‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 62 sur 329 · RUE OCTAVE-FEUILLET · texte numérisé non relu

RUE OCTAVE-FEUILLET

de la Petite Muette » était une voie privée, formée, lors de l'établissement de ce chemin de fer, pour desservir les propriétés résultant du morcellement de la Petite-Muette, et pour leur donner un débouché sur la rue de la Pompe. Ce qui restait des bâtiments de la Petite-Muette fut démoli en 1891. La rue Gustave-Nadaud, qui va de la rue de la Pompe au boulevard Émile-Augier, a absorbé la plus grande partie de l’ancienne avenue de la Petite-Muette: le surplus à été annexé au boulevard Émile-Augier par l'arrêté préfectoral du 28 décembre 189%. Le décret du 8 janvier 1895 a donné à la nouvelle rue, conformément à la demande présentée par la Société historique d'Auteuil et de Passy, le nom du célèbre chansonnier Gustave Nadaud (1820-1893), qui habitait, dans le voisinage, le n° 63 de la rue de Passy; Roubaix, sa ville natale, lui a élevé un monument (1). La rue Gustave-Nadaud est traversée souterrainement par le chemin de fer de Courcelles aux Invalides.

À droite du chemin de fer d'Auleuil et parallèlement au boulevard Émile- Augier, on avait amorcé, auprès de l'avenue Henri-Martin, sur une longueur de 53 mètres, un boulevard, qui a été achevé de décembre 1898 à juillet 4900, en même temps qu’on élargissait la plate-forme du chemin de fer, pour y porter le nombre des voies de deux à quatre. Cette voie a été dénommée, en 1893, boulevard Jules-Sandeau, en Fhonneur de Jules Sandeau (1811-1883), membre de l'Académie française. Cet auteur à donné au Théâtre-Français, en 1851, Mademoiselle de la Seiglière, et, en 1854, avec Émile Augier, /e Gendre de Monsieur Poirier: plus tard, Jean de Thommeray.

C'est aussi de décembre 1898 à juillet 1900 qu'on a percé et mis en état de viabilité les rues destinées à desservir le nouveau quartier devant être bâti sur l'emplacement de l'ancien Æleuriste de la Muette, savoir :

La rue Guy-de-Maupassant, prolongeant la rue de Siam jusqu'au boulevard Émile-Augier ; la rue Hdmond-About, prolongeant la rue Mignard, également jusqu'au boulevard Émile-Augier ; la rue Oclave-Feuillet (2), longeant le pare de la Muette depuis l'avenue Henri-Martin jusqu'au pont par-dessus le chemin de fer ; elle établit une communication avec le boulevard Émile-Augier; la rue Eugène-Labiche et la rue de Franqueville, qui vont de la rue Octave- Feuillet au boulevard Jules-Sandeau (3).

Les noms de ces dernières rues ont été donnés en l'honneur de M. le comte!

de Franqueville, propriétaire du château de la Muette; d'Edmond About (1828-1885), qui a été directeur du journal le X/X° Siècle jusqu'à sa mort, survenue peu de temps après son élection et avant sa réception à l’Académie française ; de l’auteur dramatique Eugène Labiche (1815-1888), à qui on doit tant de pièces spirituelles ; du célèbre romancier Octave Feuillet (1821-1890),

(1) Voir aux annexes (p. 444) l'article sur le monument de Gustave Nadaud, ainsi que l'article intitulé : « L'OEuvre JUN Nadaud », par M. Émile Potin. Voir également la conférence de M. Léo Claretie sur Gustave Nadaud, pp. 227 à 234 du Ier volume du Bullelin, et les articles publiés le 29 avril 1893 dans le Pelit aa et, le lendemain, dans l'E es felle.

(2) L'hôtel construit à la rue Octave-Feuillet par M. l'architecte Arnoud a été primé par la Ville au concours de façades de 1900. Il est dit, dans le rapport du jury, que cet hôtel est très harmonieux dans l’ensemble de ses proportions, la silhouette de sa toiture et la forme de ses baies; que sa gr inde lucarne centrale, très puissante, couronne bien tout le motif du milieu, qui est légèrement en encorbe lement; enfin, que l’ensemble forme une excellente façade d'hôtel particulier, d’un aspect noble et confortable.

(3) Ces travaux de voirie ont été exécutés sous la direction de M. l'inspecteur général Boreux et de MM. les ingénieurs Babinet et Bret.

membre de l'Académie française ; et, enfin, du romancier Henri-René-Albert- Guy de Maupassant (1850-1893).

