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AUTEUIL QUI S'EN VA

Passy se construit de plus en plus. Les hantes maisons sortent chaqae jour de terre et gagnent du terrain vers Autenil. Les jardins, les jarainets tendent à disparaître. Arbres, arbustes tombent, deviennent bûches ou fagots. A la place des verts gazons s'ouvrent des trous béants, nientôt garnis, revêtus de pierres meulières. Les hôtels et les maisons familiales font place aux constructions de six ou sept étages, bientôt peuplées d'hôtes de passage qui n'auront pas connu notre vieux sol, et qui, sans doute, ne lui accorderont qu'un très mince intérêt.

Et cependant n'est-il pas bon, n'est-il pas sain, moral, utile, de savoir, au moins dans ses j[énéralités, l'histoire, la géographie du petit coin où l'on doit vivre, ne fût-ce que quelques-unes des années qui nous sont départies ? Enfants, nous apprenions à respecter le nom, à vénérer la mémoire de bisaïeux que nos yeux ne virent point, mais qui nous tracèrent le sillon de notre modeste vie. Hommes, ne devons-nous pas reporter notre affectueuse et respectueuse sympathie sur les rues, les maisons, les sites que les générations précédentes nous ont préparés, façonnés, en y laissant comme un reflet d'elles-mêmes ?

Si le progrès, si les nécessités croissantes de l'extension des populations vers l'ouest menacent les vieux coins, les arbres ou les antiques maisons que nos regards aimaient à contempler, hâtonsnous d'en conserver l'image pour nous et pour les autres.

C'est dans cette pensée, sons cette impression que nos collègues MM. de l'Église ont bien voulu recueillir les trois photographies que ces quelques lignes accompagnent.

Voici d'abord la maison, 29, rue Chardon- Lagache, dans laquelle vint mourir Gavarni (i), non chargé d'années, mais inconsolable de la mort de son fils et de T'expropriation par le chemin de fer de Ceinture du magnifique parc dont il était si fier, et qu'il avait plante des essences les plus rares. Cette maison, qui a appartenu à Mlle de Roland,

(i; Voir Bulletin, t. III, p. 173.

Q dit. Elle est con- l'incieune maisaa de retraite desHessienn de Bon ci elle poarra dire, le joar Seconrs. Les démolisseurs étaient mêmes déjà ei

Oli la pioche s'abattra sor elle : n<>n omnts mû- pleioe lips(fneqaand l'objectif se dressa. Campât

riar. ubi Troja fuit... L'immeuble, ausnrplus, o'atait

Dans les premiers mais de l'aonée 1808, nous rien de remarquable. MaisCarpeaui y avait lécn.

élione préTenos qu'on illait démolir la maison de Kniîn, irn-; petite rue modeste, trioquilte, i

l'illastre statuaire C^rpeaDi. à l'angle du boule- peine aftilée même dans les périodes électorales, est

lard Eielmans el de la rue Boileau, en face de la me Désaagiers, de la rue d'AuteuU A la me du

478 HiaTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT

Bail. Cfst Dn petit coin que les Alloliena ne cou-

naissent pas toas, oii ils ne passent gnère. Celts

D]inascnlerDeiDène(lenDsarchives(l]ijasqDO cbez

notre collègue M. Lévèque. directeur de l'école i,es DEMEURES DE 6AVARNI

Say. Un jour, je ae sais lequel, on redressera la

rue d'Autenil, l'école Say s'agrandira, on mettra

la rue Chardon-Lsgache à rarignement, et la rue Le médailloa de GiTarni, eiécalé par H. Char-

du Buis, Qétrie, sera emporli^, la rue Verderel pentier pour la Société, est presque achevé (1|

sera recouierte par les maisons nouTelles, la me Ataot de délennioer l'endroit où il sera placé.

