LE JARDINIER DE BOILEAU
On a cru longtemps que le jardinier de Boileau se nommait Antoine Riquié ou Riquet. D’après les minutieuses recherches de Jal (1), qui a trouvé
(1) Voir d'histoire,
son Dictionnaire critique de biographie et article Riqué.
rois signatures de l'ingénieux gouverneur du jardin d'Auteuil et une de son tils, apposées au bas d'actes de famille, on sait aujourd'hui que son vrai nom était Riqué (sans I).
Il naquit à Paris vers 1654 (1), et ce fut probablement en 168% qu'il épousa Marie de Lamare (2) qui avait le même âge que lui. IL en eut quatre enfants: Jérôme, né à Auteuil le 15 avril 4687; Marie-Jeanne, tenue sur les fonts de baptème, le 6 mars 1689, par Jean-Baptiste Racine, fils ainé de l’illustre poète; Marie-Louise, née en 4691, et Perrelle, baptisée le 20 mai 1695, ayant pour parrain le jeune fils de Gilbert de Voisins, président au parlement de Paris. Antoine avait 32 ans en 1685, quand Boileau le trouva établi dans la maison d'Auteuil et le garda à son service, et 41 ans quand le poète lui dédia sa onzième épitre, qui fit passer son nom à la postérité :
« Laborieux valet du plus commode maitre
Qui pour te rendre heureux ici-bas pouvait naître, Ântoine, gouverneur de mon jardin d'Auteuil, Qui diriges chez moi l'if et le chèvrefeuil,
Et sur mes espaliers, i nieux génie,
Sait si bien exercer l'art de La Quintinie.. »
Marie de Lamare mourut le 9 mars 1722, âgée de 68 ans. L'acte d’inhumation nous apprend qu’à cette date Antoine était jardinier du docteur Gendron, médecin du régent et célèbre oculiste. Deux vers satiriques de Voltaire dans son Épitre à Boileau, où il parle de sa visite à Gendron, confirment l’assertion de Jal:
Je vis le jardinier de 14 maison d'Auteuil Qui chez toi, pour rimer,, planta le chèvrefeuil.
Gendron, en 1722, était donc déjà propriétaire de l’ancienne maison de Boileau ; peut-être Antoine n’avait-il pas quitté la maison et, après avoir servi M. Le Verrier, avait-il été conservé par Mme de Calabre, qui aurait fait une bonne affaire en gardant ce précieux serviteur. À partir de son veuvage, on ne trouvait plus son nom sur les registres d'Auteuil. Déjà vieux, il prit sans doute sa retraite, qu'il avait bien gagnée, et peut-être se retira-t-il chez sa fille Marie-Jeanne (3) qui avait épousé un jardinier d’Asnières, avant de venir à Paris, où il mourut sur le territoire de la paroisse de Ja Madelaine de la Ville-l'Évêque, le 3 octobre 1745, âgé de 95 ans. Le lendemain, on l'inhuma au grand cimetiére de cette paroisse.