AVENUE VICTOR-HUGO 9I
On remarquera que le nom de Victor Hugo a été donné, de son vivant, à l'avenue qu'il habitait, ce qui constitue une distinction tout à fait exceplionuelle.
Sur la partie de Tavenue comprise entre la place de l'Étoile et le rondpoint, se trouvait une butte formant une montée et une descente très préjudiciables à la circulation. Pour faire disparaître cette butte, la Ville a commencé par opérer rabaissement partiel de l'avenue du côté des numéros pairs, où les habitations étaient alors psu nombreuses; le règlement des indemnités dues aux propriétaires de ces maisons, qui devaient se mettre au niveau de la nouvelle chaussée, s'opéra aisément. Mais on laissa, au contraire, subsister provisoirement, à l'ancien niveau, une rue haute de l'autre côté de Tavenue, qui présentait une suite presque continue de maisons relativement anciennes et généralement assez médiocres. Cette rue parallèle, d*une largeur d'environ 8 mètres, atteignait, en son point culminant, 7 à 8 mètres de surélévation au-dessus du sol de l'avenue rectifiée (avec laquelle elle communiquait par plusieurs escaliers) et se prolongeait vers Passy, jusqu'au point où son niveau se confondait avec celui de Tavenue rectifiée.
Les maisons des numéros impairs se trouvaient ainsi dans une situation piécaire et fâcheuse, à laquelle il a été remédié de la manière suivante: la Ville a repris, en 1873, le long des numéros impairs, les travaux d'abaissement des chaussées hautes, qui avaient été commencés (1) en 1865 ; elle les a presque achevés de 1888 à 1892 ; ils ont été faits par tronçons successifs, au fur et à mesure de l'avancement des constructions, et ont donné lieu à une dépense de 1.468.121 francs. Ils ont été terminés (2) en 1899; l'avenue est aujourd'hui bordée de maisons neuves,'des deux côtés, la régularisation de la pente de l'avenue Victor-Hugo y facilite le passage des voitures, qui sont fort nombreuses, suitout les jours de courses d'Auteuil, et permet d'apercevoir de l'avenue Henri-Martin l'arc de triomphe, placé à 1.800 mètres de distance.
En 1898 et 1899, le pavage en pierre do l'avenue a été converti en pavage en bois, entre la place Victor-Hugo et la rue de Longchamp.
Le n"" 6 de l'avenue était habité pendant l'été par Augustine Brohan, sociétaire du Théâtre-Français, en 1855-1860; et le n° 28 par le docteur Andral, en 1856-1858. L'hôtel du ministre de Venezuela se trouve au n** 15 de Tavenue Victor-Hugo.
Le philosophe Strada, poète et peintre, auteur de r Epopée humaine^ est mort en 1902, en l'hôtel qu'il occupait entre l'avenue Victor-Hugo et l'avenue Henri-Martin et où il avait installé un musée ; il a légué ses œuvres à la France.
Le rond-point ou place Victor-Hugo^ dont les alignements ont été fixés par ordonnance royale du 7 mai 18i0, occupe un cercle de 100 mètres de diamètre. Cette place a été créée en 1825 ou 1826 par la Société des terrains de la plaine de Passy ; elle s'est appelée d'abord « rond-point Charles-X », en 1830 » rond-point de Saint-Cloud », puis « rond-point des Bassins », » rond-
(i) A Ta venue Victor-Hugo, les travaux de i865 ont élé dirigi'^s par M. l'ingénieur Darcel et M. le conducteur Selheimer; ceux de 1878, par M. l'ingc^nieur Rousseau et M. le conducteur Léon ; ceux de 1888 à 1892, par M. l'ingénieur Babinet et M. le conducteur Lepellier.
(2) Sous la direction de M. l'inspecteur général Boreux, de M. l'ing^énieur Prêt el de M. le conducteur C|ievallier.
92 HISTOIRE DU XVl' ARRONDISSEMENT
point de la Plaine »,et ensuite place de l'Hippodrome ». Elle a reçu le nom de « place d'Eylau « par arrêté du 19 août 1864, et celui de « place Victor-Hugo » par arrêté du 9 décembre 1885. Elle a été plantée et remise en bon état, en 1865, moyennant une dépense de 32.000 francs.
Le conseil d'administration de la Société des terrains de Passy décida, en 1837, la construction d'un bassin-fontaine pour décorer la partie centrale de cette place, qui portait alors le nom de « rond point de la Plaine >>. Un contrat fut passé, à cet effet, avec la compagnie des eaux d'Auteuil, et l'architecte Heudebert fut chargé de diriger les travaux, qui furent immédiatement entrepris et bientôt terminés. Le bassin était en pierre, avait âO mètres de diamètre et renfermait un second bassin concentrique, également en pierre, au milieu duquel s'élevait un socle octogone en fonte, supportant deux vasques superposées de même métal (1); Teau s'échappait du sommet de l'édicule et retombait en cascade dans le bassin (V. p. 93).
La fontaine fut ensuite supprimée, les deux bassinç ayant été remplis de terre et garnis d'arbustes et de fleurs.
On a inauguré le 26 février 1902, pour le centenaire de Victor Hugo, le monument (2) élevé au grand poète par le sculpteur Barrias. La cérémonie était présidée par M. Loubet, président de la République, ayant à sa droite M. Dausset, président du conseil municipal, et, à sa gauche, M. de Selves, préfet de la Seine. Les membres de la famille de Victor Hugo avaient été placés dans une tribune spéciale. Des discours ont été prononcés par M. Paul Meurice, président du comité du monument, par M. Dausset et par M. de Selves (3).
Une station du chemin de fer métropolitain (ligne de l'Étoile à la porte Dauphine)est établie sous la place Victor Hugo, au débouché de l'avenue Malakofl.
Un hôtel bâti à la place Victor-Hugo, entre la rue Boissière et l'avenue Malakofl, a été occupé pendant plusieurs années par l'ambassade de Chine (4).
