‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 199 sur 218 · RUE DE LA TUILERIE · texte numérisé non relu

RUE DE LA TUILERIE

Une rue noatelle vient d'être ouverte dans la me Mozart, en face da débouché de la rue de la Cure. Cette me ne porte pas encore de nom. La Société historique propose que cette voie soit dénommée rue de la Tuilerie, en souvenir du château historique sur les dépendances duquel elle est établie.

Le château de la Tuilerie a été habité sous le Directoire et le Consulat par le général du génie d* Arçon, collaborateur du grand Carnot. Depuis, il fut la demeure de la tragédienne Rachel et de Thiers.

Les arbres centenaires qui existent encore dans un immeuble voisin (couvent de TAssomption) sont les arbres mêmes du parc de la Tuilerie. Il y a là, semble-t-il, un souvenir d'histoire locale qu'il serait bon de conserver et qui ne saurait sonlever aucune objection de principe.

RUES DU COLONEL-COUTELLE ET DUClS

Le morcellement de la propriété Chardon-Lagâche, ft Auteuil, rue Théophile-Gautier, a créé deux nouvelles rues qui ne portent encore aucun nom.

La Société historique d'Auteuil et de Passy propose qu'une de ces voies prenne le nom du brave colonel Cautelle, premier aérostier de Tarmée, et qui, à ["leurus, par son ballon, rendit les plus grands services à Tarmée française. Coutelle se retira à Auteuil, place de TEclise; il y mourut, léguant aux pauvres une partie de sa fortune et aux écoles de la commune d'Auteuil deux prix qui, chaque année, jusqu'à l'annexion de 1860, furent distribués en son nom.

La seconde voie pourrait être appelée rue Ducis, en souvenir de ce littérateur estimé, qui demeura longtemps à Auteuil, sur la place de TEglise. Ducis, le premier, a fait connaître à la France les beautés de Shakespeare; on peut dire qu'il a popularisé, dans notre pays, l'œuvre du grand tragique anglais. A ses titres littéraires. Ducis joint le mérite d'avoir su rester, sous l'Empire, le républicain qu'il avait été pendant la Révolution.

Trois fois, il refusa sa nomination au Sénat conservateur : € En voyant les dorures de l'habit, disait-il, jamais je ne pourrais m'habituer à porter cette casaoue-là. » La détermination de Ducis était d'autant plus noble que le poète était dans le besoin. € Je ne veux faire en ce monde que des tragédies, écrivait-il à Fontanes. Je suis au pied de mon saule ou de mon palmier. Il faut que j'y vive et que j'y meure. Le nom d'une place est, à mes oreilles, le bruit du ciseau de Dalila. Laissez-moi m^ cheveux. » Et, une autre fois, à Bernardin de Saint-Pierre : € Je suis poète, républicain et solitaire. Voilà les éléments qui me composent et ne peuvent s'arranger avec les hommes en société ou avec les places. Je vous donne ma parole d'honneur que j*aimerais mieux mourir tout doucement, dans le lit de ma mère, pour être ensuite déposé auprès d*elle, que d'accepter la place de sénateur. Je n'au-

rai qu'une physionomie, celle d*un bonhomme et d'un auteur tragique qui n'était pas propre à autre chose. »

Cette modestie, cette indépendance, l'habitation longtemps continuée de Ducis à Auteuil, à deux

Eas de la nouvelle voie, font espérer à la Société istorique que le Conseil municipal de Paris voudra bien donner le nom de ce poète républicain à l'une des deux rues récemment percées (i).

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