Désanpers aura disparn comme le ^ai chanson- nous avons recherché quelles furent les denierdont elle porte le nom. En voici l'image, avant meures de Gavarni. Voici une note très complète qu'elle ne soit plus qu'un souvenir. de H. Mar.

Gavarm (IIij)polyl«-Guillaume-SulpiM Che\'*i.> i.iEH.dil), dessioatear, aquarelliste et lilhognpbe, 1804-1866. St ï Paru, rue des Vieilles-Handriettes, n" .'i. A Bordeaux, habita impasse des Minimes, qaartiH Saint-André, de la iin de 4834

e DiédailloD n té» ayant lurg

à la fin de i825; à Tarbes, chez M. Lelea, inspecteur da cadastre, pais aax Pyrénées de la fin de i825 au commencement de 48^. Revint à Paris en mai 1828 et demeura rue Saint-Lazare, n"* S7, jusau'en juillet 4829. A Montmartre, de juillet i829 à 4835. Enfermé pour dettes à la prison de la rue de Clichy, de la fin de mars à décembre 4835. Rue Blanche, »"> 43, en 4836- 4837; rue Fontaine-Saint-^eorges, n° 4, de novembre 4837 à 4846 environ; au Point-du-Jour, route de Versailles, iV* 49, ancieriy depuis 4846 environ, A Londres de la fin de décembre 4847 à la fin de 4850. Rentra alors à sa maison du Point-du^Jour, où il resta jusqu^à 4865, tant dans cette maison même que dans celle à côté. Avenue de l'Impératrice (du Bois-de-Boulogne) en 4865 et 4866. Enfin à la villa de la Réunion, route de Versailles, n«422, et y mourut à la fin de novembre 4866. Fut inhumé au cimetière d*Auteuil.

Sa veuve mourut en mai 4890, âgée de 66 ans, au château de Tréchaussade (Haute- Vienne).

En résumé, c*est dans sa maison de la route de Versailles qu*il resta le plus longtemps (une vingtaine d'années). A défaut de l'emplacement de cette maison, on pourrait peut-être encore mettre son médaillon sur la maison on il mourut, dans la villadelaRéanion,routede Versailles n^" 422 (?)(4).

M. Mareuse a extrait, du Journal de Concourt, les divers passages concernant Gavarni :

Sur la route de Versailles, au Poinl-du-Jour, à côté d'un cabaret ayant pour enseigne : A la Renaissance du Perroquet savant, un mur qui avance avec de vieilles grilles rouillées qu'on ne dirait jamais s'ouvrir. Le mur est dépassé par un toit de maison et par des cimes de marronniers étëtés, au milieu aes<{uels s'élève un petit bâtiment carré, une glacière surmontée d'une statue de plâtre tout écaillée : La Frileuse, d'Hondon.

Dans ce mur fruste, une porte à la sonnette de tirage cassée, dont le tintement grêle éveille l'aboiement de deux chiens de montagne. On est long à venir ouvrir ; à la fin, un domestique apparaît et nous conduit à un petit atelier dans le jardin, éclairé par le haut et tout souriant. C'est là que nous faisons notre première visite à Gavarni.

Il nous promène dans sa maison, dont il nous raconte l'histoire : un ancien atelier de faux-monnayeurs sous le Directoire, devenu la propriété du fameux Leroy, le modiste de Josépnine, qui utilisa la chambre de fer où l'on avait fabriqué la fausse monnaie, à serrer les manteaux de Napoléon, brodés d'abeilles d'or. Il nous fait traverser les ^andes pièces durez-de chaussée, décorées de peintures sur les murs représentant des vues locales: la porte d'Auteuil en 4802.

(i) Le laa est l'origiae de la Villa de la RéunioD; mais c'est dans une maison donnant à la fois Villa de la Réunion et 99 rue Chardon-Lagacbe qu'est mort Gavarni. (Voir l'article Auleuil qui t'en pa, p. 477.)