On peut encore citer les rues suivantes comme ayant été percées pendant la seconde moitié du xix° siècle à Passy:

La rue Crevaux, ouverte entre l'avenue du Bois-de-Boulogne et l'avenue Bugeaud, et classée par le décret du 16 janvier 1882, portant que la dépense des travaux de viabilité, d'éclairage et de conduite d’eau pour cette voie sera supportée par la Société foncière lyonnaise, conformément à l'engagement souserit en son nom le22 janvier 1881. La dénomination de cette rue lui été donnée par arrêté du 28 août 1882, en l'honneur du docteur Crevaux (1858-1881), explorateur massacré, sur un affluent du Paraguay, par les Indiens Tobas; le récit de ses quatre voyages a paru dans le Tour du Monde. La municipalité de Buenos-Ayres à voté une allocation de 4.000 francs pour élever à Crevaux un monument dans le cimetière du Nord. La rue Guslave-Courbet, de 19 mètres de largeur, a été ainsi dénommée par décret du 3 décembre 1885, en l'honneur du peintre Gustave Courbet (1819-1877), chef de l'École de peinture réaliste. Elle a été classée et alignée par le décret du 25 octobre 1887; elle a été ouverte en 1882 par la Compagnie foncière de France. La rue de l’Amiral- Courbet, voie privée de 12 mètres de largeur, allant de l'avenue Victor-Hugo, n° 400, à la rue de la Pompe, n° 150; elle a été ainsi nommée en l'honneur du vice-amiral Amédée-Anatole-Prosper Courbet (1827-1888), qui s'est illustré par ses campagnes en Extrême-Orient. La rue Bugeaud est une voie privée, qui va de la rue de l'Amiral-Courbet à l'avenue Bugeaud. La rue Léonce-Reynaud, ouverte en 1884, a été classée et alignée, avec moindre largeur de 12 mètres, par le décret du 31 octobre 1893. Son nom lui a été attribué, par le décret du 3 décembre 1885, en l'honneur de Léonce Reynaud (1803-1886), inspecteur général des ponts et chaussées et professeur d'architecture, qui a construit un grand nombre de phares sur les côtes de France et dirigé pendant 32 ans le service des phares, dont le dépôt est placé dans le voisinage et a son entrée principale sur l'avenue du Trocadéro. La rue de Sfax, qui- porte un nom tunisien, s'était appelée, pendant quelque temps, «rue Vaudoyer »; elle a reçu sa dénomination actuelle par arrêté préfectoral du 27 février 1886 ; elle a été classée, alignée et nivelée par arrêté du 10 janvier 1891 ; elle a reçu le nom d'une ville de Tunisie, prise par les troupes françaises Ie 16 décembre 1883.

La villa Sponlini, située rue Spontini, 37, est une voie privée qui a été

ouverte en 1884. La rue du Bois-de-Boulogne, voie privée, a été ouverte, en 1888, par M. Gateau; lorsque cette rue sera classée, son sol devra être cédé gratuitement à la Ville. Le square du Bois-de-Boulogne, voie privée, a été fondé par MM. Bechet, Dethomas et Ci, Courbec et Godard ; il a été ouvert, le 6 mars 1863; suivant le décret du 13 août 1854, il ne peut y être exercé aucun commerce ni aucune industrie, si ce n’est en vertu d’une autorisation du préfet de la Seine, qui en détermine les conditions, et ces autorisations sont toujours révocables. La villa Michon, voie privée, a été ouverte en 1890 par M. Michon; l'hôtel du ministre du royaume des Pays-Bas se trouve au n° 6 de la villa Michon (entrée par la rue Boissière, 29). La rue Léo-Delibes a été construite en 1891 par la Société civile des terrains de l'avenue Kléber, qui a cédé gratuitement le sol de cette rue à la Ville. Elle a été classée comme voie publique par le décret du 10 juin 1893. Elle a été ainsi nommée en l'hon-

