MOINS JOLIE QU'ELLE NE SE CKOIT (OPINION DES AUTRES FEMMES
Sans travesti, comment la voient réellement ses contemporaines ?
(1) Abrégé des Mémoires (éd. Ollendorif, p. 11)
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« Elle aune gaieté de jolies dents, » dit Mme de Cambi. î 5
Mme de Boufllers : « Elle fait mentir le proverbe qui dit que les visages ronds n'ont pas de physionomie. »
troussé. Elle était mime et pouvait prendre des physionomies variées (1). »
Seoutons Mme Vigée-Lebrun (2) :
«Mme de Genlis était assez grande et très bien faite ; ellen’a jamais dû être précisément jolie; elle
Madame de Genlis vers la fin de sa vie.
(D'après le portrait de Me Chéradame. — Collection de M. Émile Potin.)
Mme d’Abrantès trouve « qu'elle a une taille ravissante. aisée, ronde et même souple et gracieuse, mais l’air méchant, agité. Ses yeux taillés en amande racontaient tout autre chose que ce qui devrait animer un visage de jolie femme. Son nez ne se sauvait de la réputation de gros nez que parce qu’il pouvait prétendre à celle de nez re-
avait beaucoup de physionomie. Je pense que sa physionomie aurait pris difficilement l'expression
(1) Mme d'Abrantès,
es Salons sous l'Empire et
la Restauration. — Passim. L (2) Portraits à la plume, p. 277, à la suile des Mémoires, L. 11.
de la bonté; mais elle prenait toute autre expression avec une mobilité prodigieuse. »
Mme de Genlis tient à passer pour petite. « J'ai couché, dit-elle, dans un berceau d'enfant trop petit pour que mademoiselle (de Chartres) y pût dormir. » (12 juillet 1787.)
Mme d'Oberkirsh (Mémoires, t. II, p. 61) accorde à Mme de Genlis du charme, mais peu de naturel. « Elle pose sans cesse pour son portrait physique et moral. Un ridicule immense de cette femme masculine, c'est sa harpe, elle la porte partout avec elle; elle en parle lorsqu'elle ne l’a point, elle joue sur une croûte de pain, et elle s'exerce avec une ficelle. Quand on la regarde, elle arrondit les bras, pincela bouche, prendun air sentimental, un regardanalogue etremueles doigts. Mon Dieu ! que le naturel est une belle chose. »
A la fin de sa vie, Mme de Genlis fit faire son portrait par Mme Chéradame : « Je suis représentée jusqu'aux genoux, écrivant pendant la nuit, ayant à côté de moi une lumière prête à s’éteindre, et m'arrêtant en voyant naitre le jour. Je fis mettre sur la table, à côté de la lumière, un vase de fleurs et enfii un seul livre sur le revers duquel ce mot est écrit : Evangile. Il y à derrière moi une harpe dans l'ombre (1). »
CONQUÈTES ET TRIOMPHES
Nous abrègerons le long cortège de ceux qui ont succombé aux charmes de Mme de Genlis. Il faudrait avoir recours à des classifications de soupirants, tout un numérotage par chiffres et lettres de l’alphabet. Ce sont des hommes de lettres, des professeurs, des roturiers, des nobles, des étrangers qui tombent à ses pieds, s'engagent de désespoir, l'insultent après l'avoir adorée, en prennent la jaunisse. Elle eût pu épouser le baron d’Andlau (qui intéresse Auteuil), qui lui envoya son arbre généalogique. Il se rejeta sur Mme Ducrest et fit sa femme de celle qui eüt pu être sa belle-mire. Mme de Genlis dit avoir dédaigné La Harpe, la fleur des pédants, qui l'aima be ment, Marie-Joseph Chénier, Bernardin de Saint- Pierre. On lui attribue comme amants : Brissot, Pétion, Mirabeau cité par Sévelinges, conte à Sophie Monnier, lettre du 2 fév. 1780, ses relations avec Mme de Genlis et une longue entrevue en voiture.
