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“En 1772, la veuve du philosophe avait acheté
cette propriété au peintre pastelliste Quentin de la Tour ; elle resta dans la famille jusqu'en 1817 et compta depuis, parmi ses propriétaires, M. Thuret, ambassadeur des Pays-Bas, et le prince Pierre- Napoléon Bonaparte. On sait ses destinées. Incendiée en 4871, elle fut remplacée parl’hôtelmoderne qu’occupe aujourd'hui l'École normale israélite orientale.
. [l n'était pas possible dene pas parler en ces lieux des deux filles de Mme Helvétius, Mmes de Mun et d’Andlau, que Franklin appelaitles Etoiles et que la Révolution, en souvenir de leur père, avait nommées les filles de la nation.
Il était moins possible encore d'oublier et les visites de Condorcet, et le mariage de Cabanis, et surtout l'amitié qui liait Franklin à la maîtresse du logis. A ce propos, M. Guillois a lu cette partie du dialogue entre Franklin et la goutte, daté de Passy, 22 octobre 1780. — et qui rappelle bien toute la spirituelle bonhomie du grand philosophe :
« Regardez votre amie d'Auteuil, une femme qui a reçu de la nature plus de science vraiment utile qu'une demi-douzaine ensemble de vous, philosophes prétendus, n’en avez tiré de vos livres. Quand elle voulut vousfaire l'honneur de sa visite, elle vint à pied. Elle se promène du matinjusqu’au soir et laisse toutes les maladies d’indolence en partage à ses chevaux. Voilà comme elle conserve sa santé, même sa beauté ; mais vous, quand vous allez à Auteuil, c’est en voiture. [n’y apas cependant plus loin de Passy à Auteuil que d'Auteuil à Passy. »
Le 13 août 1800, Mme Helvétius mourait dans cette demeure, où elleavaitétési heureuse et autour de laquelle elle avait répandu tant de bien. De ses mains défaillantes, elle pressait celles de l’angélique Cabanis, qui l’appelait « ma bonne mère », et elle répondait : « Oui, je la suistoujours. » Elle fut enterrée au bout du pare, sur le désir qu’elle en avait manisfesté, sous la rotonde qui dominait le pavillon de Gabanis. Elle y resta jusqu'en 1817.
Par son testament, elle laissait la jouissance de la propriété à Cabanis et à Laroche,ses deux fidèles commensaux.
Au moment où nous quittions la maison de Mme Helvétius, quelques élèves del’Ecole normale Israélite nous demandèrent la permission de se joindre,sous la conduite de leur sous-directeur, à notre excursion. Cette autoritation leur fut accordée bien volontiers et nous en profitâmes pour apprendre d’eux le rôle de l'institution et ses conditions d'existence.
L'Ecole normale israélite orientale a pour but de recevoir les meilleurs élèves des écoles israélites établies en Orient et en Afrique et de les perfectionner, par des cours qui durent quatre ans, dans la connaissance de la langue française et des langues orientales, de façon à les mettre à même de distribuer à leur tour l’enseignement primaire et de surveiller les institutions israélites d'enseignement professionnel ou agricole. |
Les élèves, au cours de leurs études, subissent les examens pour le brevet de capacité d'instituteur en France et, à l'expiration dela quatrième année, ceux du brevet supérieur. x
Les dépenses de l'Ecole se sont montées,en 1894,
à 38.701 fr.30 ; elles sont couvertespar l'Alliance israélite universelle. L'Ecole possède, en outre, provenant de deux legs, un capital de 52.000 fr,
Vers 2 heures et demie nous passions devant l’ancien emplacement de la fontaine d'Auteuil, dont l'eau était si pure que le roi, lors de ses voyages à la Muette, ne voulait pas en boire d’autre, C’est cette fontaine, et non pas le sou-
venir du fabuliste, qui donna le nom à la rue qui d'Auteuil conduit à Passy.
Nous arrivons alors au n° 45 de la Grande-Rue
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lles de Verrières, 45, rue d'At
1 des Demois
Ancienne M:
d'Auteuil ; c'est là que demeuraient, il y a un peu plus d’un siècle, les demoiselles de Verrières. Mme Rapy, aujourd'hui propriétaire de cette magnifique demeure, voulut recevoir elle-même les membres de la Société, et son -gracieux accueil
prolongea l'illusion des .souvenirs pendant toute cette visite d'une habitation où rien n’a été changé depuis que les amies du maréchal de Saxe y demeuraient.
