FRANÇOIS DELESSERT
Delessert (François -Marie), cinquième fih d'Etienne Delessert (3), naquit à Paris le 2 avril 1 780, fut élevé à Genève jusqu'à l'âgede quinze ans, puis entra dans la banque de son pore, dont il prit la direction quelques années après, avec son frère Benjamin.
Nommé membre de la Chumhre de commerce en 4844, six fois il en fut élu président.
Député de la Seine en 4834 et 4834, et du Pasde-Calais de 4 838 à 4 848, il prit part, à la Cham-
(i) Par son testament, M. Benjamin Delessert laissa encore une somme de iS.ooo francs aux liauvres de Passy.
(2) Le portrait que nous donnons de Benjamin Delessert est in cooie d'une lithogrnpliic faite vers 18^0, par Léon Nofd, d'après une peinture de P.-A. Labouclière. Benjamin Delessert avait nlors 67 ans environ. Si nous avions à transcrire son signalement, nous dirions : visage ovale, le front haut, et les yeux scrutateurs, profondément enchâssés sous les arcades sourcil ièrès, annoncent une belle et ferme intellin:ence; nez moyen et rêiçulier j enfln la bouche, gracieuse et fine, aux extrémités relevées, dénote une extrême bienveillance, qui se lit dans tout l'ensemble des traits. La lithoj^raphie ne portant pas de nom d'éditeur nous pensons qu'elle n'a été tirée que pour les amis.
(3) Le quatrième flls d'Etienne Delessert fut Anne-Pierre- Alexandre (V. plus haut, au 5*). 11 fit partie de la maison de banque fondée par son père, puis se retira en sa propriété de Villeneuve-le-Roi.
bre, à toutes les discussions relatives aux caisses d'épargne, au travail des enfants dans les manufactures, et aux salles d'asile, sujets qui le préoccupaient sans cesse.
Après la mort de son frère Benjamin, il devint président de la Caisse d'épargne de Paris, tout en s*occupant des antres caisses d'épargne de la France et de Tétranger.
En 4852, l'Académie des Sciences le choisit comme membre libre, en remplacement du baron Maurice. Sa biographie, on le voit, ressemble en bien des points à celle de son frère Benjamin. Tel frère tel frère; les deux doigts de la main. Même préoccupation du bien public, mêmes goûts pour les sciences et les arts. Héritier avec son rrère Gabriel des précieuses collections botaniques et conchyliologiaues de Benjamin Delessert, et de la riche bibliothèque qui s'y rattachait, non seulement il en continua l'entretien à l'ancien hôtel d'Uzès de la rue Montmartre, mais il sut les augmenter par les soins qu'il y donna. Comme par le passé, toutes ces richesses restèrent non seulement à la disposition des savants qui voulaient les étudier, mais des simples curieux qui désiraient les voir. Il en fut à peu près de même pour la galerie de tableaux.
François Delessert eut aussi, comme son frère, une raffinerie de sucre considérable (4), il y introduisit toutes les innovations ayant rapport à cette industrie; cet établissement était situé aux n*" 44 et 46 du quai de Passy. Jaloux également d'encourager l'œuvre si généreuse des écoles établies par son atné, il continua de donner, tous les ans, huit livrets de la caisse d'épargne aux élèves les plus méritants, et fonda rue Lekain, n^ 3, un asile qui fut édifié en 4872 et existe encore. Cet homme de bien mourut entouré de tous les siens, le 45 octobre 4868, en son hôtel de Passy, rue Raynouard, n"* 27. 11 était officier de la Légion d'honneur depuis 4828. Suivant ses dernières volontés, aucune invitation ne fut envoyée à l'occasion de ses funérailles. Il fut inhumé rue Lekain, n® 3.
François Delessert avait épousé, à Paris, Julie- Elisabeth-Sophie Gautier, dont il eut, outre d'autres enfants morts jeunes : 4^ Stéphanie-Madeleine-Carolîno Delessert, née le 7 mai 4844, mariée au baron J.-H. llottingucr, régent de la Banque de France ; 2° François- Z^^/amm-Marie Delessert, dont nous parlerons plus loin : 3^ Madeleine Delessert, née à Paris en février 4830, mariée au baron Frédéric Bartholdi, conseiller à la Cour des Cximptes, chevalier de la légion d'honneur.
Après la mort de François Delessert, qui fut le dernier survivant des trois frères dont nous nous occupons spécialement, les collections botaniques et conchyliologiaues furent données à la ville de Genève, et les livres qui s'y rattachaient légués à la bibliothèque de Tlnstitut.
