‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 206 sur 218 · ANCIENNE SOCIÉTÉ D*AUTEUIL · texte numérisé non relu

ANCIENNE SOCIÉTÉ D*AUTEUIL

La comtesse deBoufflersh Roucher (3).

Auteuil, ce 28 juin.

Je serai charmée, Monsieur, d'entendre l'ouvrage dont vous me faites Thonneur de me parler. Je ne doute pas qu'il ne soit aussi di^e du sujet qu'il peut l'être. Je vous prie de choisir votre jour et votre heure. Tous les jours me sont égaux, excepté vendredi, et l'heure de midi est celle que je préférerais, si vous n'y mettez point d'opposition.

J'ai l'honneur, etc.

H. DeS\UJON, COMTESSe DE BOUFFLESS.

(1) Actes de l'état civil de la commune d'Auteuil, aujourd'hui détruits; décès constaté par Pierre-Anloine-Louis Jebenol. officier de la Léf^ion d'honneur, maire d'Auteuil, sur la déclaration de Charles Bourset, 4a ans. coiffeur à Paris, rue Chariot, 18, et de Thomas-Elie Simon, 44 ans, nourrisseur à Auteuil.

(a) Dans ses Caraclères et Portraits.

(3) D'après Torigioal- Inédit. Commuoication de M. Guilloii.

et, dtDS Paru néme, rue des Troit-Bornes, rue coup que VeraiDeéiorii reaail de doon»' lésinai Pien«-Le*èe, au Gros-Caillou, rue Pierre-Assise, de la révolle 1 GergoTie, où de toutes parts lui rue des Siinls-Pères et i la Tombe-Issoire. arriTaient des secours. Jastemeot alarmé, il ac-

Au commencement del'anSSaTani Jésus-Christ, court, el. par aoe de ces maoïEnTrcs inrraisem- César, qui croyait la Gaule paciRée, passait le blables que sareot seuls eiéculer les graudscapireste de l'hiver i Lacques, quand il apprit toat i taincs, il franchit les CéTeimes, ccnTertei de sii

pieds de neige, stupéBe ses adversaires par sa promptitude, iocendie Orléans et Baurges, et pendant que, remontant la rive droite de rÀllier, il marche sur Gergorie, il donne Tordre à Labiénus, son plus habile lieutenant, d^aller avec quatre légious et la moitié de sa cavalerie punir les Parisiens de Tappui qu'ils avaient les premiers prêté à Vcrcingétorix.

Labiénus laissa ses bagages à Sens, suivit la rive gaucho de TYoune et de U Seine, franchit avec ses \ingt mille hommes quelques rivières de peu d'importance, le Loing, l'EcolIe, TEssonne, TOrge, et vers le soir du troisième jour de marche, il lut forcé de s'arrêter et de camper sur les bords des marais que formait alors la Bièvre à sa jonction avec la Seine.

Cependant, au bruit de son approche, les bannis, les outlaws, € les scélérats », comme César les appelle, les anciens compagnons dlndutiomare et d'Ambiorix, sortaient des bois et affluaient à Lutèce. Il eu vint du Mans, de Chartres, de Rouen, d*Evreax; il» furent bientôt près de cinquante mille et éliront pour chef le vieux Camulogèue, chargé de gloire et d'années.

Camologène comprit que le mont Lucotitius était le vrai rempart de Paris du côté de l'est. Au matin, Labiénus rit au delà du marais l'armée gauloise rangée sur la colline. Pendant une longue journée, il chercha à se frayer un passage à l'aide de claies, de fascines, de manteiets. Il dut s'avouer raincu, et, au milieu de la nuit, dans le plus grand silence, il fitrebousser chemin à ses troupes. Uuand le soleil se leva, Camulogène ne vit plus aucun ennemi dans la plaine d^Ivry et put croire un moment que Lutèce était sauvée.

C'était bien mal connaître Topiniâtreté romaine.

Labiénus revint rapidement à Melun, passa la Seine sur une cinquantaine de bateaux abandonnés là imprudemment par les habitants, et reprit son chemin vers Paris en descendant la Seine, — sur la rive droite cette fois, — les bateaux qu'il avait saisis le suivant au til de l'eau. U^elques fuyards de Melun apportèrent ces mauvaises nouvelles à Camulogène, qui, n'ayant plus le temps d'aller défendre le passage de la Marne à Charenton, n'hésita pas à incendier Lutèce, à couper le grand pont et le petit pont, et se tint sur la défensive, campant vers le Luxembourg, sa droite couverte par le mont Lucotitius et les marais.

Cependant Labiénus avait passé la Marne et était venu camper en face des ruines de F^utèce fumante. I^ fleuve séparait les deux armées.

Les préoccupations du général romain étaient extrêmes. On racontait que les Eduens avaient fait défection ; que César, obligé de lever le siège de Gergovie, errait sans vivres entre F Allier et la Loire, et que lui-même était menacé sur ses derrières par les Bellovaques, qui venaient au secours des Parisiens.