Le premier hippodrome fut ouvert, le 4 juillet 1845, au rond-point de l'Étoile; les travaux exécutés pendant les premières années du second Empire, pour l'embellissement de celte place et de ses abords, obligèrent M. Arnaud, directeur de cet hippodrome, à le déplacer; il le transporta sur un terrain domanial, avec entrée sur la place aujourd'hui nommée place Victor-Hugo, près l'aboutissement de l'avenue Bugeaud; on dépensa plus de 250.000 francs pour l'installation de ce théâtre (5), qui a peu duré.
(i) Ces indications ont été communiquées A la Société historique d'Auteuil et de Passy par M. de Forges de Montagnac.
(2) Victor Hugo y est représenté assis sur un rocher. Quatre figures sont disposées audessous de lui : à sa droite, la Poésie dramatique; h sa gauche, Ja Poésie lyrique, figure ailée qui lui ofi're une lyre ; derrière, l'Epopée, sonnant de la trompette, plane au-dessus d'un trophée d'armes et de drapeaux, ayant assise à côté d'elle la Poésie satirique, qui tient un fouet et montre du geste le Poète justicier. Les quatre faces du piédestal sont décorées de bas-reliefs en bronze, rappelant quelques-unes des grandes œuvres de Victor Hugo. — V. Bull, delà Soc. /i/«/., numéro consacré à Victor Hugo.
(3) L'œuvre de Barrias a coûté i5o 000 francs. Le président du comité du monument était Paul Meurice, le vice-président Emile Augier, les membres Donnât, Anatole de la Forge et Auguste Vitu.
(4) Cet hôtel avait un mur de clôture à créneaux, avec tourelles aux angles (V. p. 93).
(5) Le conseil municipal de Passy avait consenti A remplacer pour cet hippodrome, en 1846, la taxe des pauvres par une annuité fixe de 6.000 francs ; elle fut réduite à 3.ooo francs en 1848 et fixée, en 1849, à 3 p. 100 de la recette brute pour les deux cents premiers mille francs de recelte, et â 5 p. 100 sur l'excédent.
EGLISE SAINT-HONORÉ-DKYI^U ç/S
Uéglise Sainl-Honoré-d'Eylau, qui n'était d'abord qu'uue chapelle succursale de la paroisse de Passy^a sapriacipale entrée sur la place Victor- Hugo; elle est établie entre la rue Mesuîl et l'avenue Victor-Hugo. La délibératioD du conseil municipal de Passy du 10 novembre 1H.'U porte que le développement acquis récemment par le quartier de la Plaine a fait reconnaître la
nécessité d'y élever une chapelle; elle autorisa l'achat, ù raison de l'i fr. 131e mèlre carré, du terrain nécessaire à l'établissement d'une chapelle au ruudpoÎDt de la Plaine. Le conseil de fabrique s'était engagé, le H août 1832, à payer le mobilier de la chnpelle (la dépense initiale pour es mobilier a éle de 5.i(M) francs). Par acte du 10 décembre IS">^, le maire de Pa^sy acheta, au
prix de 17.947 francs, les terrains nécessaires pour permettre Térection, au rond-point, d*une chapelle de secours et d'écoles. Le décret du 31 mai 1854 autorisa la commune de Passy à contracter, pour faire face aux frais de construction de ces bâtiments, un emprunt de 100.000 francs, remboursable en cinq ans, et à s'imposer, pendant cinq ans, âO centimes additionnels. En outre, rÉtat fournissait une subvention de 2.000 francs et le département des fonds de concours s'élevant à 1.000 francs. La dépense de première construction, pour la chapelle et les écoles, s'est élevée à 1 19.304 francs, y compris rachat des terrains, mais non compris les intérêts de lemprunt. Les travaux furent exécutés de 1K53 à 1856, sous la direction de M. Tarchitecte Debressenne.
La chapelle fut consacrée, le 25 mars 1857, sous le vocable de chapelle du Sacré-Cœur, par M. Tabbé Locatelli, alors curé de Passy, qui y installa M. Tabbé Dorveau comme vicaire.
Par décret du 15 août 1862 et par ordonnance archiépiscopale du 27 du même mois, la chapelle fut érigée en église sous le vocable de Saint-Honoré et avec la délimitation de paroisse qui existe encore aujourd'hui. Elle fut inaugurée, le l*"^ septembre 1862, par Mgr le cardinal Morlot, archevêque de Paris. L'édifice était devenu la propriété de la Ville de Paris, en vertu de l'article 9 de la loi d'annexion du 16 juin 1859.
Cette église fut pillée le 15 avril 1871, par un détachement du 42*" bataillon des fédérés de la Commune, et le presbytère fut alors transformé, pendant quelques jours, en caserne.
En 1883 et 1884, des travaux d'amélioration, consistant en agrandissement de la nef et adjonction d'annexés, ont été exécutés sous la direction de MM. les architectes Rousseau et Train; l'église, dont le curé était alors Monsignor Slsson,fut bénie par Mgr Guibert, archevêque de Paris, le 10 février 1884, en présence du duc de Nemours.
Malgré ces agrandissements, l'église Saint-Honoré-d'Eylau (1) était insuffisante pour les besoins d'une population de plus de 30.000 âmes. Aussi M. l'abbé Marbeau, curé de cette paroisse, fit-il construire dans le voisinage de l'église, au n" 66 de l'avenue Malakofl, une vaste chapelle dont les bâtiments ont été exécutés de 1896 à 1897, par M. Paul Marbeau, et qui est connue sous le titre de Notre-Dame de la Cité paroissiale. Elle est, en effet, comme le centre d'une cité comprenant, avec la crypte et les annexes, sur divers points de la paroisse, chapelle des catéchismes, salle pour les œuvres, écoles libres, patronages, ouvroir, crèche, école maternelle, asile de vieillards, fourneau populaire, etc. Cette chapelle, qui a 60 mètres de longueur sur 27 mètres de largeur, est surtout remarquable par les dispositions pratiques et utilitaires de sa construction et de son agencement : à l'intérieur, l'emploi du fer a permis de diminuer l'épaisseur des colonnes, de sorte que les fidèles peuvent de tous les points voir les cérémonies liturgiques ; les cinq nefs peuvent, selon les besoins, constituer des centres séparés ou n'en former qu'un seul.
