‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 60 sur 329 · BOULEVARD DELESSERT · texte numérisé non relu

BOULEVARD DELESSERT

tration de ladite villa passerait entre les mains d’un syndicat des propriélaires. Cette éventualité s'étant réalisée, un acte constitutif de syndicat à élé enregistré le 1° octobre 1895 ; les propriétaires syndiqués ont établi entre eux, par un acte que l’auteur a rédigé en 1899, des servitudes réciproques, ayant pour but de limiter les saillies permises sur les façades et, pour mieux assurer l'aérage, d'adopter pour la hauteur des bâtiments des maxima un peu inférieurs à ceux qui résultent des règlements de voirie en vigueur à Paris.

La rue Fresnel à été ouverte en 1876 par la Ville de Paris, avec une largeur de 12 mètres ; le décret du 10 novembre 1877 en a fixé les alignements et lui a donné le nom d'Augustin-Jean Fresnel (1788-1827), qui entra, à seize ans et demi, à l'École polytechnique et fut nommé ingénieur des ponts et chaussées. Il commença en 1816 ses études sur la lumière, qu'il n’a plus interrompues jusqu'à sa mort; il fut élu, à l'unanimité, membre de l'Académie des Sciences en 1823. Il est l'inventeur des phares lenticulaires et a fondé ainsi, avec l’opticien Soleil, une industrie nouvelle, demeurée depuis essentiellement française; ces appareils lenticulaires ont été successivement adoptés pour l'éclairage des côtes du monde entier.

Le coude et surtout les déclivités excessives de la rue Beethoven rendaient extrêmement difficiles les communications entre Passy et le quai de la Seine. Le conseil municipal de Passy émit, le 7 août 1842, un vœu en faveur de l'adoption du projet qui avait été présenté, le 13 mars de la même année, par M.1e baron Benjamin Delessert, en vue de diminuer les pentes et de permettre un meilleur accès de la montagne de Passy. Ce projet fut modifié par les ingénieurs des ponts et chaussées et présenté par eux sous le titre de « rectification de la route départementale n° 2 de Paris à Saint-Cloud » ; on sait que cette route empruntait la rue Beethoven et la rue de Passy. Le projet ainsi modifié fut approuvé par une délibération, en date du 30 juin 1844, du conseil municipal de Passy, qui accorda, le 2 août 18%5, une subvention de 10.000 francs, à laquelle M. le baron Benjamin Delessert (1) ajouta un don de 50.000 francs. Cette rectification fut autorisée par l'ordonnance royale du % juin 1846 et exécutée, en 1847, sur des terrains qui avaient dépendu originairement du couvent des Bonshommes. Elle forma la rue Benjamin-Delesser!t, qui constituait un prolongement de la rue des Batailles {actuellement avenue d'Iéna).

L'aménagement du parc du Trocadéro entraïnait l'ouverture d'une large voie pour relier directement la rue de Passy au centre de Paris ; il suffisait pour cela de prolonger le débouché offert par l'avenue d'Iéna. Un décret du 17 mai 1876 prescrivit donc l'ouverture d'un boulevard de 30 mètres de largeur, pour remplacer la rue Benjamin-Delessert et une partie de la rue 3eethoven. Ce boulevard (2), qui supprimait la rue Benjamin-Delessert, en l’élargissant et en la transformant, devait d'abord se nommer « boulevard Benjamin-Delessert » ; mais on décida ensuite qu'il porterait simplement le nom de « boulevard Delessert », afin de rappeler les services rendus non seulement par Benjamin Delessert, mais encore par Gabriel Delessert et par

(1) Voir aux annexes (p. 343) la biographie de Delessert, par M. Léopold Mar.

(2) Voir dans la Revue bleue du 30 avril 1892, page 555, un article de M. Léo Claretie mentionnant les relations de Jean-Jacques Rousseau avec la famille de Lessert (ancienne orthographe du nom des Delessert).

tous les autres membres de cette famille qui, originaire de Lyon, s'était fixée, dès le xvmr siècle, à Passy.

Les travaux du boulevard Delessert (1), qui ont été terminés au commen: cement de 4877, ont donné lieu à une dépense de 1.691.479 francs.

La plantation du boulevard Delessert a présenté des difficultés particulières : du côté des numéros pairs, elle est faite dans un banc de roche calcaire et y a exigé l'ouverture d’une tranchée de 3 mètres de largeur sur 1 mètre de profondeur, destinée à être remplie de terre végétale; du côté des numéros impairs, les arbres ont été plantés dans le remblai du boulevard, mais également dans une fouille continue de 3 mètres de largeur, parce que les déblais, plus ou moins rocheux ou calcaires, qui formaient ce remblai, étaient peu favorables à la végétation (2). Le boulevard Delessert a été muni, en 1900, de becs à incandescence.

Une avenue devant relier la place du Trocadéro à la porte Dauphine et porter le nom d’ « avenue du Prince-Impérial » avait été projetée sous le second Empire (décret du 29 mai 1866). C'est seulement en 1877 qu'une amorce de cette voie a été exécutée sur une longueur de 97 mètres à partir de la place du Trocadéro, et avec une largeur de 36 mètres. La partie comprise entre l'extrémité de cette amorce et le rond-point de Longchamp a été construite en 1887 et 1888 avec une largeur (3) de 16 mètres et moyennant une dépense de 339.193 francs. L'arrêté du 9 décembre 1885 a donné à cette voie le nom d'avenue d'Eylau (qui avait été précédemment attribué à l'avenue Victor- Hugo), en mémoire de la victoire remportée le 7 février 1807 par la Grande Armée sur les Russes et les Prussiens, qui perdirent 20.000 hommes, 18 drapeaux et 16 canons.

