RUE FRANÇOIS-MILLET
du service municipal, au compte de cette Société de construction. Cette voie nouvelle, à qui le décret du 3 décembre 1885 a donné le nom du peintre Jules- Bastien Lepage (1818-1884), a été classée par le décret du 14 mars 1887. C'est entre les n° 3 et 5 de la rue Bastien-Lepage que la cité Michel-Ange, voie privée ouverte également en 1883, a son entrée.
MM. Heïine, banquiers, demandèrent, en 1883, l'autorisation d'établir sur leurs terrains et à leurs frais une rue de 12 mètres de largeur, allant de la rue Mozart à la rue des Fontis (aujourd'hui rue du Docteur-Blanche). Elle fut classée pour toute cette longueur par le décret du 19 juin 1884; maïs, en exécution, ils arrêtèrent à la rue de la Cure (aujourd'hui rue Jasmin) cette nouvelle voie à qui le décret du 11 mars 1886 a donné le nom du littérateur Henri-Heine (1797-1856). Né Israélite, il embrassa le protestantisme en 1895, séjourna en France à partir de 1830 et devint dès lors, de cœur et d'esprit, plus français qu'allemand ; il a publié un grand nombre de poésies et d’autres ouvrages dans les deux langues : son originalité consistait dans un mélange de sentimentalité ardente et d'amère ironie. Les amis français et étrangers de Henri Heïne ont élevé, par souscription, à sa mémoire, un monument qui a été inauguré le 95 novembre 1901 dans l’avenue de la Cloche du cimetière du nord (Montmartre). Il est surmonté d’un buste en marbre, dû au ciseau du statuaire danois Hassebrüs.
Dans le voisinage de la rue Boileau et de la rue Claude-Lorrain, on a ouvert en 1887 l'avenue de la Frillière, auprès de laquelle on peut visiter la villa Mulhouse, comprenant 67 maisons construites ou achetées par la Société anonyme des habitations ouvrières de Passy-Auteuil, constituée en 1882 dans le but humanitaire d'établir de petites maisons salubres et à bon marché, dont le locataire puisse devenir propriétaire en vingt ans par le paiement d'un amortissement à 4 p. 100, compris dans son loyer, d’après le modèle des cités ouvrières de Mulhouse. Cette villa s'étend entre la rue Claude- Lorrain, la rue et l'impasse Boileau; elle a pour principale entrée l'avenue Jean-Dollfus, qui débouche sur la rue Claude-Lorrain ; elle est découpée par les trois passages : Dielz-Monnin, Émile-Meyer et Cheysson.
Cette Société philanthropique a été présidée de 1882 à 1890 par M. le sénateur Dietz-Monnin, de 1890 à 4893 par M. Jules Siegfried, ancien ministre du Commerce, et, depuis 1893, par M. Cheysson, membre de l’Institut et inspecteur général des ponts et chaussées. MM. Dietz-Monnin, Émile Meyer et Émile Cacheux ont déboursé, en 1882, pour cette fondation, 111.000 francs en achat de terrains et de maisons.
Le patronage d'Auteuil et du Point-du-Jour, établi aux n° 7 et 7 bis, de l'avenue de la Frillière, reçoit plus de 150 jeunes garçons des écoles laïques auxquels il donne l'instruction religieuse et pour lesquels il a créé des cours divers, une bibliothèque et une caisse de prévoyance.
Dans le but de mettre en valeur certains terrains communaux provenant des acquisitions d'immeubles faites pour le prolongement de la rue Chardon- Lagache, la Ville de Paris ouvrit, entre cette rue et la rue La Fontaine, une voie nouvelle qui fut classée par le décret du 26 novembre 1889 et dont la mise en état de viabilité, autorisée par l'arrêté du 30 juin 1890, a coûté 31.450 francs. Cette voie, nommée d’abord « rue Richard-Wallace », avait recu le 30 avril 1890 le nom de rue François-Boivin; sa dénomination actuelle lui a été donnée par arrêté du 30 avril 1891, en mémoire du
224 HISTOIRE DU XVI° ARRONDISSEMENT peintre François Millet (1815-1883), auteur de l’Angelus, des Glaneuses, etc.
C’est également en 1889 qu’on a ouvert l'impasse Exelmans, voie privée dont l'entrée se trouve au n° 5 du boulevard Exelmans.