L'avenue Malako/f se nommait précédemment « avenue de Saint-Denis »; la plus grande partie de cette avenue a été ouverte en 1826, avec une largeur de 23"', 30, par la Société des terrains de la plaine de Passy ; le surplus, du côté
(i) dette (église ira qu'une nef terminée ]>ai* un chœur et doux chapelles latérales formant transept.
AVENUE BUGEAUD qS
de la porte de Neuilly, fut exécuté peu de temps après. Elle établissait une communication entre Passy et Saint-Denis, par la roule de la Révolte ; elle fut classée comme route départementale n"" 9 par l'ordonnance royale du 28 août 184().
Elle a reçu, par décret du 24 août 1861, son nom actuel, qu'elle doit à la prise du bastion Malakofî par larméa française placée sous les ordres du maréchal Pélissier; ce fait d'armes décida de la prise de Sébastopol, le , 8 septembre 1855. Aimable-Jean-Jacques Pélissier, né en 179i, capitaine dans la garde royale en 1827, chef d'escadrons à la prise d'Alger en 1830, colonel en 1843, commandait Taile gauche à la bataille dlsly, fut nommé maréchal de camp en 1846, général de division et gouverneur général de TAlgérie en 1850 et commandant en chef de l'armée d'Orient en 1855. La prise de Sébastopol lui valut le bâton de maréchal de France, le titre de duc de Malakoil et une dotation de 100.000 fraocs.
Les travaux d'abaissement et d'achèvement (1) de cette avenue ont été exécutés, pour la partie voisine du Trocadéro, en 1877-1878, et pour le sur* plus en 1888 et 1889.
L'avenue Malakofl a été pourvue, en 1897, de trottoirs réglementaires entre la place Victor-Hugo et l'avenue du Bois-de-Boulogne; des becs à incandescence y ont été installés en janvier 1900.
Le baron de Pontaiba, qui avait été page de Napoléon I" et aide de camp du maréchal Ney, a demeuré au n** 38 de l'avenue de Saint-Denis. La maison construite au n** 81 de l'avenue par M. l'architecte Le Voisvenel a été primée par la Ville de Paris au concours de façades de 1900.
La partie de Yaveniie Bugeaud comprise entre la place Victor-Hugo et la rue Spontini a été ouverte en 1826, avec une largeur de 15 mètres; la seconde partie, qui s'étendait autrefois jusqu'au bois de Boulogne, fut percée peu de temps après, sur les terrains du parc de la Faisanderie. La nouvelle voie reçut le nom d' « avenue Dauphine », en l'honneur de la duchesse d'Angoulême, dauphine de France. La seconde partie de cette avenue a été remaniée lors du percement de l'avenue du Bois-de-Boulogne.
Le décret du 24 août 1864 a donné à l'avenue Dauphine sa dénomination actuelle, en l'honneur de Thomas-Robert Bugeaud de la Piconnerie, duc d'Isly (1784-1849), qui s'engagea dans les vélites en 1804, au camp de Boulogne, fit les campagnes du premier Empire, se retira dans son pays (Dordogne), à Exideuil, pendant la Restauration, fut nommé maréchal de camp et élu député i réprima à Paris, en 1832 et 1834, les insurrections républicaines, gagna sur les Marocains la bataille d'Isly, ce qui lui valut le titre de duc, et eut un r<^le prépondérant dans la conquête et la colonisation de l'Algérie, dont il fut gouverneur général. Il était très aimé des soldats et favorisait l'agriculture; sa devise : Ense et arairo^ explique les efforts de toute sa vie.
Le pavage en bois a été établi, en 1899, sur la partie de l'avenue Bugeaud
(i) Les travaux de 1877-1878 ont Hé exécutés, à l'avenue MalakofT, sous la direction de M. l'insçénieur Barlet el de M. le conducteur Léon; ceux de 1888-1889, sous ladireclion de M. l'ingénieur Babinet et de M. \v conducteur Lepeltier.
La voie sous-niinée a été consolidée sur une longueur de 33a mètres, entre la place du Trocadéro et la rue Saint-Didier. La distance du sol au ciel de la carrière est de i6«,2.5 devant le no 5, de 19™ ,54 au puits de service à Tangle de la rue de Longchamp, el de 2i™,5o à langle de la rue Saint-Didier. La hauteur des galeries d'exploitation est de i"»,go au premier point, de in»,55 au second et de i"*,75 au troisième.
comprise entre les rues Sponlinl et de la Faisanderie. Le chemin de fer métropolitain passe sous Tavenue Bugeaud, où se trouve une de ses stations terminus, celle de la porte bauphine.
La rue Laiirision (1) a été établie, en iH±{\, par la Société des terrains de la plaine de Passy, sur l'emplacement du chemin du Bel-Air (ancien chemin de Versailles, allant du chemin de Longchamp à la barrière de rÉtoile),qui avait en 1825 une largeur moyenne de 7 mètres. Celte nouvelle rue, ouverte avec une largeur de 9*", 75, s'appela « rueNeuve-duBel-Air », puis « rue du Bel-Air» et « rue des Peupliers ». Le décret du 24 août 1864 a donné à cette rue sa dénomination actuelle, en l'honneur de lacques Alexandre-Bernard Law, marquis de Lauriston (1768-1828), petit-fils du financier Law (2). Il entra, en 17.84, à l'École militaire, où il se lia avec Bonaparte; nommé lieutenant en 1785 et capitaine en 1791, il refusa d'émigrer et fut chef de brigade dans l'artillerie à cheval en 1795; aide de camp du premier consul, il fut nommé général en 18(X) et porta à Londres la ratification du traité d'Amiens. Général de division en 1804, commandant de l'artillerie de la garde à la bataille de Wagram, il dirigea l'arrière-garde de l'armée française pendant la retraite de Russie, fut fait prisonnier à la bataille de Leipsick et rentra en France à la paix. Il fut nommé parle roi Louis XVIII pair de France et capitaine des mousquetaires gris en 1815, ministre de la maison du roi en 182(), maréchal de France en 1823. Le maréchal de Lauriston était un des principaux actionnaires de la Société des terrains de la plaine de Passy.
