EXTRAIT D'UN RAPPORT DE M. ÉMILE POTIN
Le livre de M. Guillois sur Mme Helvétius et les Idéologues résume une époque, un coin, une société de l’ancien village d'Auteuil. Il montre ce que des recherches habilement dirigées par un esprit sagace, patiemment investigateur, amoureux du sol natal, capable en même temps de vues d'ensemble, et dont la plume met facilement en relief les hommes et les faits, peuvent exhumer d’un espace restreint, de ce qu’en langue de cadastre on nomme une parcelle. De cette parcelle, qu'il frappe de sa plume, sort une femme généreuse et aimable ; sa vie reconstituée ressuscite celles de Condorcet, de Cabanis, de Ginguené, de Chamfort, de Franklin, de Volney, de Daunou, de M. J. Chénier, de Tracy; par endroits apparaissent Roucher, Andrieux, de Gérando, Garat, Mmes Roland, Cabanis, de Grouchy, et tant d’autres intéressantes figures, que l’on croit voir et toucher, tant elles sont nettement dessinées. Puis, dominant bientôt toute la seconde partie du livre, présente dès la première page, la grande figure de Napoléon. Ce n’est pas celle qui a le moins de vie. Il est là, consul ou empereur, avec toutes ses grandeurs, toutes ses faiblesses, avec son caractère heurté, souvent généreux, mesquin ailleurs, toujours volontaire, opiniâtre, autoritaire. L’autocrate, le despote ne s’accommode point des idées spéculatives ; il lui faut les vastes conceptions qui mènent à l’action. Quand le grand homme a passé, lorsque les fumées de l’épopée se sont dissipées, on retrouve, avec une heureuse impression de paix tranquille et calme, les débris, déjà éparpillés par les ans, de la Société d'Auteuil, et l'on finit le livre sur les touchantes et douces impressions de l'amitié de Cabanis, qui meurt, pour Ginguené, qui survit; avec la mort de Mme Cabanis on tourne la dernière page. Deux femmes ont répandu sur le volume leur grâce aimable, et sous une impression pleine de charme font faire aux lecteurs une trop courte promenade de cent vingt-cinq années. On n’a pas lu le livre, on l’a vécu. Voilà, pour finir, la marque du talent de notre collègue Guillois : vos votes de tout à l’heure, messieurs, ont justement fait de lui un des viceprésidents de notre Société. (Applaudissements.)
L'Académie française, le 22 novembre, a attribué à M. Guillois une partie du prix Bordin. Et voici en quels termes. L’éloge officiel sera le digne couronnement du nôtre :
.€ M. Antoine Guillois, chercheur tenace, ha bile et heureux, a su recueillir, sur la célèbre Société d'Auteuil, une grande quantité de faits inédits et curieux; en les publiant, il a rectifié et détruit certaines erreurs accréditées jusqu'alors. Petit-fils du poète Roucher, à qui il a consacré déjà une pieuse et touchante étude, ce jeune ecrivam est, à tous égards, digne d’encouragement, d'estime et de sympathie. »
12 octobre 1894,