EGLISE NOTRE-DAME DE GRACE DE PASSY
Bonshommes. Autrefois, Chaillot, Passy et Auteuil avaient beaucoup de vignes (1).
Béranger vint en 1841 demeurer chez son amie, M"° Béga, au n° 19 de la rue Vineuse; il y resta sept ou huit ans. Le regretté président de la Société historique d'Auteuil et de Passy, M. Eugène Manuel, a fait le récit d'une visite de Michelet au célèbre chansonnier, rue Vineuse (2).
Le maréchal de Mac-Mahon, le général F. Douay et leurs états-majors descendirent, le 22 mai 1871, dans la maison n° 49 de cette rue.
La rue de l'Annonciation (3) va de la rue de Passy à la rue Raynouard et passe devant l'entrée principale de l’église de Passy. Elle s’appela rue du Moulin, rue des Tierrées, pnis rue de la Paroisse jusqu'à la Révolution, qui lui imposa, en 1793, le nom de « rue de la Raïson ». Quand les églises furent rendues au culte, elle devint la « rue de l'Église », nom qu’elle conserva jusqu'au décret du 26 février 1867, qui lui a donné sa dénomination actuelle.
Le chansonnier vaudevilliste Brazier acheta en 1825 la maison n° 4 et y mourut en 1835; cette maison a été habitée par l'éditeur Curmer vers 1856-1858.
Le duc d'Aumont, lieutenant général et célèbre amateur, eutsous Louis XV, à l'emplacement du n° 9, une propriété s'étendant jusqu'au delà de la rue Singer actuelle; it la céda au comte de Valentinois, prince de Monaco. En 1814, le prince de Condé et son fils, le duc de Bourbon, vinrent habiter cet hôtel pendant quelque temps.
L'église Notre-Dame-de-Grâce de Passy a d'abord été une simple chapelle, bâtie par Claude Chahu, conseiller du roi en ses conseils, trésorier général des finances et seigneur de Passy; la construction de cette chapelle était fort avancée quand fut rendu le décret de Mgr Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, en date du 28 décembre 1666, dont voici un court extrait :
« Nous étant apparu par le rapport de notre vicaire général que les habitants de Passy ne peuvent aller sans beaucoup d'incommodité à leur paroisse d'Authueïl, pour y recevoir les sacrements et assister à l'office divin, à cause de la distance et de la difficulté des lieux, avons érigé et érigeons par ces présentes une église succursale audit Passy, dépendante et aide de la paroisse d'Authueïl et, à cet eftet, avons permis et permettons d'achever la chapelle encommencée de bâtir et sera la dite église succursale sous l’invocation de Notre-Dame de Grâce, de laquelle la principale fête se fera, chaque année, le jour de l’'Annonciation de la Vierge. »
Six années après, le 16 mai 1672, grâce aux démarches persistantes de la
(1) Voir page 138 du Il° volume du Bulletin, l'article de M. Léopold Mar, intitulé: « Comme quoi il en cuisait de voler le verjus à Passy, au x1v° siècle ».
(2) Voir aux annexes (p. 497) l’article intitulé : « Michelet chez Béranger à Passy ». Béranger quittant Paris pour venir s'établir à Passy, qui était alors un lieu de villégi ture, disait :
Puissé-je ici vieillir exempt d'orage, Et de l'oubli près de subir le poids, Comme l'oiseau dormir dans le feuillage, Au bruit mourant des échos de ma voix.
(3) Sous le sol de la rue del’Annonciation, les vides des anciennes carrières ont été consolidés sur une longueur de 22 mètres devant le n° 8, de 12 mètres devant le no 30 et de 41 mètres devant les nos 4 et 5 et entre les n° 23 et 26. Devant le n° 31; la distance du sol au ciel de la carrière est de 7 mètres, et la hauteur des galeries d’'exploitation est de 1,50.
veuve (L) de Claude Chahu, cette succursale était érigée en église paroi siale ; cette concession contribua à l'augmentation de la populalion de Passy. En 1673, la veuve de Claude Chahu fit l'acquisition d'une maison (2) pour l’établissement du presbytère.
