RUE FÉLICIEN-DAVID
valable, divers propriétaires, entre les rues Wilhem et Van-Loo, réunirent à leurs immeubles le sol de l’ancien chemin longeant la Seine, et le service de la navigation dut construire, sur le domaine public fluvial, un nouveau chemin de halage. En 1895, la situation a été améliorée à la suite de contrats passés entre l'administration et MM. Brionne et Magniez, propriétaires riverains. Un décret du 3 juin 1899 a classé, ou plutôt reclassé, sous le nom de quai d’Auteuil, la voie publique comprise entre les boulevards Exelmans et Murat, et déclaré d'utilité publique les travaux d'élargissement de cette voie, travaux estimés à 210.000 franes. L'éclairage a été installé, sur ce quai, en juin 1900.
L'avenue de Versailles a été mise en communication avec le quai d’Auteuil au moyen d’une voie de 12 mètres de largeur, ouverte aux abords du pont de Grenelle : ces travaux, autorisés par arrêté du 21 octobre 1897, ont coûté 12.000 francs. Une rampe d'accès au quai d'Auteuil, autorisée par arrêté du 18 juillet 4899, a été établie en aval du pont Mirabeau.
Enfin, on a construit récemment une rampe d'accès pour les voitures du quai aux abords du pont-viaduc d'Auteuil. Du côté amont de ce viaduc, on descend encore par un escalier au quai, près de la rue Van-Loo.
Sous le gouvernement de Juillet, plusieurs chemins qui existaient à Auteuil dès le xvur° siècle et traversaient des champs cultivés ou des vignes, furent bordés de constructions et devinrent peu à peu de véritables rues.
La rue Félicien-David a été nommée successivement chemin et rue des Pâtures, chemin et rue de la Prairie, ensuite rue Cuissard, puis rue Hérold. Cet ancien chemin, qui n'était d'abord destiné qu'à la circulation des piétons, avait, en 1817, une largeur de neuf pieds (2",99) et était bordé, de chaque côté, par une belle plantation de peupliers ; il traversait d'anciennes prairies communales d'Auteuil, qui ont été vendues successivement à divers particuliers, et il figure au cadastre de 1823 sous le nom de rue des Pâtures (1). La municipalité d'Auteuil ayant demandé que la largeur légale de ce chemin fût augmentée, M. de Rambuteau, préfet de la Seine, déclara, le 10 février +834, que la commune n'avait droit qu'à une largeur de 2",92 et qu’elle ne pourrait porter cette largeur à 6 mètres qu’en achetant aux propriétaires riverains les terrains nécessaires. Le tableau de classement des chemins vicinaux de la commune d'Auteuil, approuvé le 2 août 1837, comprend, sous le n° 3, un chemin dit « des Pâtures ou de la Prairie », avec une largeur légale de 6 mètres. Les alignements de cette voie publique ont été fixés par un arrêté du 13 février 1838, qui est encore aujourd'hui en vigueur, avec une moindre largeur de 8 mètres. Comme cette rue de la Prairie était fréquemment inon-
dée, au point de devenir impraticable pour les voitures, on y fit exécuter des remblais en 1848, pour occuper les ouvriers sans travail ; la voie fut exhaussée et améliorée de 1849 à 1852, moyennant une dépense de 27.121 francs. Un arrêté du 6 avril 14857 donna à la rue de la Prairie, sur la demande de la municipalité d'Auteuil, le nom de rue Cuissard ; cette demande était fondée sur ce que M. Cuissard, ancien militaire décoré, membre du conseil municipal et propriétaire des terrains bordant les deux côtés de la rue, sur plus de la moitié de sa longueur, s'était mis volontairement à l'alignement, sans demander aucune indemnité à la commune, et avait ainsi porté de 2,92 à
(1) Le nom de rue des Pâtures est actuellement donné à une rue faisant communiquer ja rue Félicien-David avec l'avenue de Versailles.