Nous parcourons avec lui toute la maison et les interminables corridors du second étage, ob d'anciens costumes de carnaval, mal emballés, s'échappent et ressortent de cartons à chapeaux de femme. ^ Nous redescendons dans sa chambre ob, près d'un petit lit étroit, — une couche d'ascète, — il y a sur la table de nuit un couteau en travers d'un livre ayant pour titre : Le Cartésianisme.

AVRIL 486i.

Jeudi 28. — Un long moment, nous regardons, à travers la clôture de planches, la démolition de la maison Gavarni, son pauvre atelier èventré. . .

Gavarni s'est campé dans la petite maison àcêté, en un pauvre intérieur, dans l'arrièn^-boutique d'un épicier de banlieue, ou un teinturier occupe le devant. (/(i.,p. 492.)

30 décembre. — Passé aujourd'hui devant l'ancienne maison de Gavarni, avenue de l'Impératrice.

Il y a presque du cimetière dans cette bâtisse lugubre ; avec sa grille rouillée, son jardinet à plates-bandes de buis, ses arbustes verdâtres. Le moisi de la tombe mange les marches descellées des portes-fenètres du rez-de-chaussée. Nous regardons cette misérable maison ambitieuse de bourgeois de l'Empire, cette maison de plâtre, plaquée de fenêtres d'occasion, avec son fronton de temple grec, grignoté par la pluie. Nous regardons le vide à travers ces fenêtres sans rideaux, battues d'une moitié de persienne, et nous pensons à tout ce que cette maison a eu des mauvaises chances de la vie du (trand artiste, de ses tristesses, des absorptions de sa maladie.

Et malgré tout, nous sommes encore heureux de la voir debout, cette maison : elle nous le rappelle. Les maisons de ce temps durent si peu, gardent si peu longtemps la mémoire de ceux qui y ont vécu! (lïl, p. 94.)

Nous attendions l'omnibus au Point-du-Jour, contre le terrain de Gavarni, au-dessous de l'écriteau portant : Sept mille mètres de terrain à vendre.

La porte de la grille était entr'ouverte. Nous entrons, nous nous promenons sous le quinconce de marronniers, sous lequel nous nous sommes promenés si souvent ensemble axec l'ancien propriétaire, quand un homme vient à nous, nous tendant la main, un revenant, un spectre, lui, Gavarni ! Il a son air, son costume rustique, sa barbe inculte, son teint sanguin, ses yeux saillants. Il a un chapeau de paille comme lui, et peutêtre le sien qu'il aura retrouvé dans le jardin, qu'il vend, lopin par lopin, pour le tils de Gavarni. (W., p. 237.)

16 février. — Nous étions accoudés à la barrière, d'od l*on plonge dans le jardin en contrebas de Gavaroi. Une main sur notre épaule. C'est le bohème, gardien marron des sept mille mètres de terrain à vendre. Tout le jardin abandonné, inculte, ruineux, le lierre s'étalant sur la bosse des anciens mouvements de terrain, et le pittoresque des ravages de la nature et de la plante parasite.

Nous promenant à travers ce fouillis de la nature, le bohème nous mène, tout en bas du jardin, à la ligne des beaux arbres qui le finissaient dans leur grande ombre... Ici sera une guinguette, un bouchon pour les dimanches et les lundis des parties de campagne, et où la canaille, abhorrée de Gayarni, viendra, sous le portique toujoui's vert, où il promenait sa haute rêverie, arroser de bleu des tnpes à la mode de Caen, dans des berceaux qu'arrondit devant nous un marchand de y'm basque.

Curieux invalide, que ce bohème, cet ancien graveur sur bois, goutteux et presque aveugle, espèce de philosophe agreste et crapuleux, sorte de Thomas Vireloque, laissé en sentinelle là par l'Œuvre de Gavarni, faisant sa compagnie de deux terriers féroces et, remisant, le jour, dans le trou noir de la Glacière où frissonne, sous le plâtre tout écaillé, la Frileuse de fioudon.

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