On reconnut, avant la fin du gouvernement de la Restauration, la nécessité d'agrandir l'église de Passy. Le devis, dressé le 5 mars 1828 et montant à 47.000 francs, décrivait les travaux à faire de la manière suivante : « L'objet des travaux est l'agrandissement de l’église, la restauration des bâtiments actuels et la construction d'une sacristie. L'église actuelle sera prolongée en forme de croix, de manière que la partie ancienne sera destinée entièrement à former la nef principale et les deux nefs latérales ; la partie à construire contiendra le transept, le chœur, le sanctuaire et les deux chapelles à droite et à gauche du maître-autel, à l’extrémité des nefs latérales ; une de ces chapelles sera consacrée à la Vierge, l’autre à la communion. »
Des subventions furent accordées par le minislère de la Justice et des Cultes et des souscriptions particulières furent recueillies ; il n'en était pas moins très difficile d'arriver à réunir les fonds nécessaires. Le conseil municipal de Passy demandait, par délibération du 15 octobre 1830, que les 20.000 francs alloués par le conseil général pour l'agrandissement de l'église fussent consacrés à la construction d’une mairie. Il consentait, le 9 mai 1831, à payer les 68 francs de frais occasionnés par l’adjudication des travaux d'agrandissement de l’église; mais, à la date du 8 novembre 1835, il refusait de faire concourir la commune aux dépenses d'agrandissement de l’église et se bornait à recommander au ministre des Cultes la demande de M. l'abbé Gary (curé depuis la fin de 1830 jusqu'à novembre 1835), qui offrait de subvenir à une parlie de la dépense. Le conseil municipal de Passy montra ensuite des dispositions beaucoup plus favorables : il approuva le 9 mai 1845 un projet de M. l'architecte Debressenne (agrandissement et consolidation de l'église, etc.) montant à 70.000 francs, accepta la coopération de 10.000 francs offerte par la fabrique, vota 25.000 francs comme part contributive de la commune et demanda au préfet d'accorder 35.000 francs sur les fonds d'octroi de banlieue. Les travaux, exécutés de 1846 à 1849, sous la direction de M. Debressenne, doublèrent la longueur de l’église. La pose de la principale pierre du clocher eut lieu le 3 novembre 1846; le procès-verbal transcrit sur parchemin, avec le sceau de la mairie, et renfermant quelques pièces de monnaie à l'effigie du roi Louis-Philippe, fut déposé dans une boîte de plomb.
Le conseil municipal de Passy déclara, le 11 mars 1848, que les travaux supplémentaires de l'église devaient être reconnus dette communale. Par lettre en date du 4 octobre de la même année, le maire de Passy fit connaître au préfet de la Seine que les travaux d'agrandissement de l’église étaient terminés et lui proposa d'approuver le montant des dépenses, fixé à 82.530 francs: cette approbation fut accordée, sur l'avis du conseil des bâtiments civils.
De 1856 à 1859, M. l'architecte Debressenne fut chargé de diriger de nou-
(1) Voir aux annexes (p. 280) l’article de M. Léopold Mar intitulé : « Fondation de la isse de Passy ».
< (2) Voir aux annexes (p.362) l’article de M. Léopold Mar intitulé : « Pourquoi le presbytère de Notre-Dame-de-Grâce fut acquis à bon compte »,
RUE JEAN-BOLOGNE 47 veaux travaux pour l’église de Passy; son devis montait à la somme de 77.009 francs : agrandissement des chapelles de la sainte Vierge et de saint Augustin, réparation du chœur à poser sur bitume, stucage, peintures, calo rifère, ete. Une partie des dépenses d'amélioration de l’église de Passy fut couverte par une souscription volontaire à laquelle prit part le célèbre chansonnier: Béranger, qui habita Passy et qui avait spécifié que c'était pour la salle de catéchisme des enfants qu’il souscrivait. Le conseil municipal accorda un secours de 7.000 francs pour les vitraux et l'ornementation des chapelles agrandies.
Vers 1872, on a réparé le portail de l’église; on a travaillé à la sacristie, à la chapelle au-dessus et à celle de saint Joseph ou des mariages. De 1890 à 1892, on a installé une conduite d’eau, un poste d'incendie, transformé des lustres au gaz, établi des tribunes devant le grand orgue et au-dessus des deux chapelles des bas-côtés (ce qui a augmenté de 238 le nombre des places de l’église), agrandi la chapelle de la sainte Vierge et le caveau mortuaire, établi un chœur dans une construction édifiée sur le jardin et réalisé divers aménagements : sacristie et cabinets pour le curé et pour les vicaires, le tout d'après les plans et devis de M. Train, architecte de la ville.
En 1902, on a établi de nouvelles orgues et transféré le maître-autel à la place de l'orgue d'accompagnement (1).
On peut citer comme ayant été enterrés dans l'église de Passy: l'abbé d'Estrades (2), fils du maréchal de ce nom, ambassadeur à Venise en 1675 et à Turin en 1679, mort en 1715 à Passy, où il habitait depuis cinq ans ; l'abbé Le Ragois, précepteur du duc du Maine et confesseur de Mme de Maïntenon, mort en 1730 :; les abbés Boucheron, mort le 22 juin 1674; Fleuret, mort le 9 février 1730 ; Locatelli, qui fut curé de Passy de 1852 à 1879 et mourut le 14 mai 4879; Guiral, qui fut curé de Passy de 1879 à 1886 et mourut en août 1886. M. l'abbé Chauvet, qui fut le premier curé séculier de Passy et qui administra la paroisse de 1791 à 1827, fut enterré dans le cimetière de Passy, et non dans l'église.
La rue Jean-Bologne a été ouverte sur l'emplacement du premier presbytère de la cure de Passy, établi par la dame Chahu, et d'une partie du jardin de ce presbytère, qui avait été déclaré propriété nationale et acquis par la commune de Passy. On lui donna d’abord le nom de « rue Neuve-del'Église, parce qu'elle longe un des côtés de cet édifice.