En 1848, on exécuta des travaux de remise en état de viabilité de la rue du Bel-Air (Lauriston), entre la rue de Longchamp et la rue Boissière, pour occuper les ouvriers sans travail.
La rue du Dôme, qui a une largeur d'environ 9'",85, a été ouverte en 1823, coir.me voie privée, sur les terrains delà Pelouse; elle a été classée comme voie publique par l'arrêté préfectoral du 3 octobre 1855 et elle communique par un escalier avec l'avenue Victor-Hugo. Son nom parait dû à ce qu'elle se trouve dans une situation culminante d'où on peut voirie dôme des Invalides. La rue Cimarosa a été ouverte à 8 mètres de largeur, en 1825, et fut nommée, à cette époque, « rue Saint-André », prénom d'un des actionnaires de la Société des terrains de la plaine de Passy. La délibération municipale du 24 août 185f> a crédité les travaux nécessaires pour remettre en bon état de viabilité cette rue, dont la largeur a été portée à 12 mètres, par arrêté préfectoral du 18 juin 1866. Sa dénomination actuelle lui a été donnée par le décret du 24 août 1864, en l'honneur de Dominique Cimarosa (1754-1801), qui a composé plus de 120 opéras italiens, sérieux ou bouflons, parmi lesquels on peut citer : le Directeur dans rembarras (Imprésario in anguslie) et le Mariage secret {Il Malrimonio segreto). Un médaillon, qui reproduit les traits de ('.imarosa et qui rappelle les dates de sa naissance et de sa mort, a été placé dans la façade de la maison située à l'angle de la rue de ce nom et de l'avenue Kléber.
La rue Copernic, qui va de l'avenue Kléber à la place Victor-Hugo, a été ouverte, en 1825, avec une largeur de 12 mètres ; elle prit le nom de « rue
fi) Dr 1887 à 1S89, le sol a <H(^ consolide^ sur une longueur de 117 mètres, entre les n«* 117 et r27: devant le n" 116, la dislance du sol au ciel de la carrière csl de ii",K> et la hauteur de la j^alerie de r)»",rK).
(•2) Voir aux annexes (p. /|i7. l'article inlilulé : «. La fille de Law au rond-point de rÉloilc ».
RUE PAUQL'ET 97
des Bassins », parce que les bassins et réservoirs, qui servent à ralimentation d*eau de la ville, sont établis le long de cette rue. Celle qui avait reçu également, dans le XVI° arrondissement, le nom de rue des Bassins et qui porte, depuis le 8 août 1895, le nom de « rue Auguste Vncquerie », se trouve dans le voisinage, mais sur un autre emplacement : entre la rue Newton et la rue Dumont-d'Urville.
La dénomination de rue Copernic a été donnée par le décret du 24 août 1864, en Thonneur de Copernic (1473-1543), mathématicien et astronome, auteur de la théorie du système planétaire; il publia son ouvrage sur ce système à Nuremberg, en 1543.
Le pavillon de Tingénieur en chef du service technique des eaux et de lassainissement de la ville de Paris a été établi en 1901 au n*" 34 de la rue Copernic, dans les dépendances du nouveau bassin des grands réservoirs de Passy.
La rue de Villejust a été ouverte, en 1825, sur des terrains dont la plus grande partie avait été cédée à la Société des terrains de la plaine de Passy, par M. l'avocat Pauquet de Villejust (mort à Paris en 1839). Elle s'étendait d'abord de la rue du Bel-Air (Lauriston) à l'avenue de Saint- Denis (Malakofl) ; le percement de la section de la rue de Villejust située entre Tavenue Kléber et la rue Lauriston a été déclaré d'utilité publique, par décret du 20 juillet 1877.
Cette rue a été coupée en deux parties par le percement de Tavenue du Bois-de-Boulogne, et le décret du 10 août 1868 a donné le nom de rue Piccinni à la partie comprise entre cette avenue du Bois-de-Boulogne et l'avenue MalakoQ, en Thonneur du compositeur italien Nicolas-Marcellin-Antoine- Jacques Piccinni (1728-1800), qui habita Passy, et dont la pierre tombale se trouvait à Tancien cimetière de Passy, rue Lekain. II fut appelé en France, en 1776, par Marie- Antoinette, pour lui donner des leçons de musique ; il fit représenter plus de cent opéras dont Marmontel était souvent le parolier; il fut le rival de Gluck : la querelle des piccinnistes et des glûckistes fit beaucoup de bruit au xviii' siècle.
A répoque où la rue Piccinni faisait partie de la rue de Villejust, les alignements y furent réglés' par l'arrêté préfectoral du 3 octobre 1855, qui maintint une moindre largeur de 10 mètres.
La rue Pauquet se divise, au point de vue de son histoire, en deux parties : la plus ancienne est celle qui est comprise entre la rue Dumont-d'Urville et l'avenue Kléber; elle fut ouverte en 1825, avec une largeur de 12 mètres, et doit son nom à M. Tavocat Pauquet de Villejust, qui avait coopéré à la création de celte rue Pauquet et de la rue de Villejust. La première rue Pauquet s'étendait originairement jusqu'à la rue de Lauriston ; mais, lorsque le boulevard de Passy fut rectiHé et devint Tavenue Kléber, la seclion comprise entre l'avenue Kléber et la rue Lauriston fut supprimée, et le surplus de la rue Pauquet fut élargi.
La partie de la rue Pauquet comprise entre les rues de Chaillot et Dumont-d'Urville fut ouverte à 12 mètres de largeur, suivant l'ordonnance 1 royale du 18 mars 1836, sur des terrains appartenant à MM. Dumouslier, Laurent et Grassal (1) ; elle prit le nom de « rue Pauquet-de-Villejust ».
