RUE D'AUTEUIL
teuil, de 1867 à 1871 ; cette maison, occupée actuellement par le pensionnat de Miles Bouré, se trouve presque vis-à-vis de l'entrée de l'école Jean-Baptiste- Say. Samson est le premier comédien qui ait reçu la croix de la Légion d'honneur : Napoléon If n'avait pas accordé cette distinction à Talma, qu'il honorait cependant de son amitié, et qui avait joué souvent devant un par-
Condorcet.
(Colection de M. Ém. Potin.)
terre de rois : c'est, d’ailleurs, comme professeur au Conservatoire, et non comme artiste du Théâtre-Français, que Samson a été décoré en 1864,
Le château et le parc du grand manufacturier Ternaux-Rousseau, sur lesquels des indications plus détaillées seront données ci-après, au sujet de l'historique de la rue Molitor, ont été utilisés, de 1852 à 1870, pour l'institution Notre-Dame d'Auteuil, fondée par l'abbé Lévèque. En 1871, M. Gréard, vice-recteur de l'Académie de Paris et alors directeur de l’enseignement primaire au ministère de l'Instruction publique, fut visiter cette propriété et reconnut qu'elle réunissait toutes les conditions favorables pour un groupe
scolaire. Elle est actuellement occupée par plusieurs établissements, notamment par l'école Jean-Baptiste-Say (1), nommée d’abord : « École municipale supérieure ».
Cette école a son entrée principale au n° 41 bis de la rue d'Auteuil, dans un renfoncement formant une petite place; elle à, sur la rue Chardon-Lagache, au n° 8, une façade et une seconde entrée, qui ont été inaugurées, le 30 mars 1900, par M. Leygues, ministre de l'Instruction publique, M. de Selves, préfet de la Seine et le conseil municipal de Paris. Le principal pavillon, à peine modifié, de l’ancien château Ternaux, forme aujourd'hui la partie centrale de l’école Jean: Baptiste-Say, qui était originairement réunie à l'école normale, le tout constituant un groupe unique, qui fut inauguré le 28 octobre 1872 par Jules Simon, alors ministre de l'Instruction publique, et était d'abord placé sous une seule direction. En 1875, l'école municipale supérieure a été séparée de l’école normale (2) et rattachée au système des autres écoles du même degré ; elle a pris, le 10 juin 1876, le nom d'école Jean-Baptiste-Say et a, depuis 1882, une existence tout à fait indépendante. Elle a reçu, de 1882 à 1897, plusieurs agrandissements qui ont porté sa superficie à 16.895 mètres carrés ; de nouveaux bâtiments ont été élevés, sous la direction de M. l’architecte Salard (3). On peut citer parmi ces acquisitions celle de la maison sise à l'angle des rues Chardon-Lagache et du Buis, habitée jadis par feu M. Hauréau, premier directeur de la Fondation Thiers; une partie sert d'infirmerie et l’autre partiede logement à l’économe. L'école Jean-Baptiste-Say donne une instruction intermédiaire entre celle de l'enseignement primaire et celle des lycées ou collèges. Les jeunes gens s'y préparent (2) aux carrières du commerce et de l’industrie, ou aux examens du baccalauréat moderne, des écoles d'arts et métiers et d'autres écoles du Gouvernement.
La maison n° 2 de la rue d'Auteuil, située à l'angle de cette rue et de la rue Théophile-Gautier, porte l'inscription suivante : « Ici s'élevait une maison de campagne habitée par Molière vers 1667. » Malgré le caractère officiel de cette plaque, on n'est pas fixé d'une manière parfaitement certaine sur l'emplacement qu'occupait la maison habitée de 1667 à 1673 par Molière (5) à Auteuil. Certains prétendent qu'il correspond à celui du n° 29 de la rue Rémusat (qui était le n° 4 de l’ancienne rue Molière) et que la maison située presque en face (et habitée ensuite par Mme Récamier, puis par l'abbé de Genoude, publiciste) aurait été occupée, comme maison
(1) Voir l'article de M. Émile Potin sur l’école Jean-Baptiste-Say, qui est reproduit aux annexes (p. 462).
(2) L'école normale d'Auteuil, qui s'étend de la rue Boileau à la rue Molitor, sera mentionnée ci-après dans l'historique de la rue Boileau.
(3) Le nombre des élèves de l'école Jean-Baptiste-Say n'était encore que de 240 en janvier 1879. Il est actuellement de quinze cents. Pendant la période décennale de 1888 à 1898, 333 élèves de l’école J.-B.-Say ont réussi dans le concours d'admission aux écoles et 623 dans les examens ; 96 sont entrés dans les administrations publiques, 362 dans les administrations privées et 688 dans le commerce.
