‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 200 sur 329 · PAR QUI LE PONT D'IÉNA FUT SAUVÉ EN · texte numérisé non relu

PAR QUI LE PONT D'IÉNA FUT SAUVÉ EN

Le baron de La Mothe-Langon a raconté dans ses Mémoires — plus ou moins apocryphes — sur Louis XVIII, comment, en 1814, le pont d'Iéna échappa aux représailles des Prussiens, qui voulaient le faire sauter. Nous allons, tout en le résumant légèrement, reproduire à peu près textuellement son récit, qui, malgré tout, nous paraît très vraisemblable et l'est certainement, quant au fond.

flèche. Le viaduc supérieur se compose de 31 arches en plein cintre de 4 m. 80 d'ouverture ; à chaque grande arche elliptique du pont sont su perposées six arches du viaduc supérieur, qui occupe sur le milieu du pontune largeur de gm.20; il reste de chaque côté l'es née aire pour la chaussée el les trottoirs; des escaliers permet tent de descendre sur les chemins de halage ou quais. Les massifs des tympans sont évi au moyen de voûtes, ce qui représente une réduction de poids de 3.300 tonnes par pile.

(1) Le viaduc du Poini-du- our a été exécuté sous la direction de M. Bassompierre-Sewrin, ingénieur en chef, de Villiers du Terrage, ingénieur,

Lion et Jaquot, conducteurs des ponts el chausséce ‘entrepreneur de ces nds travaux était M. Etienne Perrichont, qui a été longtemps con

al d'Auteuil.

umerons, dans un prochain Bulletin, asion dans le XVI° arrondissement parles deux s, soit au pont-viaduc, soit à d'autres monuments ou à des maisons parliculières. (NSDALMR")

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« À péine Louis XVIIT était-il rentré aux Tuileries en 4814, qu'on vint l’avertir que les Prussiens allaient faire sauter le pont d'Iéna, et que déjà ils avaient commencé à miner la partie inférieure des piles. Immédiatement il envoya chercher le feld-maréchal Blücher. Cet ennemi implacable cherchait, à force de jactance et de forfanterie, à remplacer la dignité qui lui manquait. Il se présenta donc au roi avec un air de raideur et d'importance, sans aucune marque de respect ni d'égards. Le roi, feignant de ne pas s'apercevoir de la rudesse de ce soldat à demi sauvage, lui dit avec la plus grande douceur : Monsieur le maréchal, des ennemis du roi votremaître prétendent que vous allez, par ses ordres, détruire un monument de ma capitale dont le nom semble vous porter ombrage : je n'en veux rien croire ; mais, comme je désire être agréable à tous mes alliés, je viens de donner l’ordre que le pont d'Iéna reçüt le nom de pont de l'Ecole Militaire, et j'ai voulu vous le dire moi-même, pour que vous puissiez l’apprendre à votre souverain. — Sire, répondit grossièrement Blücher, je ne puis aisser subsister dans Paris un monument dont le nom est une insulte pour ma nation. Le pont d'Iéna disparaîtra, etses débris attesteront à la postérité que la Prusse n’a pas tardé à prendre sa revanche. — Vous êtes bien sévère! Monsieur e maréchal, ne vous suffit-il pas d’être entré dans Paris à main armée, et faut-il punir des pierres insensibles, du nom qu'on leur a imposé? Bonaparte, dit Blücher, a emporté les chevaux de bronze de la porte triomphale de Berlin, il faut une représaille. — Il vaudrait mieux alors, reprit le roi avec un sourire ironique, emporter le pont que le jeter dans la rivière. »

Blücher, malgré son écorce rustique, sentit ‘ironie; il en rougit, mais répéta que rien ne le détournerait de prendre cette vengeance éclatante de toutes les insultes que sa patrie avait souffertes.

« Ainsi, dit le roi, vous faites retomber sur ma tète l'outrage que vous pouvez avoir à reprocher à un autre. Je vous conseille cependant, maréchal, d'y regarder à deux fois avant de me pousser à bout. »

Blücher, qui dut comprendre combien le roi était profondément blessé de son refus, salua froidement Sa Majesté sans rien répondre et se retira.

« Non! de par Dieu — reprit le roi avec vivacité — je ne laisserai pas tranquillement égorger mon honneur et je prouverai à ceux qui en douteraient qu'il y à toujours du courage dans ce corps affaibli par la douleur. » — Et, prenant une plume, il traça vivement le billet suivant, qu’il adressait au roi de Prusse :

Monsieur mon FRÈRE,

« Le feld-maréchal Blücher abuse de vos ordres pour commander la destruction du pont d'Iéna, dont j'ai changé le nom en celui de pont de l’école-Militaire. Cet acte inconvenant peut me mettre mal avec mes sujets, qui croiront que je l'ai approuvé. Il déconsidérera ma couronne, car, enfin, je suis à Paris, et je présume que Paris est encore ma capitale. Je prie Votre Majesté d’inter-

poser son autorité ; c’est une grâce que je lui demande. Si toutefois vous ne vouliez pas me l’accorder, je me bornerai à vous inviter à me faire savoir l'heure où l’on fera sauter le pont, pour que j'aille me placer au milieu (1). »

« Signé : Louis. »

En même temps, Louis XVIIT écrivit une lettre non moins énergique à l’empereur de Russie, qui venait d'arriver. Une heure après, un aide de camp d'Alexandre Ie" apportait sa réponse, dans laquelle il assurait le roi que le pont d’Iéna serait respecté. « Je viens — ajoutait-il — de faire dire à Blücher que, sous peine d’encourir mon indigpation personnelle, il ait à se garder de consommer l’acte de vandalisme qu’il a commencé, et que, s’il osait, malgré ma défense, persister dans cette insulte grossière au roi de France, il me restait assez de puissance pour l’obliger à faire reconstruire le pont à ses frais, et par des ouvriers prussiens. »

Furieux à la réception de ce message, Blücher s’emporta d’abord ; mais il n’osa passer outre, et assura hypocritement l’envoyé d'Alexandre que, par respect pour l’empereur, il allait contremander le travail de la mine. « Monsieur, lui dit le messager russe, j'ai ordre d'envoyer sur le pont un détachement de nos troupes pour en faire la garde avec les vôtres. »

Pour éviter cette mesure désagréable, Blücher s’engagea solennellement à se conformer en tous points à la volonté de l’empereur de Russie, et le pont fut sauvé.

Au récit intéressant de M. de la Mothe-Langon, nous ajouterons qu'en vertu d’une ordonnance royale du mois de juillet 4814, le pont d’Iéna, qui venait à peine d’être terminé, prit la dénomination de pont des Invalides et non de l’Ecole- Militaire, et des L affrontés remplacèrent les aigles sculptés au-dessus des piles. Après la révolution de 4830, on lui rendit son nom d’Iéna, et en 1852, Napoléon IL fit disparaitre les L pour rendre la place aux aigles. L'année suivante, on plaça, sur les quatre piédestaux des extrémités du pont, les quatre statues de cavaliers tenant leurs chevaux en main, cavalier grec, cavalier romain, cavalier gaulois, cavalier arabe, Ces groupes assez décoratifs n’ont pas la prétention de passer pour des chefs-d'œuvre.

Le pont des Invalides actuel, d’abord pont suspendu, ne fut construit que de 1828 à 1829. A l'origine, on lui donna le nom de pont de l’'Avenue-d'Antin, et de 1854 à 1855, on le reconstruisit en pierre ; tout récemment il a été pavé en bois, et bientôt il aura pour voisin un rude concurrent, le pont Alexandre III. Que de vicissitudes !

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