(1) Voir aux annexes (p. 417) les règlements de voirie limitant à 12 mètres la liauteur (Jei> mai^ions (rues Pauquet, Newton et de^ Bassins).
gS illSTOIBE bu XVI° AI«ll(«niSSEMIî\t
■ L'arrêté préfectoral du 2 avril 1808 a réuni la rue Pauquel-de-Villejust et la rue Pauquet sous celte dernière déQomiDation.
Emile de Giràrdin, publiciste, habita la maisou a" 38, ea I8tii-I870. Ra-
navalo, ex-reine de Madagascar, fut logée rue Pauquet par le gouvernement français, en juta 19)11.
La rue des lîelles-FeiiiUes va du rond-point de Longchamp à l'avenue Bugeaud ; ce nom ne s'est appliqué d'abord qu'à la partie comprise entre le rond-point de Longchamp et l'avenue Victor-Hugo: la section comprise
RUE SAINT- DIDIER Çfij
entre l'avenue Victor-Hugo et Tavenue Bugeaud a porté, pendant longtemps, le nom de « rue des Biches ». L'arrêté préfectoral du 2 avril 1868 a réuni, sous le nom de rue des Belles-Feuilles, ces deux rues, qui ont été ouvertes vers 1825, avec une largeur de 10 mètres, sur des terrains de la plaine de Passy, à travers les lieux dits « les Belles-Feuilles » et « les Biches ». Le pavage en bois a été établi en 1899, entre l'avenue Victor-Hugo et les n«' 17, 19.
La fondaiion Thiersy destinée à faciliter les études, à Paris, de quelques jeunes gens possédant une instruction supérieure, se trouve à Tangle de la rue des Belles-Feuilles et de l'avenue Bugeaud. Dans les derniers jours de sa douloureuse maladie, Mme Thiers appela auprès d'elle sa sœur, Mlle Dosne, et M. Mignet. Elle leur exprima le désir que sa fortune, dont elle laissait la jouissance à sa sœur, fût, après celle-ci, employée à la fondation d'une école qui serait destinée à rappeler le souvenir des grands travaux de M. Thiers et où des jeunes gens, déjà distingués par leur savoir et leur esprit, seraient admis pour compléter leur instruction et se perfectionner dans rétude des hautes sciences, de la philosophie et de l'histoire. La date fixée par iVlme Thiers pour l'accomplissement de son désir a été devancée par Mlle Dosne, qui a tenu à réaliser elle-même la pensée de sa sœur. Par un acte passé le 17 décembre 1892, elle donnait à la « fondation Thiers » l'hôtel qu'elle faisait construire depuis 1890, sur les plans de M. AldroQ, au rond-point Bugeaud, et elle y joignait des valeurs dont le revenu était calculé pour subvenir largement aux besoins de la maison. 11 fut décidé que quinze jeunes gens (docteurs, licenciés ou lauréats de Tinstitut) y seraient entretenus, chacun, pendant trois années consécutives ; chacun d'eux peut se consacrer librement à telle étude qui le séduit; les candidats sont présentés par les directeurs des établissements scientifiques. Cette fondation, reconnue comme établissement d'utilité publique le 29 avril 1893, s'est ouverte à ses premiers pensionnaires le r*^ mai de la même année. Elle a été dirigée d'abord par M. Hauréau et ensuite par M. Jules Girard (1) ; en 1899, les membres du conseil d'administration étaient MM. Gréard, Aucoc, Picot, Croiset et le directeur ; MM. Barthélemy-Saint-Hilaire, Léon Say et Bardoux, tous les trois anciens ministres, avaient précédemment été membres de ce conseil.
La partie de la rue Saint-Didier comprise entre l'avenue Malakofl et l'avenue Victor-Hugo a été construite en 1825, avec une largeur de 10 mètres, par la Société des terrains de la plaine de Passy, dont M. de Saint-Didier était un des principaux actionnaires ; cette largeur légale de 10 mètres a été confirmée par l'arrêté d'alignements du 3 octobre 1855.
La section de la rue Saint-Didier, qui se trouve comprise entre les avenues Kléber et Malakoff, a été également construite, vers 1825, par la même Société, mais avec une largeur de 9™, 75 (maintenue par le décret du 12 juin 1883). Cette section porta d'abord le nom de « rue du Télégraphe », parce qu'elle traversait un emplacement sur lequel un télégraphe aérien avait été établi. I/arrêlé préfectoral du 2 avril i8(i8 a réuni la rue du Télégraphe à la rue Saint-Didier, sous cette dernière dénomination, afin d'éviter une confu-
,1 M. Jules Girard, directeur de Itt fondolion Thiois^ Q9^i mort le 3i mars ujirii
lOO HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT
sion avec une autre rue du Télégraphe existant dans le XX** arrondissement, près de Tancien télégraphe aérien de BellevîUe.
Au n" 60 de la rue Saint-Didier, se trouve la salle Humbert de Romans, qui a été construite sur les plans de M. l'architecte Hector Guimard, n*a pas moins de douze cents mètres carrés et possède une très bonne acoustique ; elle est garnie en bois d'acajou et contient un orgue monumental ; elle est utilisée pour des auditions musicales et pour des réunions (1).
C'est rue Saint-Didier que le Père Didon a fait construire les écoles Saint Dominique et Lacordaire (2).
Le marché Saint-Didier est établi à l'angle de la rue Saint- Didier et de la rue Mesnil ; il a été construit en exécution d un traité conclu, le iâ décembre 1805, entre la ville de Paris et MM. Ferrere et C'*, banquiers, pour la concession de seize marchés qui devaient être installés dans un délai de dix-huit mois et parmi lesquels figurait le marché Saint- Didier, prévu pour 105 places, sur une superficie de 1.015 mètres carrés. Le marché a été ouvert le 1-' août 1867. Son rendement a été de 23.500 francs en 1901.
Léon Gambetta, membre du gouvernement de la Défense nationale et ancien président du conseil des ministres, a habité, pendant les dernières années de sa vie, la maison n« 57 de la rue Saint-Didier.
