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Les mécaniciens anglais Miln père et fils, ayant, en 1785, offert au gouvernement français de naturaliser une nouvelle e manière de carder et de filer
LE PASSÉ D'AUTEUIL, DE CHAILLOT ET DE PASSY 23 le coton, obtinrent, pour l’'encouragement de cet établissement, une subvention de 60.000 francs, un traitement annuel de 6.000 francs, un local gratuit dans le château de la Muette, alors assez délaissé (et où ils eurent à payer un loyer à dater de 1791) et enfin, une prime de 1.200 francs par chaque assortiment de machines qu'ils justifieraient avoir fourni en France à des fabricants. Miln et ses fils furent arrêtés le 15 octobre 1793.
En 1788, Louis XVI, désirant alléger les dépenses, fit de grandes réformes dans sa maison et ordonna la vente de plusieurs châteaux ; la Muette fut comprise dans cette dernière disposition ; cependant elle ne fut pas vendue à cette époque, mais, dès lors, elle cessa d’être une résidence royale.
En 1790, c'est dans le jardin de la Muette que fut servi le grand banquet donné par la Ville de Paris aux députés des corps de l’armée et des communes de France; plusieurs milliers de fédérés prirent part à ce banquet.
Le château de la Muette fut mis en vente par décret du 26 mai 1791 (1); le conseil général de la commune de Passy, comprenant l'avantage qu'il y avait à conserver cette belle propriété sur son territoire, arrêta, le 29 mai, qu'il présenterait une soumission pour l'acquérir ; mais le manque de fonds ne permit pas de réaliser cette opération. La propriété fut morcelée ; une partie fut aliénée et l'autre resta propriété de l'État, puis de la Couronne jusqu'au commencement du règne de Louis XVITI, époque à laquelle elle fut définitivement distraite de la liste civile. Talleyrand avait loué à l'État le château de la Petite-Muette et l’a habité sous le Directoire.
Le château et le parc de la Muette furent achetés en 1820, pour 275.000 fr., par Sébastien Érard, qui, né le 3 avril 1732, fonda sa fabrique de pianos en 1780, fut nommé le 27 octobre 1810 facteur de pianos et de harpes de Leurs Majestés impériales et royales et reçut, le 29 décembre 1815, le brevet de facteur de pianos et de harpes de la cour. Sébastien Érard offrit au roi de reprendre, pour le prix d'achat qu'il avait payé, cette ancienne maison royale de plaisance ; mais Louis XVIII ne crut pas devoir profiter de cette offre.
C'est au château de la Muette que Sébastien Érard mourut, le 5 avril 1831 ; il y avait réuni une magnifique collection de tableaux, qui fut vendue en août 1832. Les docteurs Pravaz et Guérin furent autorisés, en 1835, à établir à la Muette un institut orthopédique.
Depuis la mort de Sébastien Érard, le château de la Muette n'a pas cessé
d'appartenir à sa famille, qui a tenu à conserver cette habitation, où l'accueil bienveillant de la dernière reine de France avait contribué à décider de sa fortune. Le légataire universel de Sébastien Érard était son neveu, Pierre Érard, qui fut nommé officier de la Légion d'honneur en 1851, à la suite de l'Exposition universelle de Londres, où il avait obtenu l'unique « Council medal », décernée à l’industrie des instruments de musique. Il mourut à Paris, le 5 août 1855, et, après sa mort, sa veuve se fixa tout à fait à la Muette ; n'ayant pas eu d'enfant, elle fit donation de cette propriété à sa nièce, dont le mari, M. le comte de Franqueville, membre de l’Institut, habite encore aujourd'hui le château.
Le pare, qui n'occupe qu'une partie de l’ancien domaine royal de la
1) Voir aux annexes (p. 309) la note de M. Léopold Mar, concernant la vente de biens nationaux dans la région de Passy.