M.Renaut, propriétaire rue Neuve-de-l'Église, fut autorisé, le 31 mars 1826, à y exercer le commerce de marchand de bois, sous la condition de paver à ses frais cette rue, depuis sa propriété jusqu'à la Grande-Rue de Passy, la commune prenant à sa charge le surplus du pavage de la rue Neuve-del'Église.
Une délibération municipale du 28 septembre 1827 constate que le presbytère est dans un tel état de dégradation qu'il est devenu inhabitable, et autorise le maire a louer à Mme Schalcher, principale locataire, une maison rue de l'Eglise (aujourd'hui rue de l’Annonciation), attenant à l'église, pour y
(1) M. l'abbé Douvain, vicaire général honoraire de Bordeaux, chanoine honoraire de Vannes, de Dijon et de Bayeux, qui est, depuis 1886, curé de Notre-Dame-de-Grâce de Passy, a bien voulu me documenter sur l'histoire de son église.
(>) Cette liste a été communiquée par M. Léopold Mar à la Société historique d'Auteuil et de Passy.
loger M. l'abbé Delaplanche, qui fut curé de Passy de 1827 à octobre 1830. Une ordonnance royale du 18 septembre 1843 autorisa la commune de Passy à acquérir une maison et dépendances, destinée à être réunie au presbytère, pour servir de logement aux ecclésiastiques attachés à la paroisse. Cette maison, qui fut achetée à la dame Meslier, était attenante au presbytère et en avait fait partie autrefois : son achat donnait au terrain du presbytère sur la rue une largeur égale à celle du jardin. Un crédit de 8.505 francs avait d’ailleurs été voté, le 1° février 1843, pour réparer le presbytère.
La largeur de la rue Neuve-de-l'Église a été fixée à 8 mètres par arrêté du 16 février 1856. La construction des trottoirs y a été autorisée par délibérations municipales des 4 août et 4 novembre 1847. La dénomination actuelle lui a été donnée par décret du 24 août 1864, en l'honneur du sculpteur et architecte Jean Bologne, né à Douai en 152% et mort à Florence en 1608. Elève de Michel-Ange, il a fait les figures et les ornements en bronze de la place Majeure, à Florence; le Mercure volant, à Rome; l'Amour et Psyché, àVersailles, il a composé le cheval de bronze supportant la statue d'Henri IV sur le Pont-Neuf.
La rue Bois-le-Vent, qui va de la place de Passy à la rue Mozart, faisait autrefois partie de la rue de l'Église (aujourd'hui rue de l'Annonciation) ; celte dernière rue se prolongeait alors (1) jusqu'à « la Chaise » (aujourd'hui boulevard Beauséjour) et se trouva divisée en deux tronçons quand on créa, en 1835, la place de la Mairie; c’est à cette époque qu'on donna le nom de « Bois-le-Vent » au tronçon de l’ancienne rue de l'Église, se dirigeant vers le bois de Boulogne. Ce nom est attribué à ce que la rue bordait un chantier de bois sous le vent, ou, suivant une autre version, à ce que le vent venait par elle du bois de Boulogne. La délibération municipale du 1° février 1844 porte que des maisons d'habitation viennent d’être construites sur le côté sud de la rue Boïs-le-Vent, où il n'y avait précédemment que des murs de jardins, et que les propriétaires de ces nouvelles maisons s'étant conformés à l’alignement, il y a lieu d'exécuter de ce côté des caniveaux pavés, pour l'établissement desquels le conseil vote un crédit de 1.339 francs. D'ailleurs, la rue Bois-levent ne comprenait alors que la partie enclavée entre la place de Passy et la rue de Boulainvilliers ; la section qui s'étend de la rue de Boulainvilliers à la rue Mozart s'est appelée d’abord rue des Vignes et n’a été réunie à la rue Boïs-le-Vent qu'en 1877.
Le surbaissement de la rue de Boulainvilliers, opéré lors de l'établissement du chemin de grande communication de Montrouge à Neuilly, par le pont de Grenelle, imposa à la commune de Passy les frais d’un nouveau nivellement, en 1840, pour la rue Boïs-le-Vent et la rue des Vignes : le déblai atteignait 2 mètres à la rencontre de cette rue et du nouveau chemin (route de transit).
en Lo)
La rue des Vignes à remplacé le chemin des Vignes, qui reliait la rue Raynouard à l'entrée de la Muette : ce nom rappelle l'époque où on cultivait la vigne sur le coteau de Passy. Un décret du 10 février 1875 avait donné à cette rue le nom de « rue Houdon »; mais comme il existait à Paris une rue
(1) C'est dans cette partie de la rue Bois-le-Vent, vis-h-vis de la Muette, que se trouvait la maison Pastoret, où le poète André Chénier fut
4 Aa arrêté le 6 janvier 1794 (voir aux annexes (p. 362), l’article de M.
Léopold Mar sur l'arrestation d'André Chénier à Passy)