‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 53 sur 329 · AVENUE KLÉBER · texte numérisé non relu

AVENUE KLÉBER

l'ancien boulevard de Passy, suivant le tracé approuvé par le décret du 6 mars 1858. Elle fut complètement terminée en 1865; le décret du 2 mars 1864 la dénomma « avenue du Roi-de-Rome », parce qu'elle va de la place de l'Étoile à la place du Trocadéro et que c’est sur cette dernière place que le palais du roi de Rome avait été projeté sous le premier Empire. La dépense totale pour la construction de cette avenue s'est élevée à 10.935.292 francs, et la revente de terrains et de matériaux a produit 1.318.732 francs ; la dépense nette a donc été de 9.616.490 francs.

Dans son parcours, cette avenue a supprimé : 1° la rue Guerlain; 2° une partie du chemin de ronde de Longchamp, entre la rue de Longchamp et la place du Trocadéro ; 3° une partie du chemin de ronde de l'Étoile, entre les rues de Longchamp et du Belloy. Sur la partie supprimée du boulevard extérieur, on a construit la rue de Lapérouse et une partie de la rüe Dumontd'Urville.

Le décret du 16 août 1879 a donné à cette voie le nom d’avenue Kléber (1), en l'honneur de Jean-Baptiste Kléber (1754-1800) qui, après avoir servi huit ans dans l’armée autrichienne comme officier, fut élu, en 1790, chef d'un bataillon de volontaires de l'Alsace, sa patrie; il se distingua au siège de Mayence, servit ensuite un an en Vendée, acquit la réputation d’un général habile à l'armée de Sambre-et-Meuse, dans les campagnes de 1794 à 1796, fut mis ensuite en demi-solde et habita Chaïllot en 1796 et 1797. Le général Bonaparte lui confia le commandement de l'armée d'Égypte, quand il revint en France. fl fut poignardé par un fanatique, Suleyman-el-Halebi, jeune homme de vingt-quatre ans, et inhumé, avec toute la pompe militaire, dans un des bastions d’'Ibrahim-Bey. La ville de Strasbourg a élevé à Kléber une statue de bronze en 1840.

La reine d'Espagne Ysabelle IT, grand'mère du roi Alphonse XIII, habite depuis 1868, quand elle est à Paris, l’hôtel monumental qui avait appartenu d'abord au comte Basilewski et qui est actuellement nommé le palais de Castille ; il est situé au n° 19 de l’avenue Kléber, à l'angle de la rue Pauquet. La reine Ysabelle a fait apposer, sur les deux principales grilles d'entrée, un Y sur fond d'azur, dans un écusson accolé à celui des armes de France, le tout dans un petit cartouche timbré d’une couronne royale.

L'ambassade des États-Unis d'Amérique se trouve au n° 18, la légation du Guatémala aux n° 55 et 57, celle de la République Argentine au n° 87, et celle de la principauté de Bulgarie au n° 94 de l’avenue Kléber. Le n° 92 de cette avenue est occupé par un hôtel de style Renaissance, avec tourelle à deux étages, en saillie sur la rue Saint-Didier, n° 2, où se trouve l'entrée.

Cette avenue est desservie par quatre stations du métropolitain (Étoile, avenue Kléber, rue Boissière et place du Trocadéro). Les becs à incandescence installés sur la partie de l'avenue Kléber comprise entre la rue Galilée et la place du Trocadéro, ne datent que de 1900. Sur le trottoir, à la hauteur du n° 79, se trouve un kiosque en fer pour la descente dans les carrières de Passy;

1) Les travaux de l'avenue Kléber ont été exécutés, sous la direction d’Alphand, par M. Darcel, ingénieur des ponts et chaussées, avec le concours de M. le conducteur Selheimer.

