‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 188 sur 329 · LA TOUR D'AUVERGNE A PASSY · texte numérisé non relu

LA TOUR D'AUVERGNE A PASSY

S'il est un hôte dont Passy puisse véritablement être fier, c’est à coup sûr Théophile Malo- Corret de La Tour d'Auvergne, surnommé le premier grenadier de la République, si grand par sa bravoure, son ardent amour de la patrie, sa candeur, la sensibilité de son âme, son indépendance de caractère et son désintéressement. Sa biographie est dans toutes les mains ; nous nous : contenterons de la résumer brièvement jusqu'à l'époque de sa retraite définitive, sur laquelle nous nous appesantirons davantage, parce qu'elle appartient essentiellement à notre histoire locale.

Né, le 23 décembre 1743, à Carhaix, dans le Finistère, voué au métier des armes, il entra, le 3 avril 1767, en qualité de sous-lieutenant, dans la deuxième compagnie des Mousquetaires noirs, se distingua particulièrement en Espagne, surtout au siège de Port-Mahon, à la fin de 1781, et revint en France le 93 janvier 1782. IL fut enfin nommé capitaine à l'ancienneté ‘le 29 octobre 1784, et chevalier de Saint-Louis le 6 octobre 1791, après vingt-quatre ans de service. La Tour d'Auvergne fut toujours favorable aux principes de la Révolution, fit la campagne de 1792 à l'armée des Alpes, puis commanda en 1793 et 1794, à l'armée des Pyrénées occidentales, les compagnies de grenadiers qui s'immortalisèrent sous le nom de colonne infernale. Autorisé à prendre sa re=

traite définitive le 7 janvier 1795, il s'était embarqué le 5 février suivant, à Bayonne (1), sur un navire breton quidevait le ramener dans son pays natal, quand il fut fait prisonnier par les Anglais et emprisonné à Bodmin dans le comté de Cornouailles. Au début de sa captivité, ses geôliers voulant le forcer à quitter sa cocarde, il la perça de son épée jusqu’à la garde, déclarant fièrement qu'il se laisserait plutôt tuer que de la rendre. Enfin, libéré le 7 janvier 1796 à la suite d'un échange de prisonniers, il débarqua au Havre

Gi) Quelques biographes disent: à Bordeau& * La Tour d'Auvergne, dans une de ses lettres, dit: à Bayonne.

le 12, passa deux ou trois mois à Paris, puis, sa santé étant fortement ébranlée (1), il se résolut à demander à une campagne qui ne l’éloignât pas de ses amis l'air et le repos qui lui étaient nécessaires, et choisit Passy, où il vint au printemps de 1796 se fixer chez ses amis Pierre et Joseph Paullian.

Avant d'installer La Tour d'Auvergne parmi nous, il nous semble intéressant de donner quelques détails sur la propriété qu’il habita.

Située vers l'entrée de la rue Basse (Raynouard), à gauche en venant du couvent des Bonshommes, et aprèsle passage des Eaux, elle avait été achetée en 1769, moyennant 39.950 livres, par Pierre- Louis Dhiesme (ou Dhierne) de Paullian, ancien officier, et se composant de deux maisons contiguës communiquant par leurs cours et terrasses. La première, dite la petite maison, avait entrée par une petite porte au-dessus de laquelle était alors l'inscription suivante : Nouvelles Eaux minérales, vitrioliques, ferrugineuses et astringentes. Sur une des terrasses du jardin, et adossé au corps de logis, était le puits de la fameuse source découverte en 4754 par M. de Calsabigi (ou Calzabigy), et dont le docteur Raymond a raconté l’histoire à la page 54 de notre premier volume. La deuxième, dite la grande maison, consistait en trois petits bâtiments donnant sur la rue Basse, et sur la terrasse était une grande maison éclairée par cinq fenêtres de face regardant la Seine. Il y avait, en plus, écuries, serres, celliers, etc. Ces deux maisons avaient été saisies sur M. Antoine de Calsabioi et sur la succession vacante de sa femme, Simonne Dorset, veuve d’Antoine du Ru de La Mothe, major général au service du roi de Pologne (Stanislas?), et étaient dites ensemble : maison de la générale de La Mothe (2). Elle portait à la fin du xvim° siècle, suivant la numération de l’époque, le numéro 66, correspondant au numéro 21 actuel, faisant partie des propriétés de la famille Delessert et actuellement habité par la Mmela baronne Bartholdi.