RUE MÉRIN 165 neur de Clément-Philibert-Léo Delibes (1831-1891), membre de l'Institut; ce compositeur a donné à l'Opéra divers ouvrages, notamment le ballet de Sylvia et celui de Coppélia. La rue de Sontay s'appelait précédemment « rue Lefuel » ; l'arrêté du 20 février 1886 lui a donné le nom d'une ville du Tonkin, prise par les troupes françaises le 16 décembre 1883. La rue Weber, précédemment « rue Nilson », a reçu par décret du 11 mars 1886 sa dénomination actuelle en l'honneur du célèbre compositeur Charles-Marie-Weber (1786-1826), auteur du Freyschülz et d'Obéron. La rue Yvon-de-Villarceau porte le nom de l'astronome (1813-1883). La rue de Siam, construite en 1884 par une Compagnie d'assurances, a reçu ce nom parce que l'ambassade du royaume de Siam y était autrefois établie; elle a été bâtie sur l'emplacement d'un hôtel qui a appartenu au comte de Las Cases, auteur du Mémorial de Sainte-Hélène, et qui a été ensuite occupé, après la dernière guerre carliste, par Don Carlos, duc de Madrid, prétendant au trône d'Espagne.

La rue de Lota, qui commence rue de Longchamp, 137, et finit en impasse, est une voie privée, ouverte en 1894 par MM. Dehaynin et Gubbay. La maison construite au n° 8 de la rue de Lota, sous la direction de M. l'architecte Bouweuz van den Goyen, a été primée par la Ville de Paris au concours de façades de 1899.

La rue Alboni a été exécutée en 1893 et 1894, par la Ville de Paris r les terrains de M. Hottinguer; le sol a été cédé gratuitement. Elle offre de larges escaliers qui permettent de se rendre du carrefour de Passy au quai et ont été bordés de plantations d'arbustes en 1898. Les décrets des 8 mai et 10 août 1896 ont donné à cette rue sa dénomination en l'honneur de Marietta Alboni (1824-1894), devenue ensuite comtesse Pépoli, puis Mme Ritzer. Elle fut élève de Rossini; sa voix de contrallo a eu le plus grand succès à Paris et à Londres à partir de 1847. Elle à fait des legs importants à l’Assistance publique. Une société a élevé, en 1899-1900, sur les collines qui s'étendent de chaque côté de la rue Alboni, entre Passy et le quai, de grandes constructions entourées de jardins. D'abord affectées à l'établissement de vastes hôtels, à prix fixe par semaine, pendant la durée de l'Exposition universelle de 1900, elles sont actuellement converties en maisons de rapport. La rue Alboni, dont la largeur est de 15 mètres, a été munie, en 1900, de becs à incandescence. On construit actuellement la ligne circulaire du métropolitain, partant de la place du Trocadéro, pour desservir des boulevards de la rive gauche; cette ligne sera en souterrain sous la rue Franklin et sous la partie supérieure de la rue Alboni; elle sera ensuite à ciel ouvert pour franchir la Seine sur le pont de Passy; une station dénommée « Quai de Passy » sera établie vers le milieu des escaliers de la rue Alboni; le préfet de la Seine a approuvé en 1902 le projet de ce pont qui comportera une partie centrale pour le métropolitain et deux parties latérales, dont une pour les piétons et l’autre pour les voitures.

L'avenue Jules-Janin, qui a ses accès sur la rue de la Pompe, est une voie privée de 7 mètres de largeur, ouverte vers 1884 (1) ; un décret du 8 janvier 1897 a classé le débouché de cette avenue sur la rue de la Pompe. L'avenue des Chalets est une voie privée de 6 mètres de largeur, établie entre la rue du Ranelagh et la rue de l'Assomption. La rue Mérimée est une voie privée,

(1) Voir ci-dessus les indications données sur le critique Jules Janin (1804-1874).

de 8 mètres de largeur, qui doit son nom à Prosper Mérimée (1803-1870), membre de l'Académie française et auteur d'œuvres charmantes. Elle va du n° 61 de la rue des Belles-Feuilles au n°22 de la rue de Pomereu, voie privée qui a été ouverte vers 1884, avec une largeur de 12 mètres, sur les terrains appartenant à M. de Pomereu. La rue de Pomereu, qui part du n° 134 de la rue de Longchamp, s'est arrêtée longtemps à la rue Mérimée; de juin 1899 à janvier 1900, elle a été prolongée sur les terrains de M. Ménier, jusqu'à la rue des Belles-Feuilles. La rue Lalo, qui doit son nom au compositeur français Lalo (1830-1892), auteur de nombreuses symphonies et du délicat opéra-comique /e Roi d'Ys, est une voie privée de 12 mètres de largeur, qui va de la rue Pergolèse au boulevard Lannes. Elle a été ouverte sur l'emplacement de la gran plaza de Toros, théâtre construit par M. l'architecte Botrel, où des représentations de combats de taureaux avaient été organisées pendant l'Exposilion universelle de 1889. Le pont Lalo, construit en même temps que le chemin de fer de Courcelles aux Invalides, a remplacé une passerelle en bois, qui ne servail qu'au passage des piétons.