Muette, est tres vaste, quoiqu'il ait été diminué par suite de l'exécution de divers travaux de voirie, notamment des chemins de fer de l'Ouest Lord Ranelagh, pair d'Irlande, était un grand amateur de musique ; il fit construire dans son parc de Chelsea, près de Londres, une rotonde où chaque jour un orchestre venait jouer ; la haute société anglaise fréquentait ces concerts. Après la mort de lord Ranelagh, vers le milieu du xvm° siècle, une compagnie acheta son parc et y continua la musique, en faisant payer aux auditeurs un droit d'entrée de 3 shellings; on installa des fêtes publiques et des bals dans ce jardin, qui conserva longtemps le nom de son ancien propriétaire et a été remplacé par Cremorn-Gardens. En 1772, Morisan et Tardé, artificiers du roi, qui avaient été donner des fêtes en Angleterre et y avaient vu le Ranelagh anglais, conçurent l'idée de fonder un établissement semblable auprès de Paris. Ils obtinrent du maréchal prince de Soubise, gouverneur du château de la Muette (1) et grand écuyer du bois de Boulogne (dont Morisan était le subordonné, puisqu'il était garde de la porte de Passy), la concession d'une grande pelouse, située dans le bois de Boulogne, où l’on dansait quelquefois en plein air, sur l'emplacement qu’occupe aujourd'hui notre Ranelagh. La première salle fut ouverte le lundi %5 juillet 1774, sous le nom de petit Ranelagh; en 1779, on ajouta une seconde salle, plus aérée et plus vaste, et, depuis lors, ce local servit de réunion quelquefois à la cour et souvent au Paris qui s'amuse. En 1783, cent gentilshommes, payant chacun une cotisation de 72 francs par an, louèrent à Morisan son jardin pour y 1 donner, chaque semaine, un bal champêtre où leurs invités étaient seuls | admis. La reine Marie-Antoinette et le comte d'Artois (qui régna plus tard | sous le nom de Charles X) ne dédaignèrent pas de venir danser au Ranelagh. En 1784, Audinot installa (2), auprès de l'établissement du Ranelagh, son 3 | théâtre des « Petits Comédiens de Bois » (3). | La Révolution interrompit ces fêtes ; le peuple envahit les salons et les bosquets et vint y danser la carmagnole ; Morisan, qui n’encaissait plus que de très maigres recettes, dut faire démolir, en 1793, ses légères constructions, afin d'en vendre les matériaux. Mais il refit de bonpes affaires sous le Directoire ; le célèbre danseur Trénitz amena au Ranelagh, reconstruit en 1796, ses cohortes de muscadins et de merveilleuses. Sous l’Empire, Morisan donna avec succès des fêtes militaires et mourut au bon moment; car, peu de jours après sa mort, les Cosaques vinrent bivouaquer sur ses pelouses, et ses bâtiments furent convertis en hôpital militaire. L’ennemi parti, une société de jeunes élégants réorganisa au Ranelagh des fêtes aristocratiques, qui étaient données le jeudi et le samedi ; la duchesse de Berry y vint fréquemment. Le bal du Ranelagh était dirigé, sous la Restauration, par Mabille, qui créa ensuite le bal du jardin Mabille, à l'allée des Veuves (aujourd’hui avenue Montaigne). Le 21 août 1830, on donna au Ranelagh un grand bal dont le produit était destiné à soulager les veuves, les blessés et les orphelins des 27, 28 et 29 juillet 1830 : la souscription était fixée à trois francs pour un cavalier et à 1 | deux francs pour une dame. Après la révolution de 1830, le Ranelagh rede-
(1) Voir aux annexes (p. 310) une communication de M. Ant. Guillois à la Société historique d'Auteuil et de Pa ; On y trouve un historique du bal du Ranelagh,
(2) Voir aux annexes (p. 314) une note concernant le théâtre d’Audinot.
(3) Voir, pour le bal du Ranelagh, un article de M. Ch. de Boigne, extrait du Constitulionnel, tome IV, pp. 94 et95 du VIe volume du Bulletin. Ë
vint bal public et théâtre forain. Le glacier Herny, gendre de Morisan, fit
exécuter, en 1834, de nouveaux bâtiments décorés avec goût, sous la direction
de M. Peyre, architecte du gouvernement; les fêtes du Ranelagh eurent de
nouveau une grande vogue, principalement en 1844 et 1846. L'établissement
du Ranelagh a disparu en 1858, lors de l'exécution des grandes avenues qui ont transformé Passy (1).
Une grande partie des anciennes maisons de Paris a été bâtie avec des
pierres extraites du sous-sol de la capitale. Ce mode de procéder était très
commode à l’époque où l'imperfection des moyens de transport s'opposait à