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LE CHATEAU DU COQ

Entouré d'arbres centenaires, qui, autrefois, avaient fait partie de la forêt de Rouvray, le château du Coq a été coupé, puis démoli lors du percement de la rue Erlanger. Il avait été construit par Richelieu et légué par celui-ci au domaine de la couronne en même temps que le Palais Cardinal.

Sous Louis XIV, c'était une dépendance, à peine sardée, de la Muette, tout au plus un rendez-vous de chasse. Dans la jeunesse de Louis XV, comme le petit roi avait montré du goût pour la botani(|ue, on aménagea le château en vue de cette destination. Des serres y furent élevées à grands frais; elles étaient luxueusement aménagées, et les étrangers de distinction, dans leurs passa|[es à Paris, ne manquaient jamais de venir les admirer. Les goûts du roi changèrent, malheureusement pour lui et pour la France, et le château royal devint une de ces mille petites maisons que Louis XV occupait, de temps à autres, dans les environs de Paris. Le bâtiment principal fut sé-

{>aré, agrandi, orné ; rien n'était trop beau pour es caprices de ce roi : tapisseries des Gobelins et de. la Savonnerie, glaces de Saint-Gobain, étoffes somptueuses, meubles ciselés; on dépensait de 350 à 400.000 livres par an pour l'ameublement du château. Il y avait des jardiniers à 12.000 livres de gages et des fournitures de fleurs qui montaient à 30 et 40.000 livres par saison. Ces prodigalités durèrent dix ans. Les factures ont été conservées et forment un gros dossier aux archives nationales.

En 1764, Louis XV, voulant sans doute profiter de ces dépenses, décida qu'il passerait l'été à Auteuil. Dès son arrivée, Colardeau le salua par ces vers :

Vous voilà donc bourgeois d'Auteuil, Sire, et voilà noire village Oui va jouir de l'avantage Dont se vantent avec orgueil

Choisy, La Meute el riIermitHffe ;

Vous y viendrez chercher l'ombrage,

Le doux lilas, le chèvrefeuil;

Tant mieux pour nous. Bon voisinage

Fut toujours d'un heureux présage.

Nous voudrions vous faire accueil,

Immortaliser notre hommage

Par quelque éclat; mais ce hameau

Qui vit les Muses rassemblées

Se promener dans les allées

Du jardin qu'habitait Boileau,

Auteuil ne voit plus sa fontaine

Abreuver le sacré troupeau

Qui s'enivre dans l'hypocrène.

Les Muses n'aiment plus notre eau.

Nous nous en consolons : les Grâces

Valent tout au moins les Neufs Sœurs;

Elles tiendront ici leurs places.

Après 4764, Louis XV ne revint plus à Auteuil ; Mme Elisabeth y passa Quelques mois dans les étés de 1785 et de 4786. Elle amenait avec elle Ghamfort, son lecteur, oui n'avait que quelques pas à faire pour aller saluer Mme Helvétius, sa yieille amie.

La pieuse princesse avait laissé dans sa demeure une pendule dorée, qui resta dans sa chambre jusqn^à la démolition du château; cette reliane est gardée aujourd'hui par le vénérable ecclésiastique qui fut le dernier propriétaire de la maison.

U^^ DE BOOFFLERS. — LE PEINTHE L\ TOUR.

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En face du Coq, c'est le parc et le château de la marquise de Boutilers. Tout Paris vint y admirer ces jardins an|[lais que Walpole avait mis à la mode et qui étaient, alors, en France, dans toute leur nouveauté. Les mémoires do xviii* siècle en ont donné des descriptions détaillées. Il est inutile d*y revenir. Faisons comme les maréchaux de Lowendal et de Richelieu, comme la reine et le président Hénanlt, et, en quittant la charmante marquise, arrêtons-nous un instant chez l'artiste QUI eut pour modèles toutes les célébrités de lépoque.

La maison du peintre La Tour avait été construite an commencement du règne de Louis XV sur des terrains qui dépendaient de la seigneurie de Passy. Elle était confortable, mais simple, comme il convenait à son caractère orieinal et indépendant. Elevée d'un seul rez-de-chaussée, elle était placée au fond d'un parc étroit, dont quelques arpents allaient faire le bonheur de Mme Helvétius.

Au midi, les fenêtres rej^ardaient la plaine du Point-du-Jour, alors en pleine culture, le bois de Boulogne, les hauteurs de Vanves et de Meudon.

La Tour visitait souvent sa voisine, Mlle Antier, cette actrice dont les salons répétaient les bons mots et célébraient le cynisme. C'était contre elle qu'un auteur s'était fâché en lui reprochant le laisser-aller et rindifféreace de son jeu dans le rôle d'une femme délaissée, et comme, & bout d'argument, il lui disait : « Mais, madame, supposez que vous soyez à sa place. Que feriez-vous ? » elle répondait tranquillement : « Ce que je ferais ! Je prendrais un autre amant, et voilà tout. »

En 1744, lorsque le Roi, qui avait manqué mourir à Metz, entra en convalescence, il y eut une explosion populaire de jok et de con6ance. On l'appela le Bien-- Aimé! Comme la tâche de la monarchie était encore facile à cette heure !

Mlle Antier voulut prendre sa part des réjouissances publiques et, dans son parc, au milieu des statues, dont quelques-unes existent encore, elle donna un bal champêtre où toute la noblesse se rendit et où l'on vit danser jusqu'au lever du soleil les plus grandes dames de la cour.

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