‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 2 sur 329 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

1l s'est formé à Paris, dans ces dernières annces, plusieurs sociétés d'histoire locale, dont chacune étudie le passé de son quartier; on sy réunit pour s'occuper ensemble de la conservation des monuments et des souvenirs de son arrondissement, pour étudier les moyens d'en embellir l'aspect et pour recueillir des détails sur la biographie de ceux qui l'ont illustré. La première en date de ces socictés est celle du Vreux- Montmartre (XVIII: arrondissement), qui a été constituée en novembre 1886. La seconde est la Sociélé historique d'Auteuil el de Passy (XVI® arrondissement), qui a été (1) fondée en 1892. La Société de la Montagne-Sainte-Geneviève el de ses abords (V° et XIII‘ arrondissements) a été autorisée le 30 novembre 1896, et la Sociélé historique du VI® arrondissement, le 5 mai 1898. Des sociétés analogues ont été également instituées pour le VIII: et ensuite pour le IV° arrondissement (La Cité) : les travaux de ces sociétés fourniront, sans doute, une contribution utile à l'histoire de notre cher et grand Paris.

Les quartiers du centre remontent à une haute antiquité. Le X VI*arrondissement est beaucoup plus moderne : il se prêle done fort peu aux recherches archéologiques ; mais les membres de la Société historique d'Auteuil et de Passy y ont recueilli des souvenirs fort intéressants, parce que cet arrondissement, qui était autrefois un lieu de villégiature pour les Parisiens, a été habité par beaucoup de poètes, d'écrivains et d’ar-

listes.

(1) La Société historique d'Auteuil et de Passy à son siège social à la Mairie du XVIe arrondissement: le Secrétaire général de cette Société dirige la publication du Bulletin trimestriel, qui est adressé à chacun des membres.

Je dois témoigner ma gratitude aux membres de cette Société dont j'ai utilisé les communications. Les auteurs de plusieurs articles qui ont successivement paru dans le Bulletin (1) de la Sociélé historique d'Auteuil et de Passy ont bien voulu m'autoriser à les réimprimer comme annexes de mon travail. Pour d’autres articles de ce Bulletin, où l’on trouvera des détails sur les sujets pour lesquels je n'ai donné qu'un simple résumé sommaire, j'ai soin d'indiquer, en note, le nom de l’auteur, ainsi que le volume et la page du Bulletin, afin qu’on puisse s’y référer.

Le moment m'a paru favorable pour écrire une histoire des voies du XVI° arrondissement (dont la longueur dépasse g> kilomètres), parce que le percement des grandes rues et avenues qui en ont transformé l'aspect est assez récent pour qu’on puisse être bien renseigné sur les détails de leur exécution. Des ingénieurs (2), qui ont projeté et dirigé ces travaux, ont eu l’obligeance de me communiquer à ce sujet des indica-

tions qui m'ont été fort utiles.

Enfin, j'ai trouvé beaucoup de documents aux archives de la Seine { où M, l’archiviste Lucien Lazard, membre correspondant de la Société historique d'Auteuil et de Passy, reçoit avec une grande affabilité les travailleurs et sait parfaitement les guider dans leurs recherches.

J'ai divisé mon /istoire du XVI° arrondissement en six parties :

1° Le passé d'Auteuil, de Chaillot et de Passy;

2° L'histoire des quartiers de Chaillot, de la Muette et de la Porte- Dauphine (anciens territoires de Chaillot et de Passy);

3° L'histoire du quartier d'Auteuil ;

4 Observations sur la situation et l'avenir du XVIe arrondissement ;

5° Annexes reproduisant divers articles insérés dans le Bulletin de la Sociélé historique d’ Auteuil el de Passy, ainsi que la copie d’actes concernant le XVT° arrondissement ;

6° Index alphabétique des voies publiques et privées et des principaux monuments et établissements du XVI° arrondissement, avec indication des anciens noms et des principales dimensions de ces voies; index alphabétique des personnes dont les noms sont cités dans ce volume ; table des illustrations et table des matières.

(1) Le Bulletin cité dans les notes de cet ouvrage est toujours le Bulletin de la Société historique d'Auteuil el de Passy.

