FRANÇOIS GÉRARD & SA MAISON D'AUTEUIL
François Gérard, le célèbre peintre d'histoire et de portraits dont une rue d'Auteuil porte le nom, naquit à Rome en 4770, à l'hôtel de l'ambassade française, au palais Colonna, où son père était attaché à la maison du cardinal de Bernis. Sa mère était Italienne. À l’âge de douze ans, il fut amené à Paris, entra dans une école élémentaire de dessin, puis apprit à modeler chez le sculpteur Pajou; de là il passa dans l'atelier du peintre Brenet, et enfin, en 1786, devint élève de David. Ayant perdu son père en 1790 et sa mère en 1193, ilse trouva chargé de deux frères et d’une jeune tante, sœur de sa mère, dont il était le seul appui ; remplissant courageusement son devoir, malgré la situation précaire où ilse trouvait alors, il pourvut à l’éducation de ses frères, puis épousa sa parente en 1795.
La même année, il exposait son Bélisaire, exécuté en dix-huit j jours, et en 1796 terminait l'Amour et Psyché, tableau exposé seulement en 1808 et qui est actuellement au Musée du Louvre. Ces deux compositions, d’un genre si différent, commencèrent à établir sa réputation ; mais les temps étaient difficiles, on ne songeait guère alors à des achats de tableaux, et, pendant trois ans, malgré son talent, Gérard n'eut pour toute ressource que le prix des dessins qu'il fit pour les belles éditions classiques des frères Didot.
Enfin, l'horizon s’éclaircit, et notre peintre s’affirma définitivement en 1802 et 1803 par l'exposition des portraits du premier consul (1) et de Joséphine. Depuis cette époque, il alla de succès en succès. En 1808 il exposait les Trois Ages, actuellement dans la collection du duc d’Aumale, et en 4810 son grand tableau de la Bataille
(1) Ce portrait est à Chantilly dans la collection du duc d'Aumale,
d'Austerlitz. En 1817 l'Entrée de Henri IF à Paris lui valut d'être nommé premier peintre du roi, et, le à septembre 1819, il reçut le titre de baron. Il avait été nommé membre de la Légion d'honneur dès la fondation de l'Ordre, puis élu membre de l'Institut à l'unanimité en 1819.
En 1822, il exposait Corinne au cap Misènes, dont la figure principale semblait rappeler Mme dé Staël légèrement embellie ; en 1824, Daphnis el Chloé, actuellement ‘au Louvre : en 1827, Sainte Thérèse, et en 1829 le Sacre de Charles X ().
Nous ne mentionnons ici que ses œuvres prin cipales ; mais la carrière de Francois Gérard a été sans conteste l’une des plus fécondes qu'il y ait à enregistrer dans l’histoire des peintres. En quarante-deux années de travail, ce peintre des rois (2) et ce roi des peintres à produit plus de 30 tableaux d'histoire, un grand nombre de compositions diverses, 83 portraits en pied et près de 200 portraits en buste ou à mi- =COrps. On peut dire que tout ce qui fut célèbre à n'importe quel titre, sous l’Empire et sous la Restauration, à posé devant lui; aussi sa maison a-t-elle été pendant trente-cinq ans l’un des points de réunion les plus fréquentés des personnages lesplus hauts placés et les plus distingués soit par leur rang, soit dans les sciences, dans les lettres et dans les arts.
On se pressait tous les mercredis dans son salon et dans son bel atelier de la rue Saint-Germain-des-Prés, n° 6 (3), « et bientôt — dit Mme Sophie Gay dans ses Salons célèbres — on était distrait, par sa conversation, du plaisir de contempler ses ouvrages; il semblait que son esprit fût envieux de son talent et lui disputât les suflrages. Après être venu visiter le grand peintre, on voulait connaitre le causeur spirituel et se lier avec l’homme aimable. » Nul, en effet, ne parlait avec plus de grâce, nul ne montrait plus de délicatesse de goût dans ses jugements. Louis XVIIE, qui s'y connaissait, disait que Gérard était l'homme le plus spirituel de France, et Talleyrand lui trouvait toutes les qualités propres à faire un bon diplomate.
