LE PALAIS DU ROI DE ROME
Au sortir du Cours-la-Reine, à l'entrée do XVI° arrondissement, le promeneur rencontre d'abord la Pompe à Feu construite en 1778 par les frères Périer (1\, et, tout près, l'emplacement de la maison qu'hanitait Mme de Pompadour pendant la construction de l'Ecole Militaire. Sur les pilastres de la grille d'entrée, au bout de l'avenue, Sophie Arnould, quand elle y vint demeurer, avait
(1) Le bâtiment qui donne sur Tavenue du Trocadcro porte In date de 1781.
On avait composé ces vers à propos de la Porape à Feu :
Ici, vois par un sort nouveau Le feu devenu porteur d'eau.
Cf. Chroniques et Légendes des rues de Paris circa p. iG^3), Ed. Fournier. Deutu, 1864.
fait placer les bustes de Néron et d*A^rippine. Mais, hélas ! de cette retraite d'ane délicieuse artiste, il ne reste plus qa'an cèdre, planté en 1788 et décapité par les orales (i).
Continuons. Nous voici devant le numéro 12 du quai de Billy actuel. Au commencement du siècle, Cadoudal s\ cachait dans un asile mystérieux, démoli depu's. On y tramait les plus noirs complots, et c'est de là que Georges voulait, avec ses affidés, s*élancer un jour < saLre aux dents » sur Bonaparte et son escorte, au moment ou le premier Consul passerait sur le quai désert en se rendant à daint-Cloud (2).
Ne nous arrêtons pas à la Savonnerie, dont nous savons Finléressante histoire (3) et arrivons à ce coteau dont les destinées vont nous fixer un instant.
C'était, il y a deux cents ans, un désert aride et sauvage, « escarpé et hérissé, enfer des carriers et paradis des chèvres » (4), cju*encadraient deux monastères ; à droite, du cOte de Chaillot, celui de la Visitation-Sainte-Marie oU Mlle de la Ya)lière était venue pleurer son roi ; à gauche, à renti*ée de Passy, le couvent des Bonshommes, situé à mi-cdte, et dont les jardins, plantés de beaux arbres, descendaient jusqu'à la Seine (5).
Derrière les Bonshommes, € la vue s'étendait sur des champs et des vignes et sur deux moulins. Le meunier y avait la vie facile et de Tair à sa guise,
Et de quelque côlé que vtnt souffler le vent,
11 y tournait son aile et s'endormait content (6). >
Le site avait frappé Napoléon et, quelques mois avant la naissance du roi de Rome, il avait décidé d'élever sur ces hauteurs la demeure de son héritier. Il rêvait d'un autre palais plus ex-
(i) D'après Lefeuvc, les Anciennes Maixons de Paru (art. Quai de Billy), le jardinier qui l'avait planté vivait encore en i85o.
(a) Voir les Mémoires de Constant, 1. 1, p. 3a3.
(3J V. la communication du comte de l'Eglise, Bulletin de juin i8^, Cf. aussi dans les Archives curieuses de r Histoire de France i" série, t. XV, p. 265, le • mémoire concernant les pauvres qu'on appelle enfermez », i6ia.
(4) A travers le Trocadéro, par M. L. Lanier. Paris, 1894.
(5) Retz, dans ses Mémoires (liv. I) raconte comment Turenne et lui, au retour d'une fine partie à Sainl-Cloud, dégainèrent en cet endroit contre des diables qui flrent un plongeon dans la rivière ; ces diables n'étaient autres que deux minimes occupés ù prendre leur bain matinal {V. Bulletin, t. 1, |>. 182). — V. aussi la Description historique de la ville de Paris et de ses environs, 1, 5a, où Figaniol de la Force rapporte c^ue les carriers de Passy vendaient aux apothicaires, pour guérir les flèvres intermittentes, les pyrites qu'on découvrait dans la glaise (V. Bulletin, L I, p. ii4)> — A propos des carrières, le poète La Mesnordière raconie {Poésies, Paris, 1^6, m-fol.) une des plus plaisantes aventures de Mme de Sablé, quand celle-ci, partie pour Rueil avec l'intention uese venger de n avoir pas été invitée, tenta d'aller surprendre Julie d'Angennes qui, oprès sept ans de recherches, venait enfin d'épouser le duc de Montausier. Ce fut la tremblante Mme de Sablé qui fut surprise... par un orage et qui ne trouva d'autre moyen de se préserver du tonnerre que d'aller se cacher, elle, sa voiture et ses gens, dans les carrières de Chaillot.