En 1825, un simple chemin longeait, d'un côté, le mur de la Faisanderie, appelée aussi « le Petit-Parc » (propriété qui dépendait autrefois du château de la Muette et a appartenu ensuite au ministre Casimir-Perier), et, de Tautre côté, les terrains de la plaine de Passy. A cette époque, la Société des terrains de la plaine de Passy transforma ce chemin en une rue de 10 mètres de largeur, qui prit le nom de « rue du Petit-Parc ». Jusqu'après l'annexion, elle s'étendait, sous ce nom, de l'avenue de la Grande-Armée à la rue de la Tour. Le décret du 2 octobre 1865 a substitué, au nom de la rue du Petit Parc : 1° celui de rue Pergoièse, pour la partie comprise entre l'avenue de la Grande-Armée et l'avenue de l'Impératrice (avenue du Bois-de-Boulogne) ; 2" celui de rue Spontini{3), au surplus de la rue du Petit Parc.
Gaspard-Luigi-Pacifico, comte Spontini de San Andréa (1774-1851), vint en France en 1803, donna des leçons de chant à l'impératrice Joséphine et fit représenter les opéras de ia Vestale, en 1807, et de Fernand Cortez, en 1809. En 1811, il épousa la nièce de Sébastien Érard et habita souvent, depuis 1820, le château de la Muette, où sa veuve mourut le l**' octobre 1878, dans sa quatre-vingt troisième année.
La villa Spontini a son entrée au n" 37 de la rue Spontini, vis à-vis l'aboutissement de la rue du Général-Appert.
Le compositeur napDlitain Pergolèse (1710-1736) fit faire de grands progrès à l'art musical; il a comp3sé l'opéra bouile Serra padrona, et est connu
(i) La salle Humbert de Romans, dont la fondation est due à riniliative du P. Lavy, a été inaugurée en novembre iç)()i.
(2) La voie sous-minée a cli'' consolidée, de i88i à 18S7, sur 3i8 mètres de longueur, depuis l'avenue Klébcr jusqu'à 80 mètres au delà de l'avenue MalakofT. Près de cette dernière avenue, la dislance du sol au ciel de la carrière est de 23«,3o, et la hauteur de la galerie d'exploitation est do 2 mètres.
(3) La rue Spontini ne va plus jus(ju'à la rue de la Tour; la section comprise entre la rue de la Tour et l'avenue Henri-Martin se nomme » rue Mignard », et celle comprise entre l'avenue Henri-Martin et l'avenue Victor-Hugo a Hé incorporée au square Lamartine. Voir ci-après les indications (p. i44) données au sujet de la rue Mignard.
RUE DE BOULAINVILLIERS lOl
surtout pour son Siabai; il mourut à Pouzzol d^une phtisie pulmonaire.
Le ministre Casimir Périer, propriétaire du parc de la Faisanderie, fit rectifier le tracé de la rue du Petit Parc (aujourd'hui rue Pergolèse) entre Favenue de la Porte Maillot (Grande-Armée) et l'avenue Dauphine (Bugeaud). C'est sans doute pour ce motif que cette section porta, pendant un certain nombre d'années, le nom de « rue Périer » ; mais le nom de rue du Petit- Parc finit par prévaloir jusqu*au décret précité de 1865. Après avoir été officier du génie, banquier et président de la Chambre des députés, Casimir Périer (1777 1834) a été un chef de cabinet très énergique; c'est sous son ministère que les Français prirent Anvers et Ancône.
Jacquemart, graveur à Teau-forte, a demeuré rue Pergolèse, au n' 56, en 1866, et au n» 1, en 1867 1872(1).
La rue du Petit-Parc était en si mauvais état en 1848 que la circulation y était interceptée ; elle fut réparée à cette époque, ainsi qu'en 1856. En 1881, la partie de la rue Spontini située entre Tavenue Henri-Martin et la rue de la Tour a reçu le nom de « rue Mignard ». Le pavage en pierre de la rue Pergolèse a été converti en pavage en bois en 1899 entre Tavenue du Bois-de- Boulogne et la rue Weber ; en 190(), entre l'avenue MalakoR et l'avenue de la Grande-Armée.
La fue Dosne est une voie privée qui date de 1827 et doit son nom à la famille Dosne, propriétaire de cette rue, qui forme équerre et a une largeur de 10 mètres. M. Dosne a été agent de change, puis receveur général des finances du Nord ; il était le beau-père de M. Thiers et est mort en 1849.
La rue Picot prolonge la rue Dosne et va de l'avenue Bugeaud à l'avenue du Bois-de-Boulogne ; elle fut ouverte vers 1827, avec une largeur de 10 mètres, sur des terrains appartenant à M. Picot, avoué à Paris (1768-1859), un des actionnaires de la Société des terrains de la plaine de Passy. Cette rue débouchait autrefois dans la « rue Andréine », qui a été supprimée pour livrer passage à l'avenue du Bois-de-Boulogne.
Une ordonnance royale du 27 septembre 1825 a autorisé rétablissement du pont de Grenelle (2), qui est divisé en deux parties par l'île des Cygnes (3), séparant la gare de Grenelle du bras droit de la Seine ; cette tle appartient au XV' arrondissement. Autrefois, ce bras droit de la Seine, suivi aujourd'hui par la navigation et servant de port à Passy, était si peu profond qu'il était traversé à gué par les animaux qu'on menait paître dans l'ancienne île. Les travées métalliques qui ont remplacé, en 1875, l'ancien pont en charpente, ont été exécutées dans les ateliers de la maison Cail. Le passage spécial conduisant aux pontons des bateaux à vapeur (station du pont de Grenelle) a été élargi en 1898(4).
La rue de Boulainvilliers tire son nom du marquis de Boulainvilliers, prévAt de Paris sous Louis XV et Louis XVI et dernier seigneur de Passy. Il était petit-fils du célèbre financier Samuel Bernard et mourut en prison, en
(i) Pendant la durée de l'Exposition Universelle de 1889, on a donné rue Pergolèse des représentations à la Plaza de Toros, salle construite par M. rarchitecle Pierre Botrel.