L'ambassade de Siam a quitté, en mai 1900, le n° 14 de la rue Pierre- Charron et a été transférée avenue d'Eylau, n° 14, dans un hôtel construit exprès pour elle.

L'impasse des Prétres est une voie privée, située avenue d’'Eylau, 37.

La rue Chardin a été construite, en 1876, par la Ville de Paris, avec une largeur de 12 mètres. Elle a reçu ce nom, par arrêté du 10 novembre 1877, en l'honneur de Jean Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779), membre de l'Académie de peinture à 28 ans, qui passe pour un modèle de grâce simple, d'observation naïve et de fine bonhomie; il est l’auteur du Benedicite, que possède le Louvre, et de divers tableaux représentant des scènes d'intérieur, curieuses pour l’histoire du costume de la classe moyenne au xvin siècle.

La passerelle de Passy, ou « pont de Passy », se trouve dans le prolongement de l’axe du boulevard de Grenelle et franchit les deux bras de la Seine, séparés par l’île des Cygnes. Elle eut, tout d’abord, pour objet de remplacer, dans l'intérêt des piétons, le pont d'Iéna, affecté exclusivement à l'usage des personnes qui visitaient l'Exposition universelle de 1878 et elle a été conservée, après la clôture de cette Exposition, parce que l'expérience avait démontré qu'elle était fort utile pour la circulation du publie (4). La faible altitude

(1) Ces travaux ont été dirigés par M. l'ingénieur Bartet et M. le conducteur Lomprez

(2) Les travaux ont été dirigés part M. Rousseau, alors ingénieur et depuis inspecteur général des ponts et chaus

(3) Les travaux ont été dirig tiers

(4) Mon article sur « la Seine entre le pont d'Iéna et le viadüe d'Auteuil », donnant des indications sur la passerelle dé Passÿ, est reproduit aux annexes, p: 369.

s par M. l'ingénieur Babinet et M. le conducteur Lepel-

MUS GALLIÉRA 159 des quais, aux abords de cet ouvrage, n’a pas permis de le rendre accessible aux voitures ; il ne constitue donc qu'un simple passage pour piétons, ayant 6%,50 de largeur entre les garde-corps et une longueur totale de 249 mètres. Cette passerelle, à laquelle on accède par des escaliers de treize marches, a été livrée (1) à la circulation le 14 avril 1878 et a coûté 420.000 francs. Cet ouyrage sera remanié prochainement, en vue de livrer passage aux trains de la ligne circulaire du chemin de fer métropolitain de Paris, sur un pont monumental, pour la travée métallique duquel un concours a été ouvert entre les constructeurs, conformément à une délibération du conseil municipal en date du 26 janvier 1902.

La rue Galliéra et la rue de Brignole, ayant 12 mètres de largeur, ont été ouvertes, en 1878 et 1879, par Mme la duchesse de Galliéra et classées par le décret du 30 août 1879, portant que tous les frais de mise en état de viabilité seront acquittés par la dame Marie Brignole-Salle, duchesse de Galliéra, veuve de Raphaël de Ferrari, duc de Galliéra, conformément aux clauses et conditions d’un acte notarié, reçu par M° Delapalme, notaire à Paris, le 31 octobre 1878. Suivant cet acte, la duchesse cédait gratuitement à la Ville partie d’un terrain de 17.600 mètres carrés, situé entre l’avenue du Trocadéro, la rue de Morny (actuellement Pierre-Charron) et la rue de Freycinet, pour l'ouverture de deux rues nouvelles (Brignole et Galliéra), l'établissement d’un square et la construction d’un musée publie, à édifier aux frais de la duchesse, qui y placerait des statues, des tableaux et autres objets d'art qu'elle avait alors l'intention de léguer à la Ville.

Le musée Galliéra est compris entre les rues Pierre-Charron (où se trouve l'entrée principale), Brignole, Galliéra et l'avenue du Trocadéro, qui donne accès au square dont le frais décor encadre si bien ce monument princier (2); la superficie du musée et du square est d'environ 9.800 mètres carrés. Le musée est devenu propriété municipale à la date du 1‘ juillet 1894; l'ouverture a eu lieu en avril 1895.

De son vivant, la duchesse de Galliéra, qui a attaché son nom à tant d'œuvres artistiques ou charitables, avait formé le projet de léguer à la Ville de Paris sa galerie de tableaux. Mais au cours des travaux, la Ville ayant laïcisé ses écoles, cette décision fit revenir la duchesse sur sa détermination et, ne pouvant retirer la donation en tant que monument, elle conserva du moins la propriété de ses tableaux, dont la collection est restée dans son palais de Gènes. La Ville se trouvant, dès lors, dans l'obligation de garnir le musée, dut en changer la destination. Elle y fit placer des tapisseries anciennes qui proviennent de Beauvais, Aubusson, Lille, Bruxelles et Turin, et dont la valeur est estimée à 2 millions et demi. C'est au musée Galliéra que le président de la République Félix Faure inaugura l'exposition de portraits de femmes et de dentelles organisée par la crèche du XV[I° arrondissement. L'exposition des œuvres de Corot, faite à l'occasion de son centenaire, S'y tint également. On y a installé des statues achetées aux différents salons, des émaux, des grès, des porcelaines, etc.

(1) Get ouvrage a été dirigé par M. l'inspecteur général Huet et M. l'ingénieur Bartet; la partie métallique a été exécutée par la maison Cail. à

(2) Voir à la page 97 du 1% volume du Bulletin un extiait du journal l'Éclair, du 11 janvier 1893, sur le musée Galliéra. Divers détails rapportés ici sur ce musée sont extraits d'une description qui en a été donnée dans le Magasin pilloresque:

Par délibération du 30 novembre 1900, le conseil municipal de Paris a

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