SOCIÉTÉ DES TERRAINS DE LA PLAINE DE PASSY
à Mme Brossard dlnval. La rue Saint-Ange a été dénommée rue Le Sueur par le décret du 24 août 18G4, en l'honneur du compositeur de musique Jean- François Le Sueur (17(>0-18!$7), qui obtint au concours, en 1786, la maîtrise de Notre Dame de Paris et fit représenter à l'Opéra, en 1804, la tragédie lyrique intitulée Ossian ou les Bardes ; Napoléon lui fit remettre, par le général Duroc, la croix de chevalier de la Légion d'honneur et une tabatière d'or avec cette inscription : « L'Empereur des Français à Fauteur des Bardes (1). »
La maison n** 6 de la rue Le Sueur a été habitée, en 1871-1873, par le général Chanzy ; c'est de là qu'il partit, en juin 1873, pour aller occuper le poste de gouverneur général de l'Algérie. La maison n° 7 a été occupée par Tarchitecte Léon Vaudoyer, en 1864-1874.
Le rond-point de Lcngchamp a d'abord été un carrefour irrégulier, formé par le croisement des chemins de Longchamp, des Sablons, des Belles- Feuilles et de la Croix (rue Decamps) ; sa forme actuelle, avec rayon de 25 mètres, lui a été donnée en iH^o parla Société des terrains de la plaine de Passy ; il tire son nom de la rue qui le traverse ; ses alignements ont été maintenus par l'arrêté préfectoral du 16 février 1856. Le pavage en bois y a été établi en 1898.
Le développement des constructions a été favorisé par rétablissement de trois routes, dont la construction a été commencée à la même époque, vers 1825 ou 1826, et qu'on appelle aujourd'hui l'avenue Victor-Hugo, l'avenue Malakofl et l'avenue Bugeaud.
L'arrêté préfectoral du 9 mars 1826 autorisa la Société des terrains de la plaine de Passy à ouvrir une nouvelle communication entre Paris et Saint- Cloud, reliant, par une ligne droite, la place de l'Étoile aux abords de la porte de la Muette. La Société fit ouvrir, avec une largeur de 23",30, cette route, qui est devenue l'avenue Victor-Hugo, et qui s'appela d'abord « avenue Charles-X », du nom du roi régnant. Quand Charles X suivit, pour la première fois, cette route, le 22 mai 1826, en se rendant de Paris à Saint-Cloud, ii adressa une allocution (2) aux conseillers municipaux et habitants de Passy. Après la Révolution de 1830, on appela cette voie « avenue de Saint- Cloud », parce qu'elle permet d'aller de Paris à Saint-Cloud en traversant le bois de Boulogne. Le raccordement de cette avenue avec la grande route n* 13 de Paris à Cherbourg (avenue de la Grande-Armée) fut terminé en 1829.
Après avoir achevé le cailloutis des trois avenues : celle de Saint-Cloud (Victor-Hugo), celle de Saint-Denis (Malakoff) et l'avenue Dauphine (Bugeaud), la Société des terrains de la plaine de Passy demanda que la commune fût chargée de l'entretien de ces chaussées. Mais le conseil municipal de Passy déclara, par délibération du 27 août 1833, que l'échange relatif aux routes et chemins de la plaine de Passy ne devrait être approuvé qu'après que la Société, propriétaire de ce quartier, se serait engagée à continuer l'entretien de ces routes et chemins, savoir : 1° des avenues de Saint-Cloud et de Saint-Denis, tant qu'elles ne seraient pas reconnues roules départe-
(i) Le nom de Le Sueur avait <^té précédemment illustré par le peintre Eu^^tache Le Sueur (i6i6-i655), qui a peint la vie de saintBruno, en 22 tableaux, pour le couvent des Chartreux, la vie de saint Martin et celle de saint Benoit.
