‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 207 sur 329 · TOUT-PARIS · texte numérisé non relu

TOUT-PARIS

(Extrait du journal le Gaulois, septembre 1901.)

LA TOUR DE LA RUE DE LA TOUR, N° 86 Nous avons recu les deux lettres suivantes :

« Chalet des Sapins, près Lons-le-Saulnier (Jura).

« Mowsieur,

« Je ne puis assister aux séances de la Société, mais je lis le Bullelin avec intérêt, et j’éprouve un grand plaisir à suivre les discussions et les découvertes dont il est rendu compte, surtout lorsqu'il s’agit de questions rétrospectives, ce qui me pa rait être le but de la Société.

« Parmi ces questions, il en est une que je m'étonne de ne pas avoir vu traiter, parce que je crois qu’elle doit éveiller un grand nombre de souvenirs, c’est : Quelle est l’origine et l’historique de la tour encadrée dans la maison Drappier, et qui a évidemment donné son nom à la rue ?

« Je n’ai, moi, habitante assez récente du quartier, ni des données, ni surtout l'instruction spéciale nécessaire pour faire ces recherches. Mais je suis très curieuse de toutes ces questions et désirerais que chaque quartier eût une Société semblable à la nôtre pour préserver notre cher Paris de l'oubli de ses origines et de l’horrible niveau américain qui cherche à s'établir sur nous.

« Recevez, Monsieur, l’assurance de mes sentiments distingués.

« A. GauruiER-VILLARS, »

La question de notre distinguée correspondante a été posée dès la séance du 42 octobre 1894 ; nous l’avons signalée une seconde fois dans le Bulletin à la sagacité et aux recherches de nos collègues.

« 28 octobre 1894.

& Monsieur,

« Si vous jugez que la publication de ma lettre peut être utile aux recherches que nous désirons tous favoriser, j'en autorise bien volontiers l'in sertion. Nous devons nous hâter de recueillir les souvenirs du passé, poursuivis que nous sommes par les démolisseurs.

« Veuillez recevoir, etc.

« H. GauraiEr-Vizrars. »

Notre collègue M. Mar fait à Mme Gauthier- Villars la réponse suivante :

Dans son Historre de France, le président Hévault cite un règlement donné par Philippe le Bel, à Passy, au mois de juillet 1312, règlement par lequel il décrète que les Quinze-Vingts faisant partie de l'établissement fondé par saint Louis porteront une fleur de lis sur leur vêtement, pour les distinguer des autres aveugles. Il est donc certain que Philippe le Bel possédait un domaine à Passy ; mais où était-il situé? Quillet, dans ses Chroniques de Passy. dit qu'il y avait dans ce qu'on appelait les Fortes-Terres, emplacement coupé par la rue Mozart, à peu près à la hauteur de la rue de l’Assomption : 4° une butte dite du Roï, qui faisait partie de la métairie royale ; 2° une porte dite Porte-Jeanne, dont le nom paraissait provenir de celui de Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel, et qui était peut-être une des portes du domaine du roi. En outre, d’anciens actes notariés établissent que, vers le même endroit, il y avait, en 1350, un autre quartier de terre, désigné sous le nom de l’Echansonnerie, et tout porte à croire que là se trouvait le manoir de l’échanson de Philippe, qui était Geoffroi Cocatrix, le même qui a donné son nom à une rue de la Cité, où il possédait plusieurs fiefs. IL y aurait donc d’assez fortes présomptions en faveur de

cet emplacement. Mais, d'autre part, certains chroniqueurs regardent la tour de la rue de la Tour comme un débris du château de Philippe le Bel. Quand, sous le premier Empire, on en fit une restauration complète, qui, entre parenthèses, lui fit perdre son cachet architectural, on reconnut que les substructions semblaient remonter au moyen âge. Et ce nom de rue des Tournelles, que porta si longtemps la rue Louis-David, n'indiquait-il pas l’ancien emplacement des remparts du château ? Néanmoins, voici ce que disait Quillet en 1836, à propos de cette tour : Après le clos des Minimes (Bons-Hommes), on trouvait un chemin de communication avec la plaine, qu'on appelait le Chemin des Moines. On a beaucoup élargi ce chemin pour en faire une rue qu'on a longtemps désignée sous le nom de rue du Moulin-de-la-Tour, parce que sur la tour que l’on voit encore dans cette rue, et qui a servi longlemps de yrison, se trouvait un moulin, et comme ce moulin a été détruit, on la nomme à présent rue de la Tour seulement, afin de la distinguer d'une rue adjacente portant le nom de rue du Moulin (actuellement rue Schefer), laquelle touche en effet au moülin Leclerc.

Aussi perplexes que l’âne de Buridan, nous voici done bien embarrassés pour placer le château du roi faux monnayeur, deux fois excommunié ; quant à moi, si nous étions au moyen âge, si je m'appelais Philippe le Bel et que J'eusse le désir de me faire élever un château à Passy, je ne choisirais pas l’emplacement des Fortes-Terres, qui, du reste, était plutôt à Auteuil qu'à Passy, mais bien la partie la plus élevée de la rue de la Tour (vers le n° 86), avec tournelles sur l'emplacement de la rue Louis-David et donjon sur celui de l'ancien moulin Leclerc, c’est-à-dire rue Pétrarque, le point culminant de la localité, d'où je pourrais admirer au loin ma bonne ville de Paris et les gracieux méandres de la Seine, et même au besoin surveiller l'approche de l'ennemi.

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