« La raison, la seule raison qui m’a fait quitter « Paris, disait La Tour d'Auvergne à son arrivée « chez nous, c’est que la vie qu’on y mène a « quelque chose de trop agité pour satisfaire « les goûts d’un homme simple, qui a besoin < aujourd'hui de faire succéder un peu de repos « à de longues fatigues et à de pénibles travaux. « A la campagne, ou dans les petites villes, on se «< trouve dans sa situation naturelle; et, étant placé entre la société et la retraite, aussi bien « qu'entre le repos et d’agréab'es occupations, l’on

(1) La Tour d'Auvergne, outre les fatigues de ses nombreuses campagnes, se ressentait toujours d'un terrible coup d'épée qu'il avait reçu dans un duel. le 30 août1778; de plus, sa vue était fort affaiblie. ses dents supérieures étaient tombées, et les inférieures, comme il le dit lui même, ne tenaient plus qu'à un fil.

(2) Voir aux Archives nationales, section administralive, le registre de nements d'h tages à Auteuil et au Bas-Passy, en la seigneurie de l'ahbaye de Sainte-Geneviève. Le legs de M. Parent de Rosan doit en contenir une copie qu'il avait communiquée à la librairie du Moniteur universel quand elle publia en 1874 une seconde édition dé l'Histoire de la Tour d'Auvergne par M. F.-V. Maisonneufve.

« se tire de la dépendance en cherchant les sen- « tiers qui nous dérobent à la foule, et l'on jouit < enfin de cette précieuse liberté sans laquelle on « ne peut être véritablement heureux. C'est dans « ces sentiments que J'ai quitté avec joie Paris et « la grande scène des événements, pour chercher « l'oubli et l'obscurité. »

La Tour d'Auvergne n'avait alors que 800 livres de retraite (1) et 1.000 livres environ de revenu patrimonial; c'était plus qu’il ne lui en fallait pour satisfaire ses goûts modestes ; aussi consa= crait-il la majeure partie de ce revenu à des œuvres charitables, et l’on peut dire que jamais pauvre ne frappa vainement à sa porte. Jusqu’à sa mort il servit une pension de 600 livres à la veuve d’un de ses amis, pauvre mère de famille devenue subitement folle à la suite de revers de fortune, et qu’il avait fait placer dans une maison de santé.

« Quoique je ne reçoive que 25 livres par « mois en numéraire et le reste en mandats — < écrivait-il à un de ses amis, peu de temps « après son arrivée dans notre commune — j'en < ai assez pour aller doucement dans la vie. Je «me prosterne bien plus volontiers devant la « Providence pour la remercier, que pourlui rien

« demander. Du pain, du lait — cet aliment « était alors à peu près le seul qu'il pût suppor- «ter — la liberté et un cœur quine puisse

« jamais sentir l'ambition :

« mes désirs. »

Ne croyez-pas que son temps fût entièrement consacré au repos. La Tour d'Auvergne était un érudit quelque peu numismate et un polyglotte. Il reprit son travail sur les Origines gauloises, dont il fit paraitre en 1797 une troisième édition, beaucoup plus complète que les deux premières, et continua ses recherches sur l'origine des langues. L’épigraphe qu'il avait mise en tête de ses Origines qauloises, et qu'il avait empruntée à La Végèce, peint bien l'homme : « Les « choses accomplies avec courage ne sont que « d’un temps, mais celles qui sont écrites pour « la patrie sont éternelles. » Son manuscrit des Origines gauloises, les Commentaires de César, la Vie de Turenne, de la famille duquel il descendait indirectement (2) et qu'il avait pris pour modèle, ne l'avaient jamais quitté dans ses campagnes.

A Passy, que voyait-on comme ornement dans son modeste logis? Toujours ses manuscrits, les livres qui lui étaieut nécessaires, ses médailles antiques, ses vêtements militaires, ses armes et sa pipe, et. c'était tout!

La Tour d'Auvergne n’était guère notre hôte que depuis un an, quand, au mois d'avril 4797, il apprend que la réquisition militaire a enlevé à son vieil ami l’érudit Le Brigant le seul fils qui

voilà l’objet de tous

(1) I avait demandé que son traitement de retraite fût appliqué aux pauvres de sa ville natale, mais le Comité de salut public n'adhéra pas à cette proposition.