Plein de perplexité, il ne songea plus qu'à frapper un grand coup qui le dégageât, et à ramener ensuite son armée intacte à Sens.

Il convoqua à la nuit un conseil de guerre, distribua les cinquante bateaux qu'il avait amenés de Melun à autant de chevaliers romains, leur ordonna de descendre la rivière vers 9 heures du soir, de s'avancer dans le plus grand silence jus-

aa'à une distance de quatre milles et de l'y attendre. Il laisse pour (prder son camp, — situé vers le Chàtelet, — les cmq cohortes les moins propres à combattre, et commande aux cinq autres de la même légion de remonter la riTière à minuit en faisant beaucoup de fracas. Il envoie des nacelles dans la même direction à grand bruit de rames. Lui-même, peu d'instants après, part en silence avec les trois légions qui lui restent et se rend au lieu oh les chevaliers avaient conduit les bateaux, c'est-à-dire au bas d'Auteuil.

Il y arriva vers 2 heures du matin. Profitant de ces orages subits, si fréquents au mois de mai, il fait passer la Seine à son infanterie et à sa cavalerie ; les éclaireurs gaulois placés sur la rive opposée sont surpris et égorgés.

Malgré toutes les précautions de Labiénus, ses opérations en aval comme en amont, furent connues presque aussitôt dans le camp de Camulogène. Toute la nuit, des nouvelles confuses y arrivèrent : on entendait une rumeur extraordinaire dans le camp romain ; une troupe considérable remontait le fleuve ; une autre le descendait et cherchait à forcer le passage. Camulogène se persuade qu'une partie des Romains, effrayée de l'approche des Bello vaques, se prépare à la fuite ; que les autres vont passer le fleuve en trois endroits. Il divise aussi ses forces en trois corps (l) en laisse une partie à la garde du camp, charge une autre de surveiller les bateaux qui remontaient vers Corbeil ; quant à lui, avec le gros de ses troupes, il marche au-devant de Labiénus, dont l'armée s'était déployée dans la plaine de Grenelle.

La pluie avait cessé. La bataille s'engagea au soleil levant dans le vaste espace qui s'étend d'Issy au Luxembourg, de la Seine à Montrouge. Les trompettes retentissent. Les Gaulois répondent par leur cri : Terriben, cassez les tètes ! A l'aile droite, la septième légion les enfonce dès le premier choc et les met en fuite ; à l'aile gauche, quoique la douzième légion eût fait tomber sous ses traits les premiers rangs de Gaulois, ceux qui restent se défendent avec acharnement ; pas un ne pense à fuir. Au milieu d'eux Camulogène, qui semble avoir recouvré la vigueur de sa jeunesse, excite leur ardeur ; la victoire reste incertaine. Mais les tribuns de la septième légion, n'ayant plus d'ennemis devant eux et apprenant ce qui se passait à l'aile gauche, entraînent leurs soldats victorieux, viennent charger les Gaulois par derrière et en font un grand carnage. En ce moment suprême, pas un Parisien ne faillit, pas un ne quitta son poste ; tous furent enveloppés et périrent à leur rang. Camulogène tomba percé de coups au plus fort de la mêlée.

Les Parisiens surent sa défendre, mais ils ne savaient pas écrire; aussi n'avons-nous que le seul récit de César, et ce récit suggère bien des doutes.

Un fait reste certain, la mort héroïque de Camulogène ; mais les résultats de la prétendue victoire des Romains paraissent avoir été nuls.

(i) Combien de fois, depuis celle époque, nos géniraiix nnl-ils aussi, helas ! commis celle er* reur! (N. D. L. R.)

Les Parisiens perdirent si pea de inonde qn*ils furent en état, trois mois plus tard, d'euToyer un contingent assez considérable, huit mille hommes, an secours de Vercingétorix assiégé dans Alaise. Lutéce se releva promptement de se.^ rnines, puisque nous la Toyons florissante et l*une des soixante cités de la Gaule sous Auguste et sous Tibère.

Après la chute de Vercinsétorix, les Parisiens et leurs alliés les Sénonais turent les derniers à soutenir une lutte déiormais désespérée. C'est un Séoonaii, Drappès, < un brigand », selon César, oui rassembla jusqu'à cinq mille vaillants, reste de la grande guerre, et, traversant la Gaule de la Loire à la Dordogne, se jeta avec eux dans Uxellodunum. Il fut pris, et, plutôt que de servir au triomphe du vainqueur, il s'abstint de nourriture pendant plusieurs jours et se laissa mourir de faim.

Le doux César, maître de la ville, sachant bien que sa clémence était trop connue pour qu*on pût jamais attribuer un acte de rigueur à la cruauté de son caractère, fit grâce de la vie à tous ceux qui avaient pris les armes contre lui,... mais il leur fit couper les mains pour attester le châtiment réservé âde pareils pervers.

J'aimerais voir la statue deCamulogène dominer, du haut du pont Mirabeau, le champ de bataille où il est mort en défendant le berceau de Paris, et ou toutes les nations du monde viendront demain contempler les splendeurs de 1 Exposition de i900.

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