‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 207 sur 218 · CHARDON -LAGACHE · texte numérisé non relu

CHARDON -LAGACHE

Le Conseil municipal de Paris a décidé en 1894 sur une pétition des habitants d'Auteuil, que la partie de la rue du Point-du-Jour comprise entre régiise et la rue Jouvenet prendra le nom de rue Ckardon-Lagache, La dénomination nouvelleaura son origine sur les murs mêmes de la maison de retraite fondée par M. Chardon, figurera sur le mur de rétablissement deSainte-Périne et s'arrêtera à chacune des maisons qui forment, Tune, Tangle de la villa Molitor, Taulre, Tangle de la villa de la Kéuuion.

H est peu de personnes qui ne connaissent lu maison de retraite Chardon-Lagache, dont la grille d'entrée se profile si heureusement en pan coupé sur la place de l'église. Peut-être en est-il moins qui, tout en se souvenant du fondateur, l'aient bien connu ou sachent exactement le rôle qu'il a joué dans la commune d'Auteuil. La génération dont nous faisons partie est mal informée du caractère de l'homme et de son œuvre; aosii nous a-t-il semblé utile et juste, pour l'histoire de notre quartier et pour la mémoire d'un homme de bien, d'accueillir les renseignements qu'on a bien voulu nous fournir et que nous sommes allé puiser à la meilleure source.

€ M. Chardoa-Lagachc naquit, le 6 avril I80T,

dans la maison qui porte actuellement le n°4 de la rue d'Auteuil (ancienne rue Molière).

« Son père, M. Pierre Chardon, exerça la médecine à Auteail pendant un demi-siècle, avec tant de désintéressement qu'il ne laissa aucune fortune. On l'avait surnommé le médecin des pauvres. Sa digne femme le secondait dans ses inépuisables charités. Leurs deux fils durent se faire leur position eux-mêmes. L'alné succéda à son père commme docteur à Anlenil et y recueillit les mêmes sympathies.

< M. Chardon-Lagache, le plus jeune, entra de très bonne heure dan i le commerce. Après un travail opiniâtre de plus de quarante-cinq ans, il acquit une grande fortune. 11 passait la plus {grande partie de l'année dans sa belle propriété, sise an n"* 16 de la rue d'Auteuil (autrefois 26, rue Molière). Il s'y occupait sans relâche du bien du pays. Ses conseils, sa bourse étaient constamment au service de tous.

« En souvenir de ses parents il créa à Auteuil, en 1865, de concert a7ec sa femme et son fils, la maison de retraite qui porte son nom, destinée à abriter ceux qui, en dépit d'un long travail, n'ont pu réunir les ressources suffisantes pour vivre chez eux. Elle peut recevoir jusqu'à cent cinquante vieillards. M. Chardon-Lagache lui consacra son zèle et son dévouement jusqu'à sa mort, survenue en quelques heures le 12 juillet 1879, dans sa maison, 16, rue d'Auteuil.

€ Ce ne sont passes seuls titres à la reconnaissance des habitants d'Auteuil. Président du conseil de fabrique de la paroisse, il contribua puissamment à l'érection de la nouvelle église en secondant Mgr Lamazou de tous ses efforts et de s^ nombreuses démarches.

« Membre du Conseil général de l'Assistance publique et dts beaucoup d autres institutions charitables, il apportait à toutes ces œuvres un concours actif, intelligent et dévoué.

« Son fils, M. Alfred Chardon, après la mort de sa mère, continua de s'occuper, avec le m^me dévouement, de la maison de retraite. La mort l'enleva à l'aîection de tous le 17 novembre 1893. Par sa bonté inaltérable, sa modestie et sa parfaite affabilité, il avait su conquérir l'estime et la reconnaissance générales. »

II n'y a pas, hélas! que les hom^nes qui passent. Les choses mêmes qu'ils ont animées, réchauffées de lejr vie, sojvenirs vivants de leur passage, tendent à disparaître, et l'oubli des générations futures risquerait de monter lentement, si M. Chardon n'avait laissé, heureusement, des œuvres impérissables. Voici qu'après lui c'est le parc qu'il aima qui va périr, morcelé par le prolongement de la rue de Rémnsatetde la rue George-Sand. De giands arbres ont été abattus, notam;nent sur la belle terrasse en bordure de la rue Théophile-Gautier ; le lotissement est préparé, le tracé des prolongements indiq Je. la vieil Auteuil s'en va. Fixonsen quelques derniers traits.