(2) Je dois particulièrement remercier M. l’Ingpecteur général des Ponts et Chaussées Boreux, directeur des services techniques de la voie publique et de l'éclairage ; M. l’Ingénieur en chef Bechmann, directeur du service technique des eaux et de l’assai ement; M. l'Ingénieur en chef Babinet, qui a été longtemps chargé des services de voirie des XVe et XVIe arrondissements, et son successeur, M. l'Ingénieur Bret, pour les renseignements qu'ils ont bien voulu me donner, Je dois également remercier les membres de la Société historique d'Auteuil et de Passy, dont les intéressantes recherches m’ont docu-

menté sur le passé et l’histoire de ces deux anciennes communes suburbaines. (3) On trouve, aux a d'Auteuil et de Passy.

hives de la Seine, les délibérations des Conseils municipaux

INTRODUCTION o

Il arrive fréquemment qu'une rue ou un personnage soient mentionnés plusieurs fois, tant dans mon texte que dans les annexes; en consultant les index alphabétiques, on verra les numéros ce toutes les pages où sont données des indications sur ces rues ou ces personnages (1).

Enfin, on trouvera dans ce volume : 1° un extrait du plan de Paris dressé par Roussel en 1731 ; 2 un plan d'Auteuil, Passy et Chaillot en 1859, c'est-à-dire immédiatement avant l’annexion; 3° un plan à l'échelle de 1/5000°, indiquant toutes les voies existant en 1901 dans le XVI° arrondissement, et le tracé des lignes concédées pour le métropolitain de Paris.

Comme j'ai eu à citer beaucoup de dates et de faits, il peut s'être glissé quelques erreurs où omissions dans mes indications, et si des lecteurs croient devoir proposer des modifications ou additions, je leur

serai reconnaissant de vouloir bien me les signaler. Paris, le 4 octobre 1go02.

A. DONIOL. (Villa de la Tour, XVIe arr.).

(1) Les index alphabétiques ont été établis de manière que le lecteur désirant se renseigner sur une voie publique, ou une voie privée, ou un personnage cité, puisse trouver les articles qui s'y rapportent aussi facilement que dans un dictionnaire.

Le passé d’Auteuil, de Chaillot et de Passy.

Tout le XVI° arrondissement de Paris était occupé, pendant les premiers siècles de notre ère, par la vaste forêt de Rouvray ou du Rouveret (1), qui couvrait la boucle de la Seine et la partie occidentale de Paris-rive-droite ; elle s'étendait anciennement jusqu'à peu de distance de la butte Montmartre et, le long de la Seine, jusqu'auprès du Pont-Neuf. Cette forêt, dont le bois de Boulogne, le parc des Princes et celui de Saint-Ouen constituent des restes considérablement modifiés, est dénommée dans un édit du roi Louis XI du 10 juillet 1469 : « Bois du village de Boulogne ».

Ce n’est que vers le vi ou le vn° siècle que les habitants de Paris et ceux de Saint-Cloud commencèrent à défricher la rive droite de la boucie de la Seine, abattant des arbres de la forêt de Rouvray au fur et à mesure de l’augmentation de la population et mettant le sol en culture; ils transformèrent ainsi peu à peu le coteau boisé qui bordait le fleuve en champs cultivés et en vignes : ce fut l’origine du village de Nigeon (en latin : Némio); il appartenait au commencement du vu siècle à Bertram, évêque du Mans, qui le possédait tant par une donation du roi Clotaire II que par suite de diverses acquisitions. Ce prélat, qui mourut en 623, légua par testament le village de Nigeon à l'évêque de Paris, qui était alors un des suflragants de l’archevèque de Sens.

Le centre de cet antique village se trouvait aux alentours du Trocadéro. Les habitants de Nigeon (2) se répandirent peu à peu des deux côtés de la colline de Passy : les uns se dirigèrent vers l'occident et y bâtirent Auteuil (3) ;

(4) Voir l’article sur la forêt de Rouvray, par M. Gaston Duchesne, p. 170 du Ile volume, et p. 8 du IIT° volume du Bulletin de la Sociélé historique d’Auleuil et de Passy.

(21 Voir les indications données sur le village de Nigeon dans l’article de M. le D: Paul Raymond, intitulé : « De l'importance des fouilles sur le sol de Passy », p. 91 du I volume du Bulletin.