(6) L. I^nier, /or. vit.
traordinaire et plus magnifique que celui du grand Roi. C'était toute une ville impériale, un Kremlin qu'il voulait attacher aux tlancs de la montagne.
Pour ce maître du monde, il fallait autre chose que Versailles, cette € ville bâtarde, que la Révcvlution, qui a tant détruit, aurait hien dû démolir. » Je n'aurais pas aujourd'hui, disait-il, un tort de Louis XIV sur les bras et à rendre supportable un vieux château mal fait, — comme ils ont dit : < un favori sans mérites ».
Percier et Fontaine, confidents de ses pensées, ont raconté que, partout où il voyait un beau paysage. Napoléon y plaçait en idée un lieu de repos et de délassements pour rétablir sa santé déjà affaiblie et pour jouir en paix d'un calme bien gagné. An premier moment, Napoléon voulait faire du coteau de Passy un lieu de retraite, un petit Sans-Saucij une maison de convalescent.
Dans ses projets, le roi de Rome aurait demeuré à Lyon au centre de l'Empire. Mais, bientôt, le caprice impérial avait changé et le projet avait pris corps.
Un arrêté ferma les carrières, et les fondations furent commencées. £n6n, au mois de juin 1814, Napoléon achetait, moyennant 59.000 francs, du prince de Bénévent, une maison « à l'extrémité de Passy, à la droite de l'entrée du bois de Boulogne ». C'était l'ancien pavillon de droite de l'ancien château de la Muette (1 ) dont l'Empereur voulait faire la vénerie de son fils.
Les plans furent, en grande partie, l'œuvre de l'Empereur. Il avait, en matière d'art, des idées grandes. € On pourrait faire de Tarchîtecture, disait-il, jusque dans la cabane d'un charbonnier. Il y faut seulement l'unité, le bel arrangement et la méthode ; c'est la condition du beau et de l'imposant. » — < n n'y a de beau que ce qui est grand, disait-il une autre fois au Conseil d'Etat. L'étendue et l'immensité peuvent faire oublier bien des défauts (2). »
Il avait voulu qu'en dehors de Percier et de Fontaine, ses deux collaborateurs désignés, l'Impératrice eût elle-même voix au chapitre. L'enfant ne devait naître que dans trois mois ; déjà Napoléon était assuré que ce serait un fils. Et comme Marie-Louise répondait : € Je ne m'y connais pas », l'Empereur lui disait : € Ne craignez rien. Parlez. Us s'y connaissent encore moins que vous. Votre opinion m'est nécessaire. Il s'agit du palais oh logera votre fils. » L'Impératrice, ajoutent les deux architectes, fit quelques observations judicieuses dont 00 tint compte.
Le site seul l'emportait déjà sur celui de Ver-
(1) Vente du 11 juin 1811 par Tallevrand, demeurant rue deVarenne.À l'Empereur, de 2 h. 64a. achetas par Talleyrana d'Etienne-Antoinc Barbier de Saint-Hilaire, chez M* Thion de la Chaume notaire, a germin. an XII. — Acquis des époux Martin et provenant du morcellement de la Muette. — Renseignement dA n M. Frédéric Masson.
(a) Déjà, le i5 prairial 1796, de Vérone, le général Bonaparte, dans une lettre au Directoire, avait exprimé les mêmes pensées : • Je viens de voir l'amphithéâtre. Ce reste du peuple romain est digne de lui. Je n'ai pu m'empécher de me trouver humilié de la mesquinerie de notre Champ de Mars. Ici, cent mille spectateurs} sont assis et entendraient facilement 1 orateur qui leur parlerait. »
récole des ponts et chaussées, sctaellement installés sur le terrain domanial dont il sera ci-après parlé.
Elle prend en outre à sa charge:
i® L installation proTisoire des services déplacés, jusqu'à la reconstruction des bAtiments qui leur sont destinés ;
Et 2® leur translation définitive dans ces nouveaux bâtiments.
Ces divers ouvrages et travaux seront exécutés d'après les indications contenues dans les procèsverbaux de conférences dressés le 20 novembre courant, entre les services intéressés.