(2) Henri Corret, son bis de Turenne et du second Tour d'Auvergne avait été autorisé, le 23 octobre 1777; à porter les armes de la maison de La Tour d'Auvergne, en y ajoutant la barre de bâtardise.

eul, était frère naturel duc de Bouillon. La

lui restait, l'unique soutien de ses vieux jours (1). Que fait-il ? N'écoutant que son cœur, il sollicite avec instance du Directoire la permission deremplacer ce jeune homme à l’armée, l'obtient et part (2). Point n’est besoin de louer un tel acte, il suffit de le raconter. La Tour d'Auvergne avait alors cinquante-cinq ans ; la campagne fut de courte du rée et, le traité de Campo-Formio ayant été signé le 47 octobre 1797, il revint en France au mois de novembre, demeura un moment à Paris, rue Croix-des-Petits-Champs, à l'hôtel de la Marine, et rentra à Passy, chez les frères Paullian, où il

XYI® ARRONDISSEMENT

d'Auvergne charmait ses amis par son érudition, son bon sens etl’élévetion de son caractère.

Au mois d'avril 4799, il part une seconde fois pour remplacer le jeune Le Brigant, et, dans les mois qui suivent, on le trouve en Suisse, sous les ordres de Masséna. Peu de temps après, il est de retour dans notre commune, rapportant un lot d'inscriptions et de médailles romaines qu'il avait trouvées dans les ruines de l’antique Vindonissa (Windish), et dont il envoya une bonne partie à son vieil ami Le Brigant.

Après le coup d'Etat du 18 brumaire, élu

Portrait de La Tour d'Auvergne,

(Dessin de M, Mar.)

se remit avec ardeur à ses travaux de linguistique et d'archéologie. C’est vers cette époque que se rencontraient souvent chez lui les généraux Desaix, Lecourbe, Kléber, Moreau et Dessoles ; Lamarque, qui n’était alors qu'adjudant général ; Respérou, de la Cour de cassation ; Guezno, représentant du Finistère au Conseil des Cinq-Cents ; Legonidec, Toulgoët, et son ami le plus intime, Eloi Johanneau, président de l’Académie celtique. On y causait des affaires publiques, des armées et parfois des belles-lettres. Toujours La Tour

(1) Jacques le Brigant, qui habitait Tréguier, lans les Côtes-du-Nord, était alors presque octoet avait eu vingt-deux enfants. Plusieurs fils avaient été tués sur les champs de ba-

(2) On admit

le remplaçant, mais on garda le remplacé.

membre du Corps législatif pour le département du Finistère, il refuse cette dignité, qui lui aurait valu une dotation annuelle de 10.000 francs. «Je « ne sais pas faire de lois, dit-il, je sais seule- « ment les défendre; envoyez-moi aux armées.

« Si la France jouissait de la paix, je n’aurais pas « hésité à servir mon pays dans le sein du Corps « législatif ou du Sénat, mais l’instant n’est pas « encore arrivé. » Le 25 décembre 1799, il écrit à son ami Le Brigant : « Mon âge et mes infir- « mités m’ayant mis hors la lice, je vis mainte- « nant dans la plus profonde retraite avec ma « pension de réforme, celle d’un simple capitaine. « Je ne vais plus à Paris et n’approche d'aucune « personne en place; je ne lis plus aucuns jour- « naux, me trouvant beaucoup plus heureux par « ce qu’on pourrait me laisser ignorer que par ce « qu'on pourrait m'apprendre. »

A ce moment, La Tour d'Auvergne espérait une paix glorieuse et définitive pour la France, qui lui permit d’aller finir ses jours dans son pays natal. Le 2 février 1800, dans une lettre adressée au citoyen Girard, propriétaire à Auch, il lui dit : « J'attends le moment où le chouannage, « qui infeste encore ma malheureuse patrie, me « permettra, lorsqu'il sera entièrement détruit, « de revoir mes foyers, d'habiter la chaumière « qui m'est restée, et d'aller choisir mon tom- « beau à côté de mon berceau. Voilà quelle est € aujourd'hui mon unique ambition, après celle « de voir ma patrie libre, heureuse et en paix. Si « je recouvre une partie de la bienveillante santé «que j'ai perdue, j'emploierai à écrire pour le € pays qui m'a vu naître le temps où je me verrai « réduit à ne pouvoir plus me servir de mon épée. « Cette douce occupation, à laquelle se mêlera « souvent le souvenir de mes amis, fera le princi- « pal bonheur du soir de ma vie. »