La rue Chapu a été ouverte comme voie privée, entre l'avenue de Versailles et le boulevard Exelmans, en 1893, par M: Tassu, architecte et propriétaire, moyennant une dépense de 25.806 francs. Elle à été classée par décret du 29 juin 1897 et avait été nommée d’abord rue Nouvelle, puis rue Maxime ; le décret précité lui a donné sa dénomination actuelle en mémoire du sculpteur Henri-Michel-Antoine Chapu (1833-1892), membre de l’Institut, auteur, entre autres œuvres, de cette immortelle statue, /a Jeunesse, au tombeau d'Henri Regnault.
En 1894 et 1895, deux voies nouvelles, l’une de 12 et l'autre de 14 mètres de largeur, ont été ouvertes par M. le marquis de Casa-Riéra, moyennant une dépense de 93.106 francs, entre les rues Théophile-Gautier, George-Sand et des Perchamps. Des décrets de 1896 ont donné à ces rues les noms de Lecontede-Lisle et de Mignet. Le célèbre poète Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894) était membre de l'Académie française. L’historien François- Auguste-Marie Mignet (1796-1884), ami de Thiers, remplaca, à la fin de 1836, Raynouard à l'Académie française et devint, l’année suivante, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques.
M. Huet a ouvert en 1894 la voie privée dite rue des Grandes-Papeleries. et M. Sénécal a établi en 1895, moyennant une dépense de 4.322 francs la voie privée dite rue Pierre-Ducreux. C'est également en 1895 qu'on a percé, moyennant une dépense de 19.941 francs une voie privée dite villa-Mozart, qui se trouve au n° 73 de la rue Mozart et se termine actuellement en impasse, mais doit aller jusqu'à la rue La Fontaine. Cette voie, qui a été établie par la Société des Immeubles de la rue La Fontaine, n’a actuellement que 58 et aura plus tard 354 mètres de longueur.
Une voie nouvelle, autorisée par arrêté préfectoral du 5 juillet 1898, a été ouverte en 1899, entre le boulevard Exelmans et la rue Daumier, au compte de M. Fournier, propriétaire; le décret du 23 avril 1900 a donné le nom de rue Augusle-Maquet à cette voie, qui est peu éloignée de la porte de Billancourt. Elle à été ouverte sur des remblais accumulés depuis quelques années et sous lesquels avait achevé de disparaître un très beau jardin, dont l'hôtel a été récemment démoli. Ce pare, qui avait le défaut d’être en contrebas du boulevard Exelmans et exposé aux infiltrations de la Seine, lors des hautes eaux, avait été admirablement dessiné, vallonné et planté, avec grotte, rivière, ponts rustiques. Il appartenait à M“ Cuvelier.
Une rue nouvelle va être percée également par M. Fournier entre la rue Auguste Maquet et le quai d'Auteuil.
On a décidé, en 1901, l'ouverture d'une nouvelle voie devant prolonger la rue Bosio, sous le nom de rue de la Mission-Marchand, et se trouver comprise entre la rue Pierre-Guérin et la rue de la Source. Le décret du 21 novembre 1901, qui a classé ce prolongement de la rue Bosio, lui a assigné une largeur de 12 mètres et en a fixé les alignements et le nivellement. Cette rue est ouverte sur partie du jardin ayant dépendu de l'hôtel de M. l'architecte Foulquier.
IX. — Observations sur la situation et l’avenir du seizième arrondissement.
La population du XVIe arrondissement, qui était de 43.332 habitants en 1872, s’est élevée en 1901 à {17.087 âmes : elle a done presque triplé pendant les trente dernières années, ce qui est d'autant plus remarquable que l'augmentation est principalement due à l'immigration d'une population fort aisée. Il y a tout lieu de croire qu'il ne s'agit pas ici d'une vogue passagère et que cette progression continuera; car on a observé dans les grandes villes de l'Europe occidentale et de l'Europe centrale que la population jouissant de revenus d'une certaine importance, se porte de préférence vers les quartiers de l'ouest.
Cette tendance générale me paraît pouvoir être en partie attribuée à la prédominance, dans nos régions, des vents de l’ouest, qui apportent les émanations de la campagne sur les quartiers occidentaux et celles de la ville sur les parties situées dans la direction opposée. D'ailleurs, les vents du nord et de l’est étant beaucoup plus frais et moins fréquents que ceux qui viennent de l'Océan, c'est à l’est et surtout au nord des grandes villes qu'il est d'usage de cantonner les industries incommodes et insalubres qui ne peuvent ètre établies qu'après une autorisation administrative, et dont le voisinage est peu agréable, surtout pendant l'été.