8 mètres la largeur de la voie publique. — Un égout a été construit, en 4859, sous la rue Cuissard ; ce travail a coûté 20.496 francs.
Le chemin vicinal des Pâtures où de la Prairie, qui avait son origine à la rue de Boulainvilliers, avait 600 mètres de longueur, tandis que la rue Félicien-David, qui commence à la rue Gros, n'en à que 450 : cela tient à ce que la partie comprise entre la rue Gros (alors rue de la Fontaine) et la rue de 3oulainvilliers a été supprimée en 1861, époque à laquelle la Ville de Paris a établi sur cet emplacement, qui est riverain de la rue de Boulainvilliers, un dépôt de pavés et des magasins ; en vue de cette installation, elle avait acheté 8 ares et 63 centiares de terrains, pour 316.000 francs, à MM. Moity et Massot, par acte notarié du 3 juillet 1861.
Le décret du 24 août 1864 a remplacé le nom de rue Cuissard par celui de rue Hérold, en mémoire du célèbre compositeur Louis-Joseph-Ferdinand Hérold (1791-1833), élève de Méhul, qui a donné Zampa, en 1831, et le Preaux-Clercs, en 1832. Son nom a été attribué, par décret du 21 février 1884, à la rue d'Argout (précédemment rue des Vieux-Augustins), parce qu'il est né dans la maison portant le n° 10 de cette rue. Comme il est de principe que deux rues de Paris ne doivent pas porter le même nom, ce décret de 1881 a remplacé, à Auteuil, le nom d'Hérold par celui du compositeur Félicien-César David (1810-1876), qui alla avec les saint-simoniens en Orient. On lui offrit. au Caire, la place de professeur des beautés du harem, mais sous la condition qu'il se servirait des eunuques comme intermédiaires, c’est-à-dire que le professeur devait enseigner la musique aux eunuques, qui se chargeraient de transmettre ses sages et utiles conseils aux épouses du vice-roi. Félicien David refusa de donner ainsi des leçons par procuration ; à son retour à Paris, il écrivit la Symphonie du Désert, qui eut un grand succès et le mit hors de pair ; on lui doit, entre autres œuvres, les opéras de Christophe-Colomb et de la Perle du Brésil, ainsi que l'opéra-comique Lalla-Rouck.
Des becs à incandescence ont été installés, à la rue Félicien-David, en juillet 1900.
La rue François-Gérard se nommait précédemment rue des Planchettes : elle a remplacé un chemin dont le tracé figure sur le plan de Roussel. Des trottoirs y ont été construits, en 1858 et 1859. L'arrêté du 27 septembre 1837 avait fixé la largeur légale de cette rue à 8 mètres ; mais le décret du 27 janvier 1876 a établi les alignements avec une moindre largeur de 12 mètres pour la partie comprise entre la rue d'Auteuil (aujourd'hui rue de Rémusat) et la rue de la Municipalité (aujourd'hui rue Chardon-Lagache). Par délibération du 17 décembre 1859, le conseil municipal d'Auteuil a demandé à l'unanimité que le nom de rue des Planchettes fût remplacé par celui de rue François-Gérard, comme témoignage de gratitude publique pour la mémoire du peintre d'histoire (1) qui avait résidé pendant plus de vingtcinq ans à Auteuil ; cette nouvelle dénomination a été prescrite par le décret du 2 juin 1853. Le baron François-Pascal-Simon Gérard (1771-1837) fut élève de David, au milieu d'émules tels que Girodet et Gros; il a fait les portraits des célébrités du commencement du xx! siècle : le général Hoche, le maréchal Soult, Mme Récamier, Louis XVIII, le général Foy, Canova, Ducis,
(1) Voir, pour le séjour du baron François Gérard à Auteuil, l'article déjà cité de M. L. Mar sur François Gérard, qui est reproduit aux annexes (p. 448).