Peu de temps après, nouveaux bruits de guerre, qui lui font écrire à son ami Oberlin, professeur et bibliothécaire à l’Académie de Strasbourg : « Je « vis à Passy dans la retraite et dans l'obscurité « la plus profonde. Cette manière d'être est la « plus conforme à mes goûts, mais je ne sais si « l’on ne m'en arrachera pas au printemps, ce « qui me dérangerait un peu, ayant besoin encore « de cinq ou six mois pour achever mon travail « sur le rapprochement des langues de l’Europe «et de l’Asie, comparées au bas-breton. Votre « maitre, le véritable dépositaire de la langue « celtique, notre ami Le Brigant, vit toujours « dans l’indigence. -IL se trouve hors d'état de « faire jouir ses ouvrages de la liberté typogra- « phique, et le gouvernement s’obstine à ne rien « faire pour lui... »

Le pressentiment de La Tour d'Auvergne se réalisa. Au printemps de l’année 1800, une nouvelle coalition s'étant formée contre la France, le jeune Le Brigant fut rappelé sous les drapeaux, etnotre héros n’hésita pas à s'offrir une troisième fois pour le remplacer.

Tant de dévouement, ajouté aux actions d'éclat qui l’avaient rendu populaire, devait trouver enfin sa récompense : le 26 avril, sur un rapport de Carnot, alors ministre de la Guerre, le premier consul lui décernait le titre glorieux de premier grenadier de la République, et lui faisait remettre une épée d'honneur. La Tour d'Auvergne se montra sincèrement affligé du titre et le déclara hautement. « Tout me fait un devoir, écrivait-il, « de m’excuser d'accepter un titre qui, à mes « yeux, ne parait applicable à aucun soldat fran- « çais, et surtout à un soldat attaché à un corps «où l'on ne connut jamais ni premier ni der- «nier. » Quant à l'épée d'honneur, il l’accepta avec reconnaissance (1), et voici ce qu'ilécrivait à

(1) Après la mort de L épée d'honneur, par a suspendue dans l'église d on la déposa au palais de 1 € attendant qu'elle fût restit la famille. Sous le ne de Louis-Philippe, elle fut remise aucapitaine de Kersausie,neveu de la Tour d'Auvergne, qui, le 1° janvier 1861, en fit don à Garibaldi, alors retiré à l'ile de Caprera. Enfin, en 1883, les héritiers de Garibaldi l'ont offerte à la Ville de

ion d'honneur, en

son ami Roujoux, au moment de son dernier départ : « Je pars comblé des faveurs du gouverne- « ment. Il croit que je vaux encore un coup de < fusil. Il m'a jeté le gant; en bon Breton, je l'ai « relevé, je vais rejoindre l’armée de Moreau, « mon ami, mon compatriote. Je retrouverai là « mes anciens camarades, les grenadiers de la 46°. « À cinquante-sept ans, la mort la plus dési- « rable est celle d'un grenadier sur le champ de « bataille, et... j'espère que je l'ytrouverai. »

Au général Moncey, son plus ancien compagnon d'armes, il dit : « Mon destin est de finir sur les « champs de bataille ; mon titre de premier gre- « nadier de France est mon brevet de mort. »

Dans cetie disposition d'esprit, La Tour d'Auvergne mit ordre à ses affaires, distribua le peu de meubles qu'il possédait, ses livres, ses manuscrits et ses médailles entre ses amis, fit acquitter d’avance une année de pension qu'il servait à la mère de famille devenue folle, fit son testament et le remit, cacheté de noir, à son ami Eloi Johanneau. Le 7 juin, jour fixé pour son départ, les frères Paullian, craignant qu'il ne s’éveillàt trop tard, entraient dans sa chambre à quatre heures du matin ; éveillé déjà, notre héros était à genoux, prosterné près de son lit, et. et priait, Résigné, il adressait à Dieu son Fiatvoluntas tua, et lui demandait de répandre ses bénédictions sur cette maison qui, pendant quatre ans, lui avait donné l'hospitalité et quelque repos (1). A cinq heures, il serrait une dernière fois ses amis dans SOS IDTAS DATA AD ee

Six jours après son arrivée à l’armée du Rhin, le 27 juin 4800, vers dix heures du soir, la lance d’un uhlan autrichien le frappait mortellement au cœur, à Oberhausen, près de Neubourg (Bavière). IL fut inhumé au lieu même où il était tombé, face à l’ennemi (2).