(3) Auteuil fut nommé d’abord : « Authueïl », et en latin : « Altarium ». — Pour l’étymologie du nom d'Auteuil, voir la communication sur « les divers Auteuil », p. 6 du I* volume du Bulletin ; — et aux annexes (p. 233), l'article de M. Tabariès de Grandsaignes, intitulé : « Deux cents ans de querelles sur un nom. »

les autres s'établirent plus près de Paris et créèrent ainsi le village de Chail, qui est devenu Chaillot et fut réuni au domaine du roi (1).

Le premier document qui parle de l'église de Chaillot est une bulle du pape Urbain II, de l'an 1097, où elle est dénommée « ecclesia Colloïo » (2). Il résulte de cette bulle que l’église de Chaillot était sous la dépendance du prieur de Saint-Martin-des-Champs, à qui la nomination du curé de Chaillot appartint jusqu'à la Révolution. Des documents postérieurs désignent Chaillot sous le nom de « Chaïlloel » (3).

Les chanoines de Sainte-Geneviève devinrent propriétaires, en 1110, de tous les biens possédés alors à Auteuil, soit comme fiefs, soit de quelque autre manière, par les religieux de l’abbaye du Bec, près de Rouen, qui reçurent, en échange, plusieurs domaines à Vernon (4). L'acte d'échange, qui comporte la cession des serfs et des serves, cens, vignes el terres arables, avec les droits de justice et toutes les prestations, a été conclu sous le règne et avec la confirmation de Louis VI, roi des Français, et de Henri [*, roi des Anglais et due de Normandie. C’est à la suite de cet acte que les abbés de Sainte-Geneviève sont devenus les seigneurs d'Auteuil et y ont exercé, pendant plus de six siècles, les droits de haute, moyenne et basse justice. Ils avaient les prérogatives d'un évêque et ne dépendaient que du Saint-Siège : toutefois, l'abbé était tenu, lors de sa nomination, de prêter serment au roi pour le temporel.

C'est en 1192 qu'Auteuil fut érigé en paroisse par Maurice de Sully, évèque de Paris (5) et fondateur de la cathédrale de Notre-Dame; Boulogne et Passy dépendaient alors d'Auteuil; le territoire du XVI° arrondissement ne Comprenait done, au xnr° siècle, que deux paroisses : celle de Chaillot, qui était la plus ancienne, et celle d'Auteuil.

L'abbesse de Montmartre, Jeanne de Repentie, ayant donné cinq arpents de terre pour la construction d’une église aux Menuls où Muns (village qui avait alors cinquante feux et est devenu Boulogne-sur-Seine), la première pierre de cet édifice fut posée en 1319 par le roi Philippe-le-Long. La séparation juridique de la paroisse de Boulogne de celle d'Auteuil fut prononcée en juillet 1330 par Hugues de Besançon, évêque de Paris (6), qui détacha d'Auteuil tout le territoire situé au sud-ouest du bois de Boulogne actuel.

(1) Plusieurs auteurs ont prétendu que le mot de Chaillot signifiait « abattis de bois ou défrichement de bois ». Il paraît probable qu'il est simplement un diminutif du mot Chail, ou Chal, qui veut dire, en langue celtique, forêt ou bois, le village ayant été fondé par ceux qui défrichèrent progressivement cette partie de la forêt de Rouvray. — Voir aux annexes (p.233) une coutume de l’ancien village de Chaillot, mentionnée dans le dictionnaire administratif et historique des rues de Paris, par F. Lazard. Beaucoup d’indi-

cations ont été empruntées à M. F. Lazard.

(2) La bulle dit que cette église est sise à « Colloellum ». (3) Ou « Challoel ». — En 1393, le duc d'Orléans expédiait des lettres à Challuyau-lès-

Paris.

(4) Voir aux annexes l’article de M. Antoine Guillois, intitulé : « La vieille église d’Auteuil » et renfermant des détails sur l'installation des Génovéfains à Auteuil (p.237); la liste de curés et de seigneurs, ainsi que (p.244) l’article intitulé : « Les abbés de Sainte- Geneviève, seigneurs d'Auteuil », par M. Léopold Mar; — (p. 252) l’article de M. Tabariès de Grandsaignes sur la charte primordiale d'Auteuil.