(5) Voir pour le séjour à Auteuil des poètes du xvrr siècle les articles de M. Antoine Guillois sur la Champmeslé à Auteuil et sur la maison de Boileau, reproduits (pp. 463 et s., 468, 471) aux annexes; l'article de M. Mareuse sur la maison de Molière à Auteuil (p.88 du I volume); les communications de M. Émile Saint-Lanne (pp. 89 à 91 du Ier volume) et aux annexes (pp. 467, 468, 472) les notes sur le pavillon de Molière, ainsi que les articles de M. Emile Potin sur Boileau; les documents inédits sur Jean Racine (p. 4 du I volume) et le tableau généalogique de la famille Racine, page 469.
RUE D'AUTEUIL 173 de plaisance, par le grand poète tragique (1) Jean Racine (1639-1699), et serait celle où il a composé les Plaideurs. Il est assez difficile de préciser aujourd'hui les demeures de Molière et de Racine à Auteuil, parce qu'ils y
Molière, par Coypel.
(Collection de M. Ém. Potin.
furent locataires et non propriétaires : on n’a donc pas retrouvé, comme pour Boileau, leurs noms dans les actes de vente figurant aux archives des notaires. Un extrait du bail de location signé par Molière se trouve cependant à la
(1) L'acte de mariage de Jean-Baptiste Racine, conseiller du Roy, trésorier de France en la généralité de Moulins, a été inscrit sur les registres de Saint-Séverin le 1° juin 1677.
page 164 de Paris-Atlas (4). Molière était à sa maison d'Auteuil, le 26 juillet 1672, quand il signa son bail pour la maison de la rue de Richelieu, où il devait mourir quelques mois après.
Autrefois, la Grande-Rue d'Auteuil traversait tout le village, depuis son entrée jusqu'au bois de Boulogne. Sous la première République, M. Benoit, second maire d'Auteuil, qui avait donné le nom de d’Aguesseau à la place substituée à l’ancien cimetière, attenant à l’église, proposa de ne laisser le nom de Grande-Rue qu'à la partie la plus large de cette voie, c'est-à-dire à la section comprise entre le bois de Boulogne et la rue Boileau; afin d'honorer la mémoire de Molière, il demanda que son nom fût attribué à la partie alors sinueuse de la Grande-Rue, située entre la route de Versailles et la rue Boileau. Ces dispositions, qui entraînaient un changement de numérotage pour les maisons, furent approuvées le 48 prairial an IX par le sous-préfet de Franciade (nom que portait alors la ville de Saint-Denis) et, le 17 fructidor de la même année, par un arrêté du préfet de la Seine, Frochot, portant que la Grande-Rue d'Auteuil serait divisée en deux parties; que la première commencerait à l'entrée du village, finirait à la rue Boileau et porterait le nom de rue Molière ; enfin, que la seconde partie continuerait à porter le nom de Grande-Rue, depuis la rue Boileau jusqu’à la porte du bois de Boulogne.
La rue Molière (aujourd'hui remplacée par une partie de la rue d'Auteuil et par la rue Rémusat) occupait l'emplacement d'un chemin qui paraît avoir été établi de temps immémorial; mais la partie voisine de la route de Versailles n’était pas encore bâtie en 1800 : toute la région voisine de la Seine élait alors occupée par la saussaie d'Auteuil. Ce chemin avait été amélioré en 470%; mais son élargissement ne fut terminé qu'en 1805, à la suite d'un traité passé entre la commune d'Auteuil et le sénateur Antoine-César de Choiseul, comte de Praslin.
Un décret du 27 février 1867 donna le nom de rue Molière à une rue de l’ancien Paris, qui avait été précédemment dénommée rue Traversière-Saint- Honoré, et ensuite rue de la Fontaine-Molière, fontaine érigée non loin de la maison où Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est mort à 51 ans. Comme il est de principe, pour éviter des confusions, que deux rues de Paris ne portent pas le même nom, un décret du 20 juillet 1868 fit disparaître dans notre arrondissement le nom de Molière, en décidant que la Grande-Rue et notre rue Molière seraient réunies sous le nom de rue d'Auteuil.
La place située devant l’église a conservé le nom de place d'Aguesseau depuis le commencement du xx‘ siècle jusqu'au décret du 26 février 1867, qui l'a dénommée place d'Auteuil. Elle a été habitée, de 1727 à 1751, par le chancelier d'Aguesseau, chez qui Louis Racine faisait de fréquents séjours ; avant 1784, par le poète tragique Ducis (1738-1816), qui remplaça Voltaire à l'Académie française, en 1778, et qui a popularisé en France l'œuvre de Shakespeare ; ensuite par Victor de Tracy, fils de l'idéologue Destutt de Tracy ; par le colonel Coutelle, premier aérostier de l’armée, qui rendit à Fleurus, avec son ballon, de grands services à l'armée française et qui légua une partie de ses biens aux pauvres d'Auteuil.
En 1753, Louis XV ordonna l'érection, en face de la porte de l'église d'Au-
(1) Ouvrage de M. Bournon, publié en 1900 par la librairie Larousse, 58, rue des Écoles.