On sait que son cœur, renfermé dans une urne d'argent, suivit longtemps la 46° demi-brigade, et que tous les jours, à l’appel de son nom conservé sur le registre matricule, le plus ancien caporal de l’escouade dont il faisait partie répondut : Mort au champ d'honneur ! Cet appel eut lieu jusqu'en 4809, fut repris au 46° résiment d'infanterie après la guerre de 1870 et cessa quelque temps après. Au mois de juin 4887, Alessandri, le nouveau colonel du 462, prescrivit la reprise nouvelle de cet appel, mais seulement à

Paris, qui l'a fait déposer au musée Carnavalet. Elle est en vermeil, avec ceinturon brodé en or, dragonne de capitaine, également en or, et

plaque ornée d'une tête de Victoire et de grenade

élait toujours resté fi- . Toujours, même dans sur lui une imagé du it-il un jour à M je crois à la rel

g . il portai L. «Oui, mon ami — dis vèque de Renn lienne, à une r vélée, à la relig catholique. Ses dogmes éclairent mon esprit et morale charme mon cœur. C'est à elle que je crois devoir mes faibles vertu dans tous les temps, j'ai dûmes plus bell rances et mes plus douces consolatio sens plusfort, plus nd, plus libre, plus dant sous l'œil d'un Dieu qui voit to tions et dont la voix semble m'animer aux combats de la vertu. »

(2) Ses restes ont été solennellement déposés au Panthéon, le 4 août 1889.

. Je me dépen-

la sortie du drapeau. Cette cérémonie a toujours lieu au 46° régiment, ainsi qu'une fête militaire dite la Saint-La-Tour d'Auvergne, au jour anniversaire de sa mort.

L’urne qui contenait son cœur fut déposée en 1815 aux Invalides, remise par erreur, en 4817, à Mme de La Tour d'Auvergne Lauraguais, et enfin, au mois de mars 4841, à Mme de Pontavice de Heussey, petite-nièce et véritable héritière de La Tour d'Auvergne.

Quand les habitants de Passy apprirent la nouvelle de la mort du premier grenadier de France, leur hôte, consternés, ils décidèrent spontanément de rendre un dernier hommage à la mémoire de ce brave des braves, et le 11 juillet suivant, à la suite d’un service funèbre célébré solennellement dans notre église, le citoyen Legard, ancien membre du tribunal de cassation, prononçait l’éloge de La Tour d'Auvergne, qu'il terminait ainsi : « Et vous, patriotes de Passy, qui « avez élevé ce mausolée aux mânes de La Tour « d'Auvergne, recevez le tribut de reconnaissance « que vous doiventles Bretons, mes compatriotes, « dont je suis l'organe. Il choisit votre commune « pour sa retraite, parce que la beauté de son « site l’enchantait et parce que l'aménité de vos « mœurs convenait à son caractère. Tous les « amis, tous les défenseurs de la liberté applaudi- « ront aux honneurs funèbres que vous décernez « au premier grenadier de la République, et leur « estime rendra votre commune célèbre dans les « armées. »

Ne pourrions-nous pas, à notre tour, rendre un nouvel hommage à celuique nousavons eu l’honneur de posséder pendant quatre ans, et qui, de la retraite que deux des nôtres lui avaient offerte, a écrit ces lettres dont nous n’avons donné que des fragments, suflisants cependant pour faire apprécier la belle âme qui les avait inspirées? Ne pourrions-nous pas, sur l'emplacement de la maison qu'il habita, encastrer un médaillon qui nous rappelât ses traits et nous fit songer à ses vertus ? Nal autre que lui ne l’a plus mérité (1).

Léoporn Mar.

Page 1