Il convient d’insister sur trois soupirants, qui appartiennent à notre domaine.
LA POUPLINIÈRE
Parmi les personnes qui donnèrent l'hospitalité à Mme Ducrest et à sa fille, fut La Pouplinière. Elles arrivèrent à Passy le jour qu'on mariait six pauvres jeunes filles dotées par le financier. Mlle Ducrest prit part aux danses, aux galas, aux concerts et aux fêtes, joua de la harpe; elle observa aussi CUX qu ’elle voyait et les jugea. Dalembert a une figure ignoble, Sainte- se res semble au crime, île poète Bertin au remords.
(1) Mémoirés, p. 292, —Ollendorff, 1893.
La Pouplinière lui donna des professeurs de musique, de danse, de déclamation ; il soupire à la pensée qu'il a soixante-six ans et que cette jolie créature n’en a que treize (1759). On l'entend murmurer en la regardant et même dire tout haut : quel dommage !
Stéphanie Félicité, reconnaissante de cet hommage à ses yeux noirs, à son nez à la Roxelane, à ses talents, se disait aussi : quel dommage! « Je compris fort bien à la fin ce mot si souvent répêté et je fus fâchée moi-même de n'avoir pas trois ou quatre ans de plus, car je l’admirais tant que j'aurais été charmée de l’épouser (1). »
Plus tard, Mme de (enlis se montra ingrate,
elle trouva que Voltaire se trompait en appelant un peu trop légèrement La Pouplinière : Mécène et protecteur des arts (2).
Le palais de Mécène était peuplé de filles de spectacle, de nymphes, de grâces et de bacchantes. C'était l’époque où Dubois-Crancé voyait La Pouplinière entouré de joie duchesses. « Lui était seul dans son magnifique fauteuil et se plaignait d’avoir été changé” en nourrice parce que, disait il, il était fait pour être roi (3). > Marmontel dans ses Mémoires (4) laisse es en termes trop clairs pour qu'il soit facile de les citer, quelques-unes des scènes dont la maison était le théâtre et cette soif de Tantale qu'avait le vieux La Pouplinière pour tous les plaisirs. Onlit dans un livre de notre collègue, M. Lhomme (5) :
« Mme de Genlis était pauvre, mais le financier La Pouplinière lui fit donner une excellente éducauon. »
3° CONTE DES MILLE ET UNE NUITS LE MARIAGE DE Mlle Ducresr
IL y avait un jour un aga des janissaires très noble, très beau, très brave, qui s'appelait le comte de Genlis. Il était le prisonnier d'une fée malfaisante qui avait nom la perfide Albion. IL rencontra un autre captif qui regardait en soupirant un couvercle de boite sur lequel était peinte une ravissante odalisque qui jouait de la harpe. Le comte admira le portrait, apprit qu’il était inférieur à l'original. Il crut ce que disait un père qui ne voyait à sa fille nul défaut. IL tomba amoureux du portrait sur la boîte; il lut des lettres élogieuses pour le modèle ; une mère les avait écrites; un père y ajoutait ses commentaires. Le captif était M. Ducrest, qui revenait de Saint-Domingue.
L’officier fut rendu à la liberté par l’intervention d’un génie, quiétait son oncle le marquis de Puisieux, ministre des affaires étrangères. IL porta à Mme Ducrest les messages de son mari, à Mademoiselle son cœur à lui et sa main. Le mariage eut lieu. Il demeura secret, puis se découvrit. Lei ce n'est plus un conte d' Arabie, mais
(1) Pp. 13, 14. Mémoires (Ollendorff),
(2) Souvenirs de Félicité L..., p- 70.
[ de Dubois-Crancé, ‘Jung, vol. II, p-
(4) PB. 114, liv. IV, éd, 1819.
(5) Les Femmes écrivains, Pibl lit. de la Famille, Librairie de l'Art, Paris,
un roman moderne. La riche et puissante famille fut au comble de la fureur jusqu'à ce que, n'ayant rien de mieux à faire, elle se résigna.