C'est Le dernier vestige complet du xvine siècle dans notre quartier ; c’est le bijou, le joyau de notre Auteuil contemporain, la plus belle propriété assurément de tout le XVI arrondissement.
Vest là que, vers 1740, Mlle Antier recevait la cour et la ville ; là, dans ce parce où les vases de marbre alternent avec les berceaux, les colonnades et les statues, qu'en 1744 cette aimable actrice célébra une fête pour la convalescence du roi. Vers 4750, la propriété passa entre les mains de Geneviève et de Marie de Verrières, celle-ci arrière-grand'mère de George Sand.
Le théâtre subsiste encore dans une propriété aujourd'hui voisine, chez Mme Boullay. On y joua la Partie de Chasse de Henri 1V, de Collé, et Carnille et Constance, de Colardeau, un des amis de la maison.
Au 15 août, jour de la fête de Marie de Verrières, il y avait des danses champêtres sur les pelouses, des repas et des feux d'artifices.
M. Guillois s’est borné à rappeler un long article consacré par lui, dans notre Bulletin, à cette propriété historique, et, après avoir fait le tour du pare, on a pris congé de l’aimable châtelaine.
À 3 heures, la Société passait devant la raison du jardinier de Boileau et devant le fameux marronnier planté du vivant du poète. Nos Bulletins renferment plusieurs études sur cette propriété qui appartient aujourd’hui à M. Perrichont, conseiller municipal, un de nos membres donateurs.
Puis voici la maison de Hubert Robert, bien connue maintenant après les travaux de notre collègue M. Gabillot.
Enfin, à 3 heures et quart, nous arrivons au Cimetière, fondé en 1800 par M. Benoît, maire d'Auteuil, agrandi en 4807 grâce à la générosité du sénateur Le Couteulx de Canteleu.
A gauche, en entrant, M. Guillois faitremarquer une table de pierre, encastrée dans le mur, dont il serait bon de reproduire l'inscription dans nos colonnes. Le musée Carnavalet désire l'exposer dans des collections, et ily aurait utilité à ce que, auparavant, nous en ayons la teneur.
On passe devant les tombes d’Ad. Yvon, de Gounod, de Gavarni, de Legonidec, curé d'Auteuil et celtisant illustre; de Musard, qui fut notre maire; d'Elias Robert, de la famille de Cabanis, de Benoit, de Pérignon, de Cretet, de Rumford pour arriver à la tombe de Mme Helvétius, où la Société peut remarquer l'inscription de son nom. Voici encore les pierres tombales de la comtesse de Boufllers, du jeune Corot, frère du grand peintre, artiste lui-même plein de promesses, mort à Auteuil, à son retour de la ville éternelle.
Devantle monument du mathématicien Legendre, nous trouvons notre nouveau collègue, M. Guérin, administrateur du bureau de bienfaisance. Sa rencontre était tout indiquée en ce lieu, Legendre et sa femme ayant laissé toute leur fortune à la commune d'Auteuil, à la charge de bonnes œuvres et
de fondations charitables. La tombe du savant a été lamentablement ravagée, en 4871 ,par les obus. Ce serait pour la Société une trop lourde charge pécuniaire que de la réédifier; et, du reste, il semble bien quec’est à l’Assistance publique qu'incombe ce devoir de reconnaissance. M. Guérin l'admet volontiers, et nous promet de s’employer de tout son pouvoir pourobtenir cette réparation.
La réunion se rend, par la rue Chardon-Lagache, à la maison de Choiseul-Praslin et à l’église d’Auteuil, où se terminera l’excursion.
Au n°29 de cette rue, on s'arrête un instant devant la maison mortuaire de Gavarni. Voici maintenant Sainte-Périne, champ de bataille, témoin en 481% d’un sérieux engagement de cava= lerie ; c’est là que commençait le parcseigneurial des Génovéfains.
A notre gauche, c’est l’école J.-B.-Say,autrefois le château Ternaux ; puis voici lamaison de notre savant confrère, M. Hauréau, de l’Institut. Elle a vu passer successivement Georges de la Fayette, Victor de Tracy, Lenormand, Mme Récamier.