Pour se délasser de ses travaux et trouver un repos relatif sans trop s'éloigner de Paris, François Gérard s’était décidé, vers 1819; à acheter à Auteuil, des héritiers du ministre de l'intérieur Cretet, une maison élevée sur l'emplacement de l’ancien hôtel seigneurial des abbés de Sainte- Geneviève, située près du côté méridional de l’ancienne église, sur l'emplacement actuel de la rue Wilhem et des établissements Chardon-Lagache et Sainte-Périne. Elle avait été en partie construite sur les grands caveaux des Génovéfains, et,
(1j Quand ce Lableau fut exposé, le roi fit offrir à
Gérard le titre de comte et le grand cordon rouge dela I on d'honneur ; mais e peintre ne erut pas devoir accepter.
On vit Gérard, dans une mème journé séance us son atelier à troi
nis Per
e Sa me aison ; d'a h avec
s s s : et Fontaine ; l'atelier communiquait lle et donnait rue Saint-Benoit. Il avait demeuré antérieurement au Louv re, dans les bâtiments de l'Institut.
du temps même de François Gérard, on y voyait encore d'anciennes pierres tombales. Un grand pare, que M. de Humboldt, l’ami le pins intime de la maison, appelait plaisammeut les foréts vierges d'Auteuil, entourait l'habitation.
des amis intimes. M. de Humboldt et M. Thiers, entre autres, y vinrent souvent.
Dans ses dernières années, la santé de Fran- Cois Gérard s'était affaiblie, sans cependant inspirer d'inquiétude, quand, attaqué presque subi-
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Maison du baron Gérard, meml
Gérard se plaisait beaucoup dans cette demeure, Y passait une partie de l’année, mais revenait le Jour à Paris, préférant peindre dans l'atelier auquel il était habitué.
: Dans sa villa d'Auteuil, il y avait souvent FS le dimanche, pendant la belle saison, et les undis étaient spécialement consacrés aux visites
tement d’une fièvre de paralysie, il y succomba dans sa maison de Paris, où il peignait encore quatre jours avant sa mort. Sa réunion du mercredi 4 janvier 1837 avait été nombreuse et animée comme d'habitude ; les personnes qui se présentèrent pour celle du 44 apprirent avec stupeur qu'il était mort. Accablée sous le coup qui
la frappait, sa femme n'avait pas pensé à en prévenir ses amis. La société, les arts et la France venaient de faire une grande perte.
Après la mort de Gérard, la propriété fut conservée par sa veuve, qui y mourut le 4°" décembre 4848. Ne pouvant plus l'habiter entièrement, et voulant la garder malgré les frais d’un entretien considérable, elle en louait une notable partie, et c’est ainsi que M. Guizot et sa famille
d'Aubusson de la Feuillade, qui l'avait louée, l’acheta. Elle mourut peu de temps après, le 49 janvier 1856, et en 1858 les deux filles de M®° d’Aubusson de la Feuillade la cédèrent à la Ville de Paris, qui désirait transférer sur son emplacement l’établissement de Sainte-Périne-de-Chaillot, qui allait être démoli.
La plupart des biographies de François Gérard étant muettes, ou à peu près, sur sa maison d’Au-
Grape par Coin
Le baron- Francois Gérard.
(Collection de M. Em. Potin.)
furent ses locataires pendant plusieurs années, Après elle, M. Henri Gérard, attaché à la Direction des Musées royaux, devint le propriétaire de la maison de son oncle, comme seul héritier de la fortune et du nom (François Gérard n’avait pas eu d'enfants), et, vers 1850, la propriété, qui représentait la plus grande partie de la fortune, ne pouvant plus être conservée, Mme la comtesse
teuil, nous avons fait appel à la bienveillance du baron Henri Gérard, député du Calvados, qui a un véritable culte pour la mémoire de son oncle, et s'est empressé, avec sa courtoisie habituelle, de nous adresser les notes qui nous ont permis d'amé: liorer et de compléter cet article. Nous lui en adressons nos bien sincères remerciements.
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