(2) Voir aux annexes (p. 416) une citation des Chroniques de Passy, par QmUcU donnant un extrait d'un discours de Charles X.
mentales; 4" et des autres routes et chemins, jusqu'à ce que la commune puisse trouver, dans Taccroissement de population de ce quartier, des avantages qui en balancent les charges.
En raison de ces litiges, l'entretien de Tavenue de Saint-Cloud était fort négligé ; à son croisement avec la rue de Longchamp, cette avenue était souvent sillonnée de profondes ornières, provenant de la circulation des voitures de cawiers. L'ordonnance royale du o septembre 1839 remédia à cette situation en classant l'avenue de Saint-Cloud comme route départementale n** 04 de Paris à Saint-Cloud par la plaine de Passy. Ce classement, qui était sollicité depuis 182(> par la commune, mettait l'entretien de la chaussée à la charge du département de la Seine. Cependant, il laissait encore à désirer, car, dans sa délibération du 1**^ février 1844, le conseil municipal de Passy demande qu'on répare le cailloutis, dont il signale le mauvais état, qu'on rétablisse la circulation, alors interrompue depuis le chemin de grande communication (rue de la Pompe) jusqu'à la porte du bois de Boulogne, qu'un trottoir soit construit au rond point et que la circulation des voitures non suspendues soit interdite sur la route départementale.
Le décret du 2 mars 1804 a donné à l'avenue de Saint-Cloud le nom d' « avenue d'Eylau » (1), en mémoire de la victoire remportée le 7 février 1807 sur les armées russes et prussiennes. Lors du percement de l'avenue de l'Empereur, Textrémité de l'avenue d'Eylau (Victor-Hugo), qui se terminait précédemment à la porte de la Muette, a été incorporée dans l'avenue de l'Empereur (avenue Henri Martin).
La dénomination actuelle de l'avenue Victor-Hugo lui a été donnée par arrêté du 2 mai 1881 pour la partie de l'avenue d'Eylau comprise entre le rond-point et l'avenue Henri-Martin, et par arrêté du 9 décembre 1885 pour la partie comprise entre le rond-point et la place de l'Étoile, en Thonoeur de l'illustre poète Victor Hugo (1802-1885), dont l'hôtel, qu'il a habité depuis 1878 jusqu'à sa mort, porte actuellement le n" 124. Son acte de décès, dressé par M. Marmottan, maire du XVP arrondissement, sur la déclaration de Léopold- Armand comte Hugo, son neveu, et du député Lockroy, son ami, porte que Viclor-Marie Hugo, membre de l'Académie frauçaise, sénateur de la Seine, né à Besançon, fils du général Joseph-Léopold-SigisbertHugo, veuf de Adèle- Julie Foucher, est mort en son domicile, avenue Viclor-Hugo, 50, le 22 mai 1885, à Tàge de quatre-vingt-trois ans.
Le Supplément du Petit Journal {{'-'^ mars 1885) contient un article sur Victor Hugo (2).
Le dimanche 27 février 1881, eut lieu, devant la maison de Viclor Hugo, à l'occasion de son entrée dans sa quatre-viugtième année (on sait qu'il était né en 1802) une manifestation de nombreuses délégations, qui ont défilé devant l'hôtel habité par le grand poète, pour lui offrir des fleurs et des couronnes (3).
(i) Ce nom d'Kylau a tHé maintenu pour la viUa cTEylaUy voie privée de 65 mètres de longueur, située avenue Victor-llup^o, l^'i.
(2) Voir Bulletin de la Sociélé historique d'Auleuil et de Passy, t. IV, pp. io4 et suiv.
(3; La première délégation introduite dans la maison du poète était une députation de petits garçons et de petites filles, précédée d'une bannière bleue et rose sur laquelle on lisait : « L'art d'être gr.ind-père. »
La famille Lockroy a dans son hôtel, qui porte actuellement le n" i^o de l'avenue Victor-Hugo, reconstitué la salle à manger et le salon, tels qu'ils existaient dans la maison habitée par Victor-Hugo au n" i2ij (ancien 5o) et avec les ménaes ni^ubles,