Fn mars 4869,1a galerie de tableaux fut vendue aux enchères. La perle de cette riche collection était, sans conteste, la célèbre Vierge de Raphaël, dite de la maison d'Orléans ou la Madttne à VEnfant mutin. Ce tableautin, qui ne mesure pas
i\) C'était l'ancienne rofflnerie de son frère Benjamin, tlont il continua l'exploitation. .
plus de 29 centimètres de haat sur 3i de large, avait été acheté 27.250 francs en 4843, à la rente Aguado ; ce fat le duc d*ÂnmaIe qui s* en rendit acquéreur à la yente de la collection Delessert, moyennant 450.000 francs. Dans tous ses voyages, le prince se faisait accompagner de ce chef-d'œuvre,
3u'on retrouvera au musée Gondé, à Chantilly, ans le Santuario.
La galerie Delessert se composait surtout d'excellents tableaux des anciens maîtres hollandais et flamands, parmi lesquels on remarquait : une Sainte Famille et un Portrait d'Iiomme par Rubens, le Mariage de Sainte CatiieHne et un Portrait par Van Dyck, une YieilUi temme par Gérard Dow, deux Pieter de Hooch extraordinaires et un Bois superbe d'Hobbéma. Mais, très éclectiques, les frères Delessert avaient aussi réuni des chefs-d'œuvre d'autres écoles, entre autres deux belles Vues de Venise de Canaletti, et une Sainte Famille de Murillo. Dans rj!iCole française, l'attention était surtout attirée par un Port de mer au soleil couchant de Oande Lorrain, une Sainte Cécile de Mignard, un superbe portrait au pastel de Jean-Jacques Rotisseau yar Latour, quatre tableaux de Grenze, dont la Lecture de la Bible et le beau portrait du graveur Georges Wille, cinq marines de Joseph Yemet, deux tableaux de son fils Carie et un de son petits-fils Horace représentant r Apothéose de Napoléon, un Bélisaire du baron Gérard, François I*^ et Marguerite de NaiHirre par Bonnington, le Cloître de Saint- Êtienne-du-Mont y par Granet, deux toiles de Paul Delaroche, les neuf dessins de C Histoire de Samson par Decamps, la Partie d'échecs et les Amateurs de peinture par Meissonnier, et enfin un Pâturage de Rosa Bonheur.
iVous n'avons signalé que quelques œuvres principales de cette belle collection; à côté d'elles s'en trouvaient beaucoup d'autres des plus intéressantes et d'un réel mérite, don^ on |>ourra trouver l'énumération dans le catalogue qui en a été publié au moment de la vente (4).
François Delessert eut un fils, François-Marie- Benjamin Delessert II, qui naquit à Paris le 4 7 novembre 4847, et s'occupa, comme tous les membres de sa famille, de ce qui avait rapport aux questions financières, ainsi qu'aux lettres, aux sciences et aux arts. Il avait réuni chez lui quelques bons tableaux modernes, entre autres une répétition de r Odalisque par Ingres, les neuf grands dessins de VHistoire de Samson par Decamps, et une belle collection de dessins d'anciens maîtres. Benjamin Delessert II s'intéressa surtout ardemment aux premiers essais de photographie, et publia à Pans, chez Goupil, de 4853 à 4855, une Notice sur la vie de Marc-Antoine Raimondi, le célèbre graveur bolonais, accompagnée de reproductions photographiques des pièces de ce maître
(i) On trouvera aux Archives do la Société ce calalo^ue. ainsi (]ue quatre petites «rravures (don de M. Mnr)^ représentant : a) vue de l'hôtel Delessert, côte du jardin ; b) vue de l'intérieur de la f galerie de M. Delessert ; c.) Greu/e : la Lecture de a Bible (ce tableau, donne par M. Delessert à sa fille. Mme Bartholdi, n'a pas figuré ù la vente); r) LucKx: intérieur d'an estaminet villageois. (N. D. L. R.)
et exécutées à ses frais, sous ses yenx (4). A l'Exposition universelle de 4855, oii on les exposa en regard des originaux, elles furent fort remarquées, la similitude était complète. II est bon de se rappeler qu'on n'était encore, à cette époque, qu'au début de cette découverte, qui a tant progressé depuis.
Benjamin Delessert avait été envoyé en 4849 à l'Assemblée léjpsiative par le département de U Seine (i), puis nommé chef de bataillon de la garde nationale, et chevalier de la Lésion d'honneur. Il avait épousé Mlle Blanche de Triqueti, fille de Henri, baron de Triqueti, dont il n'eut pas d'enfants, et mourut subitement à Passy, le 35 janvier 4868.