11 est stipulé :
i^ Quesur tous les points où ne serontpas élevés des bâtiments en façade, ledit terrain R sera fermé par une grille;
S"* Que les plantations et les constructions qui pourraient être faites dans la portion de ce terrain comprise entre le côté est de Tamphithéâtre, et une ligne LM du plan, ne dépasseront pas la hauteur tnaxima de douze fnètres, sauf une tourelle de trois mètres de diamètre (i) ;
3^ Que la même hauteur ne pourra être excédée par les constructions et plantations qui seraient faites sur les terrains appartenant déjà à la Ville de Paris ou qu'elle achètera ultérieurement, et le quai Debilly, le côté est de Tamphithéâtre, Tavenue d'Iéna et la ligne LM prolonffée' (N.-O.);
4^ Qu'il ne sera fait, tant sur la place que sur l'amphithéâtre, aucun travail de construction et de plantation de nature à gêner le champ visuel nécessaire aux expériences de photométrie de rétablissement des phares ;
b^ Que les matériaux de démolition provenant des établissements existants et qui ne seraient pas réemployés resteront la propriété du domaine.
2» Loi du iS mars 1869. (Extrait.)
Article previer.
Est approuvée la convention passée le 6 décembre io66 entre le Ministre des finances, agissant an nom de TjiiUt, et le Préfet de la Seine, agissant au nom de la Ville de Paris, ladite convention annexée à la présente loi, et portant:
4' Allocation à la Ville de Paris d'une subvention de trois millions de francs pour la création de la place du Trocadéro et dépendances ;
2° Cession réciproque de terrains sis à Paris, an lien dit le Trocadéro ;
3° Engagement par la Ville de Paris de renoncer à rappel formé par elle contre un jugement du Tribunal de la Seine, en date du 46 août 4865.
(l) Servitude de hauteur qui o été abandonnée par l'Etal et la Ville de Paris. {Voir la lettre du Minmlre de» Travaux publics, en date du 22 marn i8«3 et l'arrêté préfectoral^ en date du i4 jum 1 883.)
5*» Lettre du Ministre des Travaux nublics au Prélet de la Seine, du 9t mars i883.
Paris, le 23 mars i883.
Monsieur le Préfet,
Vous m'avez fait part, le 29 janvier dernier, de votre intention d'appeler le Conseil municipal à délibérer sur la Question de savoir s*iln*y a pas lieu de renoncer à la servitude dont a été fra|>pée une bande de terrain longeant la place du Tro- <»déro, par suite du traité passé en 4866 entre la Ville de Paris et TEUt, servitude qui consiste à interdire des constructions de plus de douze mètres de hauteur, sauf une tourelle de 3 mètres de diamètre.
Vous m*avez demandé de faire examiner au préalable cette question en ce qui concerne les terrains appartenant à VtMi et occupés par le service des phares et balises.
Vous pensez. Monsieur le Préfet, quecettesea*vitude est devenue inutile depuis les modifications apportées à la nature même des lieux par Fédification du palais du Trocadéro.
Cette servitude, à laquelle FEtat avait dû se soumettre lors de la construction du dépôt des phares, avait pour but de conserver pour les promeneurs de Tamphithéàtre la perspective de la vallée de la Seine du côté de Paris ; elle n'a point été éublie dans Tintérèt du services des phares. L'horizon visuel nécessaire aux expériences de ce service comprend principalement le plateau de Chàtillon et accessoirement les hauteurs entre Fleury et Clamart ou le sommet des Hantes- Bruyères, près de ViUejuif.
iSdi horizon se trouve tout entier dans Tangle oui correspond à la promenade du Trocadéro, d'une part, et se termine de l'autre avant le côté de la promenade où se trouve la zone de terrain frappée de servitude, de sorte que la suppression de cette servitude ne peut en rien nuire aux intérêts du service des phares.
Il est d'ailleurs incontestable que cette suppression ne pourra qu'accroître la valeur du terrain sur lequel est installé le dépôt des phares.
Quant à la conservation de l'horizon visuel i ménager pour le service des phares, elle est assurée par une autre clause du même traité ainsi conçue :
« Il ne sera fait, tant sur la place ({ne sar l'amphithéâtre, aucun travail de constructions ni de planutions de nature à ffèner le champ visuel nécessaire aux expérieices de photométrie. »
J'ai l'honneur de vous informer, Monsieur le Préfet, qu'après avoir consulté sur cette question le Conseil général des PonU et Chaussées, j'ai reconnu que l'fitat, an point de vue du service central des phares, n'a aucun intérêt au maintien de la servitude établie par le traité de 4866 sur les terrains qui bordent, atit nord-est, la promenade du Trocadéro.
Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le Minintre des Traoaux publics.
Pour le Ministre et par autorisation :
Le Conseiller d'Etal, Directeur des Ponts, delà Navigation el des Mines,
Signé: Leblanc.
-!• Arrêté préfectoral du i4 juin i883,