Le nom de Claude Chahu, trésorier général des finances, seigneur de Passy et fondateur de l'église Notre-Dame-de-Grâce, a été donné par décret du 8 janvier 1895, sur la demande de la Société historique d'Auteuil et de Passy, à la rue qui va de la rue de Passy à la rue Gavarni. Elle avait été ouverte, comme voie privée, en 1891, par MM. Talamon et Guillemard ; elle à été classée au nombre des voies publiques par le décret du 20 décembre 1901.

De mars à juin 1900, on a ouvert sur les terrains de M. Meyer, entre la rue de la Tour et la rue Claude-Chahu, une voie nouvelle dont la largeur esl de 12 mètres: elle a été classée au nombre des voies publiques par le décret du 20 décembre 1901 et sera probablement dénommée rue « Francisque-Sarcey ».

On a commencé en 1900 et termineé en 1901 les travaux de percement: 1° au compte de M. Fouquiau, d'une rue nouvelle de 12 mètres de largeur, entre la rue des Bauches et la rue du Ranelagh; 2° au compte de M. Blane, d'une voie de 14 mètres de largeur à établir entre cette rue nouvelle et la rue Davioud. C’est celle-ci qui recevra probablement le nom d’Eugène Manuel, le regretté président de la Société historique d'Auteuil et de Passy.

Comme rues percées ou admises en 1901, on peut citer : 1° la rue de Villebois-Mareuil, qui est projetée sur l'emplacement de la pompe à feu de Chaillot, et qui doit son nom au vaillant colonel, mort en combattant pour les Bo elle ira de l'avenue du Trocadéro au quai de Billy et aura 15 mètres de largeur; 20 Ja voie nouvelle, ouverte sur les terrains de M. Georges Ville, entre l'avenue Victor Hugo et la rue de Villejust; 3° la rue projetée par la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest (1), entre la rue Gustave-Nadaud et la chaussée de la Muette, au-dessus du souterrain construit, entre les stations de l'avenue Henri-Martin et de Boulainvilliers, pour l'établissement du chemin de fer de Courcelles aux Invalides.

De nouvelles rues, dues à l'initiative privée, seront prochainement ouvertes,

(1) M. Caplain, conseiller municipal,a demandé que le nom de Ponsard soit donné à cetle nouvelle rue, parce qu’elle coupe le jardin de la maison où le poèle Ponsard est mort.

IT. — Histoire des rues, boulevards et avenues d'Auteuil.

Pendant plusieurs siècles, Auteuil n’a été qu'un village, composé de quelques maisons groupées autour de l’église et de la maison seigneuriale des abbés de Sainte Geneviève, ou au Point-du-Jour; mais, dès le règne de Louis XIV, sa situation sur un coteau dont le pied est baigné par la Seine et le sommet couronné par les ombrages du bois de Boulogne, près de la route de Paris à Versailles, qui était alors constamment sillonnée par les carrosses se rendant à la Cour, y attirait les amateurs de villégiature et beaucoup de personnages célèbres. Ce n’est cependant que dans ces dernières années que la population d'Auteuil est devenue très importante. En 1672, en effet, on ne comptait sur son territoire que 70 feux, comprenant 20 veuves et 15 ménages qui vivaient des charités de la paroisse. La population de la commune d'Auteuil, y compris le hameau du Point-du-Jour, était de 1.077 habitants en 1800, 1.163 en 1817, 2.759 en 1831 et 6.270 d'après le recensement de 1856, c'est-à-dire peu de temps avant l'annexion, tandis qu'en 1901 le quartier d'Auteuil, dont le territoire est beaucoup moins vaste que celui de l'ancienne commune, renfermait 29.134 habitants. Cest pendant la seconde moitié du xix° siècle qu'on a exécuté la plus grande partie des travaux de voirie d'Auteuil (1).

Pour donner une monographie sommaire des voies publiques et privées d'Auteuil, je les diviserai en trois catégories : 1° celles qui existaient, à l'état de rues, dès le xvin® siècle; — % celles qui ont été établies depuis 1800 jusqu'à l'annexion ; — 3° celles qui ne datent que des quarante dernières années du xix° siècle.

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