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DOCUMENTS INÉDITS RELATIFS À JEAN RACINE ET À SA FAMILLE

Jean Racine nous appartient doublement, puisque nous avons le plaisir de posséder parmi nous M. Louis Mirleau d’Iliers, son arrière-petit-fils. C’est à ce titre que j'ai voulu vous donner la primeur d’une notice publiée, il n’y a que quelques jours, par M. le vicomte de Grouchy, ancien ministre plénipotentiaire (4), qui a eu

(1) Paris, Téchener, 29 juin 1892

la bonne fortune de retrouver, dans les minutiers

de quelques notaires parisiens, certains documents

du plus haut intérêt pour l’histoire intime de

Jean Racine et de ses descendants.

Mais, auparavant, je dirai un mot d’une pièce, donnée le 18 juin dernier, dans le journal la Paix; c’est un extrait du registre des sépultures de Port-Royal-des-Champs qui relate l’ensevelissement du poète. Ce document, reproduit par divers journaux de Paris et donné comme inédit, se trouve in extenso dans le Dictionnaire critique de Jal (Paris, Plon, 1867).

La notice de M. le vicomte de Grouchy comprend les documents suivants pour lesquels il n’a pas dressé de table récapitulative :

— Contrat de mariage de Racine suivi de l’état des biens des futurs (30 mai 1677);

— Vente du 12 août 1681 ;

— Bail de la maison de la rue de la Friperie (même date);

— Dot d'Anne Racine (15 décembre 1698);

— Contrat de mariage de Marie-Catherine Racine ( janvier 1699) ;

— Inventaire des biens de Racine (44 mai 4699) ;

— Etat (ou catalogue) des livres après le décès de Racine;

— Vente, par sa veuve, de l'office de secrétaire du roi (5 juin 1699) ;

— Vente, par sa veuve, de l'office de trésorier de France (16 juillet 1699) ;

— Tution et avis de Racine;

Liquidation et partage (dernier juillet 4699) ; — Contrat de mariage de Marguerite Vitard ; — Constitution de rentes ; — (Contrat de mariage

(Le avril 1798) ;

— Testament olographe de J.-B. Racine.

de Louis Racine

Pour ces deux dernières pièces, M. le vicomte de Grouchy déclare en devoir la communication à M. Louis Mirleau d’Illiers.

Négligeant le détail des stipulations financières portées au contrat de mariage de Racine avec Catherine de Romanet, nous remarquerons, dans cet acte, les signatures du grand Condé et de Louis de Bourbon; celles du premier président de Lamoignon, du ministre Colbert, du marquis de Seignelay, du duc d'Albert, et celle plus modeste, mais plus intéressante pour nous, de Nicolas Vitard, seigneur de Passy, avocat au parlement, cousin germain de Racine.

Le mariage (mai-juin 1677, l’année même où Phèdre fut représentée) coùta 6.000 livres.

Racine apportait son office de trésorier de France aux gages de 2.400 1. t. (capital36.0001.) ; 400 I. de rentes (8.000 I. en principal) dues par Nicolas Vitard ; 666 I. de rentes sur l'Hôtel de Ville. « Le S' Racine jouit en plus de 4.500 I. de pension qu’il plait au Roi luy donner et, pour le surplus, il est couché sur l’état de S. M. »

Il apportait aussi de l’argenterie, des tapisseries des Flandres et de Bergame, etc., un grand miroir et plusieurs tableaux valant 500 livres.

La fortune de Catherine de Romanet était sensiblement plus élevée que celle de son futur mari.

Le 12 août 1681, quatre ans après son ma— riage, Racine achetait à la veuve du conseiller Le

Mazier une maison sise rue de la Friperie, moyennant la somme de 18.400 livres.

En 1688, il avait prêté 22.000 fr. à Honoré d'Albert, duc de Chevreuse, et 13.000 I. à Boileau en 4689 et 1695.

A sa mort (21 avril 1699), Racine avait donc augmenté notablement sa fortune (1). IL avait maintenant un carrosse doublé de velours rouge, et une petite chaise roulante à 4 roues, et, pour traîner ces deux voitures, estimées 275 1., deux chevaux hongres, sous poil blanc, à courtes queues, vieux et caducs, prisés, avec leurs harnais, 36 livres!

Je passe sur le linge, les vêtements et l’argenterie pour arriver à la bibliothèque, où, parmi les auteurs anciens ou modernes, un seul manquait : Racine lui-même.

Les prix des ouvrages sont instructif; car tandis que les œuvres d’Andilly sont estimées 50 1. et celles de Tillemont 40 L., Molière atteint péniblement 7 1. et les 41 volumes de Corneille arrivent tout juste à 3 livres!

Il y a, on le voit, dans cette brochure de 18 pages, bien des détails intéressants sur la vie et les habitudes de Racine; et l’on ne saurait assez remercier ces travailleurs désintéressés qui consacrent, à des œuvres en apparence aussi arides, les loisirs d’une retraite studieuse et honorée,

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