Le vaste parc de M. Chardon-Lagache s'étendait jusqu'à la rue Théophile-Gautier et la rue George- Sand ; il prenait naissance derrière la maison située 16, rue d'Auteuil, qui domine le parc. Celte maison, nous l'espérous, sera conservée et gardera au moins comme jardin la partie de pelouse qui

encadre une charmante pièce d*eao. A It pointe de ce petit étang, sur une antre pelouse, près d'une ailée sablée, entre trois arbres séculaires dont les troncs, cachés sous le lierre, formaient berceau, était une petite statue d'Orphée. Nous ne parlerons pas du magnifique potager, des serres, dans l'une desquelles on remarquait une cascade, et nous irons tout de suite aux ruines entrevues dans un massif, près de la rue des Perchamps. Ce sont les restes de la rieille église d'Auteuil.

Des pierres provenant de réalise ont été réunies avec soin, placées sans joints les unes sur les autres et disposées en hémicycle ; l'ensemble s'abaisse aux deux extrémités. A droite, reposent les anciens fonts baptismaux, desquels s'élance une gerbe de fleurs. A gauche, un banc de l'ancien porche ; sur ce banc, un des clochetons des contreforts du chevet. Au centre, on a rétabli en maçonnerie la niche en façade de la vieille église, dans laquelle la Vierge apparaissait aux habitants. Cette Vierge y flgurait encore la veille ; elle venait d'être enlevée, ainsi qu'Orphée, et transportée rue de Berry, i9, dans la propriété du marquis de Casa-Riéra, acquéreur du parc de M. Chardon. Au-des3us, dominant l'ensemble des ruines, une petite croix de fer, provenant de l'ancien caveau de M. Chardon-Lagache père. Sur le tout, le lierre avec les années avait jeté son manteau de verdure.

Ainsi le temps, qui adoucit les regrets sans les effacer, avait poétisé sous un voile naturel les ruines de la vieille éf^Use et la dernière pensée que lui donna un de ses bienfaiteurs. Le tableau évoM(|uait, inséparables l'un de l'autre, le souvenir du Vieux sanctuaire et celui de son premier fabricien.

Le silence s'est étendu sur eux, et l'on se prend à songer qu'ils auraient dû être réunis dans la mort, que les vieilles pierres de la maison de Dieu eussent été le digne tombeau de son charitable et bienfaisant serviteur. C'est avec un sentiment de respect ému que, M. F. de l'Eglise etmoi, nous avons salué ces débris muets, et pourtant si parlants, pendant que les feuilles frissonnaient aux premières brises et miroitaient au soleil de mars.

Que deviendront ces ruines, le jour où ce coin de terre sera vendu ou nivelé ?... — On souhaiterait de les voir reprises pierre par pierre et reconstituées, avec les bons soins de notre collègue, M. le curé Depontaillier, dans le jardin du presbytère (i). Ou bien notreancien collègue, M. 1 abbé Pourtié, aumOnier de h maison Chardon-Lagache, ne pourrait- il pas transporter ces ruines daos le jardin de l'établissement ?. . .

Nous ouvrons le concours entre ces messieurs ; la Société, les habitants d'Auteuil pourront les aider. Nous faisons appel à leur émulation, qui ne saurait s'employer à un plus digne objet. Qu'elles fussent au presbytère on à la maison Chardon-La-

Sache, ces vénérables ruines seraient enfin assurées e la stabilité et de l'immortalité.

(i) On sait que ce vœu a été exauce (V. p. ^6a).

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