5) Voir à la Bibliothèque de la Ville de Paris, rue Sévigné, l'histoire de la ville et du diocèse de Paris, par l'abbé Lebœuf (édition Cocheris, t. IV, p. 69). — L'église d'Auteuil est la plus ancienne de celles qui ont été fondées par la collégiale de Saint-Germain- J'Auxerrois et qu'elle appelait ses filles.

(6) Voir l'ouvrage de l'abbé Lebœuf, rectifications et additions de Fernand Bournon

JIL, DE CHAILLOT ET DE PASSY vi

L'existence du village des Menuls en 1119 est signalée dans la chronique de Saint-Denis.

Dès le xm° siècle, les ducs de Bretagne possédaient un domaine situé entre Chaillot et Passy et appelé « le manoir de Nigeon » ; Guy de Bretagne, duc de Penthièvre, y mourut en 1321. C’est ce domaine que la reine Anne de Bretagne (1) donna, en 1493, aux religieux minimes, dont l’ordre fut fondé en Italie par François-de-Paule. Appelé en France par Louis XI, il y amena son petit-neveu André d'Alesso, premier protecteur en France de cet ordre. Louis XI appelait toujours François-de-Paule bonhomme : de là vint le nom de

Eglise el couvent des Bonshommes.

(Archives de la Sociélé.)

Bonshommes, donné depuis aux Minimes, ainsi qu'à leur couvent (2). En 1496, la reine Anne fit, en outre, don à ces religieux d’un second hôtel qui était contigu au premier et qu'elle avait acheté à Jean de Cerisi, baïlli de Montfortl’Amaury, avec la chapelle voisine, dédiée à Notre-Dame de toutes les grâces : cette construction se trouvait sur les terrains des rues Le Nôtre et Chardin. Le couvent des Bonshommes (3) occupait l'emplacement compris entre la rue Beethoven, la rue Le Nôtre et le boulevard Delessert; ses dépendances étaient fort étendues. Il fut supprimé en 1790, et la chapelle fut détruite en 1792.

série 1; — 8°, — n° 7); et voir aux annexes (p. 496), l’article de M. Henri de Forges de Montagnac sur le démembrement de la paroisse d’Authueil.

(1) Voir pp. 180 à 184, du Ier volume, l’article de M. Léopold Mar intitulé: « Sur Chaillot » ; p. »8 du [er volume, une note du même auteur intitulée : « Une statue miraculeuse de la Vierge à Passy; pp. 305 à 307 du IIIe volume, les articles du même auteurintitulés : « Le couvent des Bonshommes en 1770 » et « Une épave du couvent des Bonshommes ».

(2) Ilétait désigné, pendantle règne de François Ie", sous le nom de « Couventde Nigeon».

(3) Pour l'apothicairerie du couvent des Bonshommes, voir, à la page 216 du second volume, l’article de M. Léopold Mar, intitulé : « Passy sans pharmaciens ».

o) HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT

C’est de Chaillot qu'Henri IV dirigea le siège de Paris. Parmi les seigneurs de Chaillot (1), les plus célèbres sont l'historien Philippe de Commines, qui eut, de 4474 au 16 août 1509 (date de sa mort),cette seigneurie, dont Louis XI lui avait fait don, et Francois, baron de Bassompierre, maréchal de France, qui

Philippe de Commines (Collection de M. Em. Potin.)

fut seigneur de Chaillot depuis le 12 janvier 1630 jusqu’à sa mort en 1646. Bassompierre servit en 1603 dans l’armée impériale contre les Turcs: il devint colonel général et grand maître de l'artillerie en 1617, maréchal de France en 1622, ambassadeur de France en Espagne et en Suisse. Il avait été compagnon de soupers et de galanterie avec Henri IV, était brave, spirituel, excellent général et ardent au plaisir. Ayant été accusé de comploter contre le cardinal de Richelieu, il fut enfermé, le 25 février 1631, à la Bastille, où il resta jus-

(1) Voir aux annexes (p. 247 ss.) les notes de M. Léopold Mar sur les seigneurs de Chaillot, Auteuil et Passy, avec listes chronologiques de seigneurs, de curés et de maires.

s mémoires, l’use

qu’en 1643. Il raconte, dans ge qu'il fit de son château de Chaillot, pendant cette longue captivité : suivant les habitudes d'hospitalité

CHAILLOT, de Champ de Ars E

APDR (Collection de M. Em.

DE

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