Devant l’entrée actuelle de la maison Chardon- Lagache on voyait encore, il y a cinquante ans, les pierres de la justice seigneuriale.
La réunion fait ensuite une station devant la colonne d'Aquesseau. C'est là, à la pointe extrème de l’ancien cimetière, qui s’étendait triangulairement devant l’église, que Mme d’Aguesseau, morte en 1735, demanda àäêtreenterrée. En 1751, le chancelier, son mari, vint l'y rejoindre. Un monument avait été élevé, en cet endroit, par les ordres et aux frais du roi Louis XV. Il fut détruit en 1793 ; les cercueils furent violés et dépouillés de leurs ornements. Cependant, des mains pieuses avaient recueilli ces dépouilles illustres, et, en l'an IX, le monument actuel fut construit à la place de l’ancien. Le maire Benoit, obéissant aux ordres des consuls, s’y était employé avec zèle et, le 30 frimaire, eut lieu une cérémonie solennelle à laquelle assistèrent le préfet de la Seine, le sous-préfet de Saint-Denis et toutes les notabilités d'Auteuil. Le maire y prononça un grand discours, qui a été conservé. La Société historique est la première qui, depuis quatre-vingt-quinze ans, se soit réunie en corps autour de ce monument.
De là, on se rendit à la maison de-Chciseul- Praslin, occupée aujourd'hui par des religieuses dominicaines. Ces dumes nous accueillirent tris gracieusement, et, après quelques mots consacrés au sénateur Choiseul-Praslin, à sa femme, qui youlut que son cœur fût enterré dans le jardin, auprès d'un fils chéri qu'elle avait perdu ; après avoir rappelé que Mme de Praslin avait demandé que cette propriété ne fût ni vendue ni louée jusqu’à la septième génération, —ce qui fit qu’elle fut prètée successivement à la princesse d'Hénin, au comte de Lally-Tollendal et enfin à Marie de Quélen de la Vauguyon, princesse de Carignan, qui y mourut d’une façon si dramatique le 10 février 4829 ; — après avoir rappelé la visite que fit à cette maison, en 4876, S. M. l’Impératrice du Brésil, M. Guillois a conduit la réunion au Temple de Molière, qui se trouve dans la propriété. Le « diner d'Auteuil » fut évoqué sur les lieux mêmes qui furent témoins de cette scène douloureuse et joyeuse à la fois ; et, sans se pro-
noncer d’une façon définitive sur l'emplacement exact qu'occupait la demeure de Molière, M. Guillois, appuyé par notre président, a fait remarquer que la construction de ce temple, en ce lieu, au début du siècle, à quatre-vingt-dix ans plus près des événements, constituait une présomption sérieuse en faveur de l’habitation de Molière en cet endroit.
Quant au temple lui-même, menacé de destruction prochaine, s’il n’est pas promptement réparé, il a semblé à la Société, dans une discussion entreprise sur les lieux mêmes, qu'il n’était pas de son ressort de s’en occuper : d'abord, il y a, malgré tout, incertitude sur l’emplacement; puis, ce monument n’est pas contemporain de Molière ; enfin, quelque intéressant qu'il soit, il est placé à l'intérieur d’une propriété privée, et il ne semble pas, dès lors, que la Société ait autre chose à formuler qu’un vœu pour l’entretien de ce monument par les soins de ses propriétaires actuels.
Du temple de Molière, la Société s’est rendue dans le jardin du presbytère, ancienne propriété Destuit de Tracy. Là, les ruines de l’ancienne église d'Auteuil, un moment conservées dans le parc Chardon-Lagache, ont été érigées, en une sorte de petit monument encadré de verdure, sur les indications de la Société historique et par les soins et sous la direction de notre collègue M. l’architecte Hector Guimard.
On est entré dans l’église, œuvre de notre illustre confrère M. Vaudremer, et, après en avoir admiré l'architecture ainsi que le monument de MS Lamazou, ancien curé d'Auteuil, on se préparait à descendre à la crypte, pour y voir la tombe de Mme Ternaux et la Water dolorosa de Carpeaux, lorsqu'on apprit que cette partie de l'église ne pouvait être visitée, par suite d’un office qui s’y faisait en ce moment.
Vers 5 heures on se séparait ; et chacun emportait un bon souvenir de cette première promenade historique.