(2) Mon article intitulé : « La Seine entre le pont d'iéna et le viaduc du Point-du-Jour » est reproduit aux annexes (p. 3Ck>).
(3) Voir aux annexes (p. 41^)» l'article de M. Léopold Mar, intitulé : « Comment de Paris on venait jadis A Passy ».
.4) La voie qui mène au pont est aujourd'hui une rue bordée de hautes maisons, et dénommée chaussée du pont de Grenelle ; un escalier descend au bas quai et aux pontons.
1793, pendant la Terreur. Après sa mort, M. Cabal-Castel, ancien notaire de Paris, devint propriétaire de l'ancien château seigneurial de Passy et le vendit, en 1826, à des spéculateurs, qui établirent, dans le potager et le parc, un nouveau quartier.
La partie de la rue de Boulainvilliers qui se trouve entre le quai de Passy (près du pont de Grenelle) et le carrefour où aboutissent les rues de Boulainvilliers, La Fontaine et Raynouard, existait au xvui® siècle et était dénommée, avant l'annexion, « avenue de Boulainvilliers » ; cette partie forme limite entre le quartier de la Muette (Passy) et celui d'Auteuil. La plus grande partie du restant de cette rue (c'est-à-dire la section comprise entre le carrefour précité et la partie supérieure, qui est voisine de la rue de Passy) a été percée, vers 1828, sur les dépendances de l'ancien château seigneurial de Passy (château de Boulainvilliers). Le surplus, c'est-à-dire la partie supérieure de la rue de Boulainvilliers, jusqu'à la rue de Passy, a été ouvert par voie d'expropriation, sur des terrains appartenant à M. Singer, pour l'exécution du chemin vicinal de grande communication de Montrouge à Passy, reliant, par le pont de Grenelle, la rive gauche de la Seine (Montrouge, Vaugirard et Grenelle) à la rive droite (Auteuil, Passy et Neuilly) ; ce^ chemin a ensuite été classé comme route départementale n** 10.
Le chemin de fer de Paris à Auleuil, exploité par la Compagnie deTOuest, est très utile pour Passy et Auteuil, puisqu'il les met en communication avec la gare Saint-Lazare, c'est-à-dire avec le centre des affaires. L'importance de ce chemin de fer a été considérablement augmentée par l'exécution du doublement des voies entre la station de Courcelles et celle de l'avenue Henri- Martin (permettant d'avoir des trains assez fréquents pour transporter, au besoin, plus de 15.00() voyageurs en une heure), ainsi que par la construction de la ligne reliant la station de l'avenue Henri-Martin à celles du Champ de Mars et des Invalides ; cette nouvelle ligne n'a qu'une station intermédiaire, celle de la rue de Boulainvilliers.
Ces travaux (1), qui ont été exécutés sans entraver un seul jour la circulation de la ligne d'Auteuil et sans occasionner aucun accident, présentaient de graves difficultés, car on ne disposait que d'un temps très court pour les achever avant l'ouverture de l'Exposition universelle de 1900. Il a fallu percer dans des bancs d'argile pour les souterrains de la ligne aboutissant au Champ de Mars, qui traverse le bras navigable de la Seine au moyen d'une travée métallique de 85 mètres de portée ; enfin, les trains sont si fréquents sur la ligne d'Auteuil que les changements de voie ne pouvaient y être posés qu'entre une heure et trois heures du matin. La ligne a été mise en exploitation, le 12 avril 1900, entre le chemin de fer d'Auteuil (avenue Henri-Martin) et la station du Champ de Mars, et, le 15 du même mois, entre le Champ de Mars et les Invalides. La station de Boulainvilliers a été ouverte le 5 juin 1900 (2).
(i) Ces travaux ont été exécutés sous la direction de MM. les ingénieurs en chef des ponts et chaussées Ed. Widmer, ingénieur en chef de la construction de la Compagnie, dos chemins de fer de l'Ouest; Bonnet, adjoint au directeur de cette Compagnie, etRabut, ingénieur principal de la première circonscription.
i'i) Le chemin de fer reliant directement la gare des Invalides h Versailles, ouvert d'abord entre les Invalides et le Val-Fleury, a été livré, dans toute son étendue, à l'exploitation, après que les difficultés du percement du tunnel sous le bois de Meudon ont été vaincues, le i*"" juin 1902.
CITÉ DE BOULAINVILUERS 103
C'est à l*angle de la rue de Boulainvilliers et de la rue de La F'ontaiae que se trouvait la maison d'arrêt de la garde nationale, au n*" 15 de la rue de Boulainvilliers. L'Institution Saint-André, pour jeunes demoiselles, s'y est installée en 1874 et n'y est restée que pendant quinze mois. L'emplacement de l'ancienne maison d*arrét de la garde nationale fait actuellement partie du magasin d'éclairage de la ville de Paris.