Non seulement le XVI° arrondissement occupe l'extrémité occidentale de Paris rive droite, mais encore il se trouve dans une boucle de la Seine qui est voisine de très belles campagnes. On y à percé, à grandsfrais, des avenues larges et bien aérées ; le voisinage immédiat du bois de Boulogne y atlirera toujours les amateurs de verdure et de promenade ; il est très salutaire pour les enfants. À ces avantages généraux, le quartier de Passy joint celui de reposer sur un 80] perméable, par conséquent facile à assécher, et plus élevé que la presque totalité de celui de notre grande capitale. Les jardins d'Auteuil, c'est maintenant Paris et c'est en même temps la campagne ; on n'y a pas, comme aux environs, dans la banlieue, le brouhaha de la circulation et l’encombrement des promeneurs du dimanche. Aussi, beaucoup de personnes désertent, quand elles le peuvent, les anciennes constructions des rues étroites du centre de la Ville, pour venir s'installer dans les maisons neuves qui ont été récemment bâties en grand nombre sur le soldu XV[I° arrondissementetoüelles trouvent des ascenseurs, des monte-charges, l'eau froide et l'eau chaude à tous
226 HISTOIRE DU XIV ARRONDISSEMENT les étages, des bow-windows, salles de baïns et galeries, de vastes salons, le chauffage à l’eau chaude, le téléphone, l'éclairage électrique, des vérandas, une distribution intelligente des appartements et toutes les installations du confortable moderne.
Les spéculations auxquelles donne lieu, depuis près de quatre-vingts ans, la mise en valeur des terrains du XVI° arrondissement y ont beaucoup réduit l'étendue des parcs et jardins. Il est regrettable et fâcheux, à ce point de vue, que le nombre des hautes maisons de rapport s'accroisse constamment; mais il serait bien impossible d'arrêter ce courant. On devra, du moins, s'attacher à ce que les façades soient moins uniformes et à ce qu'elles présentent de l'élégance, une certaine originalité et des silhouettes artistiques. D'ailleurs, on conservera toujours l'avantage de la proximité du bois de Boulogne et, même dans les rues entièrement bâties, les vastes îlots qui les séparent ont généralement encore beaucoup d'arbres, ne füt-ce que ceux des larges et nombreuses avenues et d’un grand nombre d'établissements publics.
Enfin, Auteuil et Passy sont mis en relations avec la gare Saint-Lazare par des trains extrémement fréquents; l'extension et l’accélération des moyens de transport diminuent considérablement l'inconvénient résultant de ce que le XVI° arrondissement est éloigné du centre de Paris ; l'adoption de la traction mécanique pour les tramways a déjà réduit très sensiblement la durée des trajets. Une amélioration encore plus importante a été récemment obtenue pour les quartiers desservis par les premières lignes du chemin de fer métropolitain, qui facilite beaucoup les relations, grâce à la vitesse et à la multiplicité des trains. Quand les lignes métropolitaines auront reçu tous les développements dont elles sont susceptibles, les négociants et les hommes d’affaires prendront de plus en plus l'habitude d'imiter leurs collègues de Londres, en établissant leur domicile de famille en bon air et dans une demi-campagne, tout en conservant leurs bureaux dans la partie centrale de la ville. Le perfectionnement des moyens de transport (développement des voies ferrées, augmentation du nombre et de la rapidité des trains, abaissement des tarifs) abrège les distances et constitue un des principaux facteurs de la prospérité toujours croissante du XVI° arrondissement.
Parmi les lignes métropolitaines actuellement concédées, la seule qui intéresse le territoire du quartier d'Auteuil est celle qui partira de la porte Molitor, pour traverser la Seine à l'aval du pont Mirabeau; mais elle est insuffisante pour bien desservir Auteuil, qu'elle ne fera communiquer qu'avec la rive gauche plus directement.
Il est indispensable qu'on facilite davantage les relations de Passy et d'Auteuil avec le centre de Paris en concédant une nouvelle ligne pour relier le quartier d'Auteuil au réseau métropolitain actuellement exploité dans le XVI: arrondissement. La création de cette nouvelle ligne a été admise par une délibération du conseil municipal de Paris en date du 13 juillet 1901. Le tracé aurait son origine à la place du Trocadéro, en prolongement du tronçon qui s'y arrête actuellement ; il passerait sous l'avenue Heari-Martin, depuis cette place jusqu'auprès de la Mairie, ensuite sous la rue de la Pompe et la rue Mozart et aboutirait à la porte de Saint-Cloud. Entre la rue Mozart et cette porte, deux tracés sont proposés : on pourrait suivre soit la rue La Fontaine et la rue Michel-Ange, soit la rue Pierre-Guérin, la rue Boileau et l'avenue de Versailles. Ce dernier tracé, empruntant des rues plus étroites.