PLACE DE L'ALMA
teur exceptionnelle des eaux pendant l'hiver de 1854 à 1855 fit obstacle à l’achèvement du pont de l’Alma dans le délai fixé. La circulation y fut établie provisoirement le 15 août 1855 ; mais des mouvements survenus au décintrement retardèrent l'ouverture définitive du pont jusqu'au 2 avril 1856, jour où il livra passage au cortège impérial, qui se rendait au Champ de Mars pour la remise des drapeaux aux régiments revenus de la campagne de Crimée. Toutefois, le pont de l'Alma ne fut entièrement achevé qu’en 1857.
Il se compose de trois arches elliptiques ; celles de rive ont 38,50 et celle du milieu 45 mètres d'ouverture. La longueur est de 153 mètres et la largeur de 20 mètres : la chaussée est de 12 mètres et les deux trottoirs font 4 mètres chacun. La dépense du pont proprement dit, qui a été partagée par moitié entre l'État et la Ville de Paris, s'est élevée à 1.620.000 francs.
Les quatre statues qui décorent les avant-becs et arrière-becs du pont sont en pierre dure de Chérences et ont coûté 110.009 francs. Chacune d'elles représente un militaire des corps de l’armée de ligne ayant pris part à la campagne de Crimée. Les statues des avant-becs (un zouave et un soldat de l'infanterie de ligne) sont dues à Diéboldt; les deux autres (un artilleur et un chasseur à pied) sont d'Arnaud.
Le décret du 6 mars 1858 a déclaré d'utilité publique l'ouverture des voies suivantes :
1° Un boulevard de 40 mètres de largeur, devant partir du quai Debilly, dans l’axe du pont de l’Alma, pour aboutir à l'avenue des Champs-Élysées (ce boulevard est l'avenue de l'Alma) ;
2% Un boulevard de 40 mètres de largeur, devant commencer audit quai, presque en face ledit pont, et devant aboutir à la place de l'Étoile (c'est l’avenue Marceau) ;
3° Un boulevard de 40 mètres de largeur, partant du même point et se dirigeant sur la barrière Sainte-Marie (c’est l’avenue du Trocadéro) ;
%° Un boulevard de 40 mètres de largeur, partant de la place de l'Étoile, pour aboutir au quinconce placé vis-à-vis du pont d’Iéna (c’est l’avenue d'Iéna);
5° Et des amorces des voies secondaires, traversant ces boulevards ou y aboutissant, ces amorces devant être ouvertes sur toute l'étendue des propriétés situées à l'intersection des voies principales et des voies secondaires.
Le même décret a autorisé l'ouverture, dans la commune de Passy, d'un boulevard de 40 mètres de largeur, devant prolonger le boulevard ci-dessus décrit sous le n° 3 jusqu'à la porte de la Muette (c’est l'avenue Henri-Martin), et d'un boulevard formant rectification de celui de Passy et se prolongeant jusqu'à la rencontre du boulevard de Longchamp (c'est l'avenue Kléber).
L'ouverture de l’avenue de l'Alma a coûté 12.489.284 francs, d'où il faut déduire 1.103.504 francs de recettes provenant de revente de terrains et vente de matériaux, ce qui fait ressortir une dépense nette de 11.385.780 francs. Je ne donnerai pas d’autres indications sur l'avenue de l'Alma, parce qu'elle se trouve entièrement sur le VIIIe arrondissement ; mais la place de l’Alma appartient en partie au XVI°. Elle a été déclarée d'utilité publique par le décret précité du 14 mars 1858, comme conséquence des alignements indiqués sur les plans joints à ce décret; elle a été terminée en 1864, c'est-à-dire avant l'achèvement de l'avenue de lAlma ; cependant, les plaques indiquant le nom
de cette place n’ont été posées qu'en 1871; elle dessert des courants m ultiples de circulation.
Les avenues du Trocadéro et Henri-Marlin, qui sont séparées par la place du Trocadéro, n’en formaient autrefois qu'une seule, dénommée « avenue de l'Empereur »: elles ont été exécutées (1) de 1862 à 1868, sous la direction d'Alphand : les travaux ont été terminés d'abord entre la porte de la Muette et la place du Trocadéro, ensuite entre cette place et le quai Debilly.
Le décret du 6 mars 1858 n'avait pas tardé à être exécuté sur le territoire de Passy (avenue Henri-Martin); mais six ans après la promulgation de ce décret, les travaux considérables qu'exigeait l'ouverture du boulevard entre la place du Trocadéro et le quai Debilly étaient encore peu avancés. Le décret du 2 mars 1854 donna au nouveau boulevard le nom d’« avenue de l'Empereur », et deux décrets des 17 février et 24 septembre 1864 approuvèrent les Lrailés passés entre la Ville de Paris et la Société Thome et Ci. La dépense totale pour les opérations de voirie auxquelles s'appliquait ce traité, el parmt lesquelles figurait l'achèvement de lavenue du Trocadéro, s'est élevée à 19.810.149 franes ; mais la revente des terrains et matériaux avait produit, au 1e janvier 1870, une recette de 2.647.572 francs, et il restait encore à celte
époque des terrains à aliéner.
En 1866, les déblais de l'avenue du Trocadéro, à qui ce nom a été donné par un arrêté préfectoral du 4 février 1877, que le décret du 10 novembre suivant a confirmé, étaient poussés avec la plus grande activité; on ne les interrompait même pas pendant la nuit: c'était le moment qu'on choisissait, par mesure de précaution, pour faire jouer la mine. Aux abords du quai Debilly, il a falluexéeuter un remblai dont la hauteur maxima estde 11 mètres. Dans cette partie du tracé, qui domine la Manutention des vivres militaires, construite sur l'emplacement de l’ancienne manufacture royale de tapis de la Savonnerie (2), il n'existe de maisons que sur le côté nord ; le côté le plus
voisin de la Seine n’est pas bâti et forme une terrasse laissant la vue s'étendre au-dessus des immeubles situés au pied et n'ayant pas d'accès sur l'avenue ; il a donc fallu la maintenir par un grand mur de soutènement de 360 mètres de longueur, fondé sur un banc d'argile.
L'avenue Henri-Martin, qui s'est nommée d’abord « avenue de l'Empereur », puis, de 1877 à 1885, « avenue du Trocadéro », a reçu, par décret du 3 décembre 1885, sa dénomination actuelle en l'honneur d'Henri Martin (1810-1883), qui a été maire du XVI° arrondissement et a publié l'Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'à 1789, ouvrage couronné par l'Académie française. Cette avenue a été exécutée en déblai du côté de la place du Trocadéro et en remblai du côté du bois de Boulogne. La hauteur du mur
de soutènement du éimetière de Passy montre que les déblais ont été consi-
dérables ; leur hauteur a atteint 10 mètres. On les a utilisés pour remblayer
1) Les travaux d'ouverture des avenues du Trocadéro, Henri-Martin, d'Iéna et Marceau ont été exécutés sous les ordres de M. l'ingénieur Darcel, avec le concours de MM. les conducteurs des ponts el chaussées Lalo, pour l'avenue Henri-Martin, et Selheimer, pour les trois autres avenues.
Le sol sous-miné de l'avenue du Trocadéro a été consolidé, en 1887, sur 270 mètres de longueur, entre les n° 2 © 44; à l'angle de la rüe de Magdebourg, la distance du sol au ciel de la carrière est de 8m,08, el la hauteur de la galerie d'exploitation est de 5 mètres.
2) Voir ci-dessus (pp.53 et83) pour la manufacture de la Savonnerie et pourla Manutention.