Donc, au commencement de l'année 4657, Anne d'Autriche avait pris depuis peu comme fille d'honneur Mie de La Motte-Argencourt (1). Sa beauté n’était pas éclatante, ni son. esprit fort extraordinaire, dit M®e de Motteville, mais elle était aimable. Ses yeux bleus, surmontés de sourcils noirs et de cheveux blonds, lui donnaient en même temps un air de douceur et de vivacité si agréable, qu’il était difficile de se défendre de ses charmes ; aussi le jeune Louis XIV s’y laissat-il prendre et finit-il par lui déclarer sa passion. Mite de La Motte repoussa les propositions peu mesurées du roi; puis, voyant qu'il s’éloignait d'elle, s’éprit violemment du marquis de Richeliéu, marié à la fille aînée de Me de Beauvais (2), première femme de chambre et favorite d'Anne d'Autriche. La marquise de Richelieu, jalouse à bon droit, incita sa mère à faire éloigner de la cour Mie de La Motte, et. on l’envoya au couvent de la Visitation de Chaillot, où, quoiqu’elle ne s’y fût pas retirée de son plein gré, désabusée des vanités de la cour, elle resta volontairement, sans être religieuse, après avoir donné à cette maison vingt mille écus que lui avait remis le roi, et s’y créa une vie fort tranquille et fort heureuse. Vers 4700, les bâtiments du couvent tombant en ruine, ce fut elle qui fit les plans des nouvelles constructions, à l'exception de l’église, qui fut confiée à l'architecte Gabriel. M1! de La Motte mourut à Chaillot le 25 octobre 1709.

Marie Mancini, la meilleure des nièces de Mazarin, née en 1639, demeura pendant deux ans comme pensionnaire, avec sa sœur Hortense, au couvent des filles de Sainte-Marie de Chaillot, et y resta jusqu'au commencement de l’année 4657. Le cardinal la fit venir alors à la cour. Son esprit,

sa gräce, ses manières enjouées faisaient oublier son manque de beauté, et Louis XIV, qui s’en-flammait alors si fac ilement, en devint passion nément amoureux, beaucoup plus même qu'il ne l'avait été déjà de sa sœur Olympe Mancini, devenue comtesse de Soissons. Marie Mancini répondit à cette passion, espérant toujours que le roi l’épouserait. Fort jalouse, et craignant de laisser échapper sa conquête, elle ne quittait pas le roi, qu'elle suivait partout et allait jusqu’à l’obsession. Mazarin, voulant anéantir les folles espérances de sa nièce, prit la résolution de l’éloigner et de l'envoyer pour quelque temps au couvent de

(:) Ne pas confondre avec Mile de La Motie- Houdancourt. ce qui a lieu assez souvent, (2) Voir l'article qui suit,

Brouage, près de la Rochelle. La séparation des deux jeunes amants, à la fin de 1659, fut des plus pénibles. « Vous pleurex, dit Marie au roi, vous êles le maître, vous m'aime el je pars ! » Dix-huit mois après, le 41 avril 4661,

on lui fit épouser solennellement par procuration,

dans la chapelle de la reine, au Louvre, en présence de toute la cour, le prince Colonna, grand connétable de Naples (1), et, depuis, elle eut une vie des plus a dont le récit ne serait pas ici à sa place. Ce que nous tenons à noter cependant, c’est qu’en 1705, s'étant avisée de quitter l'Italie pour venir voir sa famille, on ne lui accorda cette faveur qu’à la condition qu’elle ne mettrait pas les pieds à Paris et encore moins à la cour. Elle vint alors s'installer à Passy, dans une petite maison appartenant à son frère, le duc de Nevers ; mais, comme elle ne connaissait plus personne en dehors de sa famille, l’ennui la prit, et elle s’en retourna peu de temps après à Rome.

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