La voie sous-minée a été consolidée sur 304 mètres de longueur entre la place du Trocadéro et la rue Saint-Didier. La distance du sol au ciel de la carrière est de 15,20, et la hauteur de la galerie d'exploitation de 1",75, au puits de service placé au n° 106,

on y accède par un escalier de quatre-vingt-quatre marches, construit en 1786 dans les dépendances de l'ancienne barrière de Longchamp. f

Les deux faisceaux d’avenues, rayonnant les unes de la place de l'Étoile et les autres de la place du Trocadéro, ont coupé les quartiers de Chaillot et de Passy de manière à modifier notablement le relief assez tourmenté de ces deux quartiers. Pour les nouvelles avenues qui pouvaient être tracées en ligne droite et sans franchir des crêtes trop élevées (comme les avenues Kléber, Victor-Hugo, Henri-Martin), on a suivi le principe du point visuel, afin d'avoir de longues perspectives; c’est ainsi qu'on est arrivé à faire voir l'arc de l'Étoile de l'avenue Henri-Martin. Mais le percement de l'avenue Kléber et de l'avenue Henri-Martin et l'abaissement de l'avenue Victor-Hugo isolaient, comme par des fossés, tout l’îlot qui se trouve compris entre ces trois avenues et qui est plus élevé que les grandes voies qui l'environnent. Pour remédier à cet inconvénient, M. l'ingénieur Darcel a étudié, dès 1861, pour le raccordement des rues avec les nouvelles avenues, un projet de nivellement général, qu'il importait d'exécuter promptement : car plus on aurait retardé l'exécution de ce travail et plus il serait devenu onéreux, en raison des constructions nouvelles à acquérir et par suite de l'élévation progressive du prix des terrains. On a admis une pente rapide (7 centimètres par mètre) pour la rue Lauriston, en vue d'en assurer la communication avec la rue circulaire et la place de l'Étoile. Il a fallu également admettre des pentes fortes pour raccorder la rue des Sablons et la rue Corlambert avec l'avenue Henri-Martin. L'ouverture de l'avenue du Roi-de-Rome (Kléber) avait exigé un déblai de 1",70 au débouché de la rue du Télégraphe (Saint-Didier), et cette différence de niveau avait été rachetée provisoirement par un escalier qui supprimait l'accès des voitures ; en 1863, le raccordement fut établi au moyen d'une pente de 4 centimètres et demi par mètre, sur environ 65 mètres de longueur, les constructions préexistantes s'opposant à l'établissement d'une pente uniforme, qui n'aurait été que de 2 centimètres par mètre. Comme la profondeur des déblais dépassait 9 mètres à l'intersection de la rue de Villejust avec l'avenue Kléber, il a fallu admettre une pente de 7 centimètres et demi par mètre pour le raccordement de cette rue.

La rue Mignard (1) formait autrefois l'extrémité de la rue Spontini ; cette extrémité, voisine de la rue de la Tour, avait été ouverte en 1858, avec une largeur de 10 mètres, par la Ville de Paris; elle avait d'abord porté le nom de «rue Neuve-du-Puits-Artésien ». L'arrêté du 6 mai 1881 a donné le nom de rue Mignard à la partie comprise entre l'avenue du Trocadéro et la rue de la Tour. La rue de Siam ayant été ouverte en 1884, le décret du 25 février 1886 a complété la rue Mignard, en classant la partie comprise entre la rue de la Tour et la rue de Siam.

Pierre Mignard (1612-1695), auteur des fresques de la coupole du Val-de Grâce, à peint des tableaux d'histoire et plus de cent trente portraits, entre autres ceux de Mile de la Vallière, de Mme de Montespan, de Mme de Sévigné, de La Bruyère, de Mme de Maintenon. Ses tableaux étaient si soignés qu'on a depuis nommé mignardise le défaut des ouvrages dans lesquels le

(2, La rue Mignard renferme, devant le n° 6, une ancienne carrière: la distance du s0] au ciel de cette carrière est de 4 mètres, et la hauteur de la galerie d'exploitation e st de 2",60 ; la voie sous-minée à été consolidée sur une longueur de 30 mètres

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