‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 64 sur 329 · RUE D'AUTEUIL · texte numérisé non relu

RUE D'AUTEUIL

Gérard (1) l'acheta vers 1812 aux héritiers Cretet et la posséda jusqu'à sa mort, en 4837 ; la propriété fut conservée par sa veuve, qui y mourut en 1848 et qui en avait Joué une partie au ministre Guizot. Ce vaste domaine appartint ensuite à la famille d'Aubusson de la Feuillade, qui le céda en 1558; on y a transféré l'institution de Sainte-Périne.

La maison n° 59 de la rue d'Auteuil, qui est situéé sur le côté gauche de cette rue, entre les rues Michel-Ange et d'Erlanger, et qui avait été construite

Cabanis.

(Gollection de M. Ém. Polin.)

au commencement du règne de Louis XV sur des terrains dépendant de la seigneurie d'Auteuil, était au xvur siècle contiguë au château royal du Coq. in 1772, cette maison et son parc furent achetés pour 30.000 livres au peintre pastelliste Quentin de la Tour par une femme généreuse et charmante, qui l'illustra en y faisant un très long séjour, Mme Helvétius, dite Notre-Dame d'Auteuil, dont notre collègue M. Antoine Guillois a fait connaître le Salon, dans un ouvrage couronné par l’Académie française (1). Toute l'aristocratie de l'intelligence, toute la société philosophique du xvin° siècle et toute la

(1) Voir aux annexes (pp. 245 ct 448) les articles de M. Léopold Mar : les abbés de Sainte- Geneviève, seigneurs d'Auteuil: François Gérard.

(2) Le Salon de Mme Helvétius, par Antoine Guillois, librairie Calmann-Lévy, 1894. Cet ouvrage est mentionné dans le rapport qui a été inséré à la page 212 du I volume du Bulletin et dont un extrait est reproduit aux annexes (p. 451

phalange des idéologues s'y réunissaient. On peut citer parmi les hôtes de Mme Hélvétius (1) : son fils adoptif, le sénateur Cabanis (1757-1808), littérateur et philosophe, Franklin (1706-1790), Diderot (1713-1784), le ministre Turgot (1727-1781), l'abbé Morellet (1727-1819), Chamfort (1741-1794), le baron d'Holbach (1723-1789), le poète Roucher (1743-1794), le marquis de Condorcet (2) (1743-1794), l'idéologude Destutt de Tracy (1754-1836).

Le général Bonaparte vint à Auteuil visiter Mme Helvétius quelque temps avant le 18 brumaire; en se promenant dans son jardin avec lui, elle lui dit : « Général, si l'on savait tout ce qu'il peut tenir de bonheur dans un arpent (le terre, on songerait moins à conquérir le monde. »

La maison de Mme Helvétius fut occupée de 1808 à 1814 par Rumford (3), qui avait épousé, en 1805, la veuve de l’illustre Lavoisier et, dans les dernières années du second Empire, par le prince Pierre Bonaparte ; c'est là qu’eut lieu, le 12 janvier 1870, une altercation entre le prince et deux publicistes : M. Ulrich de Fonvielle et Victor Noir; ce dernier fut tué d'un coup de pistolet tiré par le prince.

En 1871, les fédérés de la commune avaient établi leur état-major dans cette maison, qui fut incendiée (4). Elle a été reconstruite et est occupée actuellement par une école normale israélite, où l’on reçoit les meilleurs élèves d'écoles d'Orient et d'Afrique (5) ; ils y passent quatre ans pour perfectionner leur instruction.

La propriété qui porte les n° 43 à 47 de la rue d'Auteuil est un des derniers vestiges complets de l'architecture du xvm siècle dans ce quartier : au milieu du bâtiment principal à deux étages, un large porche d'entrée, en avant-corps, à quatre pilastres, supporte une terrasse à balustrade: une autre balustrade en pierre, également en avant-corps, règne tout au long du rez-de-chaussée. Deux grands pendentifs sculptés d'instruments de musique accompagnent à droite et à gauche un bas-relief placé au milieu du bâtiment et représentant trois amours. Le dessous des fenêtres du second étage est orné de guirlandes de fleurs. Les pavillons latéraux en équerre sont du même style que le corps de logis principal, mais ont été rajoutés après coup. Cette maison a été habitée par Mile Antier, actrice qui s'était rendue célèbre par ses bons mots; elle a élé occupée ensuite, de 1740 à 1767, par les demoiselles de Verrières, amies du maréchal de Saxe et du poète Colardeau : elles y recevaient la Ville et la Cour et y donnaient des fêtes qui avaient beaucoup d'éclat.

Condorcet a habité la rue d'Auteuil. Le docteur Chardon -Lagache et Sam son, célèbre acteur de la Comédie française, ont habité le n° 16 de la rue d’Au-

(1) Voir aux annexes (pp. 451 et 8.) l'article de M. Antoine Guillois sur le monument de Mme Helvétius; son article intitulé : Madame de Condorcet à Auleuil, son article sur Volney, et son article intitulé: Turgot à Auteuil.

Voir également l'article de M. René Acollas sur le Salon de Mme Helvétius, p.174 du Ie" volume du Bulletin.

(2) Voir à la page 83 du IV° volume du Bulletin l'acte de notoriété dressé par le juge de paix, le pluviôse an IIT, à la requête de la veuve de Condorcet, pour rectifier son acte de déci 3.

3) Le physicien et philanthrope américain Rumford est mort à Auteuil, le 22 août 1814, dans l’ancienne maison de Mme Helvétius.

(4) Voir aux annexes (p. 385) l’article de M. Émile Potin sur les ruines de 1870-1871.

(b) Voir aux annexes (pp. 445 et 458) l'article déjà mentionné de M. Antoine Guillois sür Auteuil au xviue siècle, et l'article du mème auteur sur la promenade historique de la Société d'Auteuil et de Passy.

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