On peut citer, parmi les hùtes du château de Boulainvilliers :
M. et Mme Claude Chahu, fondateurs de la paroisse de Passy;
Bernard de Rieux, second fils du banquier Samuel Bernard et président de la seconde chambre des enquêtes au Parlement de Paris, qui eut le château seigneurial depuis 1739 et mourut le 13 décembre 1745 ;
Bernard de Boulainvilliers, fils du précédent, prévôt de Paris, qui eut le château de son père depuis la fin de 1745 et le céda à vie d'abord à M. de la Pouplinière et plus tard au duc de Penthièvre;
Le Riche de la Pouplinière, fermier général, qui eut la jouissance du château depuis 1747 jusqu'à sa mort, survenue en 1762 ;
Le compositeur Rameau, qui demeura pendant quelques années chez M. de la Pouplinière, vers 1748-1753 ;
Marmontel, qui demeura chez M. de la Pouplinière, de mai 1749 à février 1753;
Le compositeur Gossec, qui demeura depuis 1751 chez M. de la Pouplinière, comme directeur de son orchestre ;
Mme de Genlis et sa mère, qui demeurèrent en 1759, pendant six mois, chez M. de la Pouplinière ;
La comtesse de Laraothe, aventurière compromise dans Va/faire du Collier, née en 1756, et recueillie enfant, vers 1763, par la marquise de Boulainvilliers, en son château de Passy, où elle fut élevée ;
Le duc de Penthièvre, à qui M. de Boulainvilliers avait cédé à vie son château ; il fut l'unique descendant du comte de Toulouse, l'un des fils légitimés de Louis XIV et de Mme de Montespan ; son fils épousa la princesse de Lamballe ; la fille du duc de Penthièvre était la mère du roi Louis-Philippe, Tout en cédant à vie le château de Passy, le marquis de Boulainvilliers gardait pour lui les droits seigneuriaux;
Enfin, Jean-Pierre-Claris de Florian, qui s'est illustré comme fabuliste. 11 était entré comme page, en 1758, chez le duc de Penthièvre, fut lieutenantcolonel de dragons dans le régiment de Royal-Penthièvre et membre de l'Académie française ; il suivait partout le duc comme secrétaire de ses commandements, fut arrêté en 1793 et mourut dans une petite maison de Sceaux le 13 septembre 1794. Son tombeau est visité chaque année par la Société littéraire des Bosati, qui vient rendre un poétique hommage à sa mémoire. Pendant son séjour à Passy, Florian a habité fréquemment la maison des Gardes, comme cela a été dit ci-dessus, à propos de la rue Raynouard.
Lepeintre, acteur des Variétés, se retira à la rue de Boulainvilliers de 1833 ou 1834 à 1844 ou 1845.
Le hameau ou cité de Boulainvilliers a entrée sur la rue de Boulainvilliers et sur la rue du Ranelagh. Cette cité fut créée par la Société Roëhn et C®, vers 1838, sur une partie des dépendances de l'ancien château de Boulainvilliers; elle se compose de maisons d'agrément entourées de jardins ombragés. Le chanteur Cbollet l'a habitée vers 1850-1855 ; Boufié, acteur du Gym-
lo4 HISTOIRE DU XVl" ARRONDISSEMENT
nase, se retira, en 1851, au n« 9 et y était encore en 1858. Edmond Got ("1822- 1901), qui y occupait, depuis 1872, le n° 11, se plaisait à y recevoir ses anciens élèves et ses amis. Il y est mort le 20 mars 1901. 11 était entré en 1844 à la Comédie-Française, où il resta pendant plus de cinquante ans ; il avait été admis au sociétariat dès 1850 et devint, en 1873, après le départ de Régnier, le doyen de la maison de Molière, où il avait acquis une grande autorité. Il lut nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1881, comme professeur au (Conservatoire, et avec cette particularité qu'il était le premier comédien décoré dans l'exercice de son art : jusqu'alors, un sociétaire du Théâtre-Français, bien qu'il fût, en outre, professeur au Conservatoire, n'avait été décoré qu'en prenant sa retraite. C'est Edmond Got qui eut l'initiative de la comédie moderne, telle qu'elle est jouée aujourd'hui, c'est-à-dire en s'attachant à l'interpréter avec naturel et simplicité ; il s'adonnait entièrement au personnage qu'il avait à représenter.
La partie de la rue du fianelagh (1) comprise entre le quai de Passy et la rue de Boulainvilliers a été percée vers 1824, avec une largeur de 11™, 70. Elle fut ainsi nommée parce qu'elle devait conduire au Ranelagh ; quelques années après 1824, elle fut continuée, avec la même largeur, jusqu'au chemin de la Briquetterie (aujourd'hui supprimé), sur des terrains appartenant à la Société Roëhn et C'*'. Par délibération du 24 mai 1831, le conseil municipal de Passy approuva le tracé présenté par cette Société pour la rue du Ranelagh, devant établir une communication directe entre le pont de Grenelle et le bois de Boulogne; cependant, ce ne fut qu'en 1854 que la rue du Ranelagh, absorbant la sente de la Chenille, fut prolongée jusqu'à la rue de la Glacière (rue Davioud), au delà de laquelle la sente du Calvaire se trouvait maintenue. L'ouverture du surplus de la rue du Ranelagh a été autorisée par les décrets d'utilité publique du 29 mai 1867 pour le prolongement entre la rue Davioud et la rue Mozart (section remplaçant la sente du Calvaire), et du 14 juillet 1877 pour la partie comprise entre la rue Mozart et le boulevard Beauséjour (2).
Marguerite-Joséphine-Georges Weimer, actrice qui s'est rendue célèbre sous le nom de Mademoiselle Georges, est morte à soixante-dix-huit ans, le 12 janvier 1867, dans la maison qu'elle habitait, rue du Ranelagh, 31.
Henri Martin, auteur de VHistoire de France, a habité, de 1865 à 1878, l'ancien n<* 74 deïa rue du Ranelagh.
On remarque, au n** 101 de la rue du Ranelagh, à l'entrée de l'avenue des Chalets, un hôtel Renaissance, construit par M. Sauvan ; au n° 109, un autre hôtel, édifié en 1881 par M. A. de Chièvres, surmonté ultérieurement par des ateliers; au n" 94, un hôtel ogival en pierres et briques, avec tourelle octogonale en saillie et gargouilles originales; il est précédé d'une porte d'entrée à peintures ornementées, placée au milieu d'un mur à créneaux.
La partie de la rue Galilée comprise entre l'avenue des Champs-Elysées et l'avenue Marceau, dépend du VIll* arrondissement; le surplus de cette rue, c'est-à-dire la plus grande partiede sa longueur, appartient au XVP arrondissement. La section comprise entre la rue de Juigné (place des États-Unis) et la rue Vernet (VIII" arrondissement) remplace un chemin tortueux, qui était marqué
(i) Voir ci-après (p. 201), dans riiistorique de la rue de rAssomption, des indications sur le lycée Molière, dont les entrées se trouvent au 38 de la rue de TAssomption et au 71 de la rue du Ranelagh.
(2) L'école communale de garçons de la rue du Ranelagh avait 281 élèves en 1901.