JEAN-JACQUES À LA FÊTE DE PASSY
Jean-Jacques Rousseau, invité par M. et Mme de La Pouplinière à venir diner au château seigneuria] de Passy, s'y rendit. C'était le jour de l'Annonciation, fête patronale de la commune. Après diner, on alla se promener à la fête, qui se tenait alors dans les jardins du château et vers le milieu de la rue Raynouard; M. de La Pouplinière s’amusait à jeter de l'argent aux paysans et riait beaucoup de les voir se ruer les uns sur les autres pour le ramasser. Jean-Jacques profita du moment où toute la compagnie était occupée de ce spectacle, pour se dérober à la foule et chercher, suivant sa coutume, un lieu plus solitaire. Arrivé près de l’avenue qui, du château, conduisait à la route de Versailles, il voit une petite fille qui portait des pommes sur un éventaire et n’ayait pas d’acheteur : « Combien vos pommes? lui dit:1l. — Six sous pour vous servir, mon bon monsieur. — Eh bien, ma chère enfant, je vous les achète toutes, à condition que vous irex les porter à ces petits savoyards que. vous voyex à deux pas de nous. » — La jeune marchande ne demanda pas mieux et les petits garçons, qui ne s’attendaient pas à pareille aubaine, se mirent à croquer les pommes, en sautant de joie. Cette manière de faire des heureux valait bien celle du riche financier auquel Piron dit un jour: Allez cuver votre or.
(Extrait en partie des Chroniques de Passy, de Quillet, t. I, p.195 et 196.)
Mme de Genlis intéresse la Société historique pour les rapports qu’elle eut avec plusieurs personnages qui ont vécu dans notre domaine, avec Miranda qui la protégea dans sa fuite, quand elle émigra pour la seconde fois, avec la comtesse de la Motte, la célèbre héroïne du Collier dela Reine, qu’elle vit chez Mme de Boulainvilliers et dont elle fit nommer le frère commissaire de la marine, et surtout par différents séjours qu’elle fit à Passy (2). Elle habita aussi Chaillot. Elle fut enterrée au mont Valérien.
(1) Sour PRINCIPALES. — Mémoires inédits de Mme la comtesse de Genlis sur le xviu siècle el sur la Révolution française, depuis 1756 jusqu'à nos jours. 8 vol. in Paris, 1825 — Leçons d'une gouvernante à ses élèves ou fragments d'un journal qui a élé fait pour l'éducation des enfants dé M. le dre d'Orléans, 1791, 2 vol. in-12. — Les Souvenirs de Félicilé L.., 1807, in-12. — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. I1T, pp. 19 à 37 Mme de Genlis, sa vie. Son œuvre, sa mort, 17/ , d'après des documents inédils, par Honoré Bonhomme, Paris, 1885, librairie des Bibliophiles, Jouaust, in-12. Kavanagh. French women of letters. Tauchnitz, — M.-L. de Sévelinges, Mme la comtesse de en minialure. Paris, Dentu, 1826. in-8. — Cousin d'Avallon, Genlisiana, 1820, publ à la lillérature politique, t. II. pp. 16 ss., avec cette devise : Mulierem quis fortis inveniet, etc.
(2) Hôtel de Genlis. n°58 de la rue de Passy. Renseignement dû à M. Mar,
Il faut dire qu’elle intéresse aussi la plupart des autres Sociétés d'histoire parisienne nées et à naître, car elle passa dans beaucoup de quartiers et on lui demandait un jour très sérieusement : « Où logez-vous cette semaine, Madame (1)? »
Suivons-la maintenant dans sa carrière aventureuse. Étudions son caractère par sa vie, par les sentiments qu’elle inspire aux autres et par ce qu’elle nous en dit elle-même. Malgré les documents, les jugements de ses contemporains et ses bavardages ‘indiscrets, il restera un certain nombre de points obscurs.