LA VISIFATION DE SAINTE-MARIE
Chose étrange, Evel)n, qui avait des sympathies pour Charles I*'', qui vit souvent Henriette de France, ne dit rien sur le séjour aue fit cette reine à Chaillot, ni sur le couvent qu elle y fonda, et oh vint faire des retraites, plus tard, cette autre reine d'Angleterre exilée, Marie de Modène, la femme de Jacques II. Elle légua au monastère, en (ouvenir d'elle et de son mari, une verge ou discipline dont Macanlay (Hist.,chap. vi) raconte ainsi Thistoire :
A son avènement au tréne, le roi, déjà remarié, mais resté fidèle à sa maltresse Catherine Sedley, forma de bonnes résolutions, parla en public contre la licence du temps, annonça à la reme qu'il ue verrait plus jamais Mrs Sedley. Il manqua à ses promesses et alors eurent lieu des scènes curieuses. La reine pleura, et les courtisans, qui assistaient à ses repas, virent remporter les plats sans qu'elle y eût touché. Les larmes ruisselaient sur ses joues en présence des ministres et des ambassadeurs. Evelyn fut à deux de ces dîners. < laissez-moi me cacher dans un couvent, ditelle au roi. Vous êtes prêt à hasarder votre royaume pour l'amour de votre salut, et pourtant vous perdez votre salut pour l'amour de cette créature. » La reine, raconte Burnet, assembla dans son appartement tous les prêtres qui avaient l'oreille de Jacques. Le roi fut appelé, et tous les Pères se jetèrent à ses pieds pendant que la reine éclatait en plaintes (1). Jacques II pendant quelque
(ij D'après Macaulay. le Père Pètre, jésuite se jela Hcul aux genoux du roi.
temps eontinaa à rirre mal ; mais soayent il était bourrelé de remords, et, dans ses heures de repentir, il faisait sévèrement pénitence. U vengeait sur ses royales épaules les injures faites à la reine, il se frappait de cette discipline que la reine garda et laissa au couvent de Chaillot, dont Macaulay cite les manuscrits parmi ses sources.
LA PRINCESSE dVnGLCTERRE
Par quel bizarre enchantement, écrit Hamilton dans une lettre à la princesse d'Angleterre, fille de Marie de Modène,
Par quel bizarre enchanlement La maison de feu Bassompierre, Cet homme jadis si jg^lant, Est-elle aujourd'hui le couvent Oui reçoit tout ce que la terre A de plus digne et de plus grond (1).
Malgré la piété de la reine, la vie n'était pas austère à Chaillot. Hamilton, dans une épttre en vers, feint que les sœurs de Saint- Dominique de Poissy reprochent aux filles de Sainte-Marie de Chaillot de retenir parmi elles, au milieu des plaisirs, leurs hôtesses royales (p. 340) :
Chez vous tout conspire à leur plaire, Amusements et soins divers S'offrent en prose comme en vers.
Les amusements sont des éni^es ; on compose des devises. Les vers sont faits par des courtisans rimeurs de vétilles, et aussi par les religieuses pour la fête de la princesse, par sœur Gabrielle, sœur Charlotte.
Ma sœur Madelcinc-Marie.
De qui l'autre nom va devant.
Hamilton veut dire qu'elle s'appelait Marie- Madeleine.
Hamilton avait écrit des couplets pour le même jour; le 2" finit ainsi, p. 418 :
Chantons, nymphes de cette cour, Dans nos chants célébrons ce jour
Sans cesse.
A ces mots B... prit son ion Et flt, touchant comme Apollon Sa lyre.
Les couplets de chansons Que Je vais dire.
Suit la mention : couplets de MileB... Talnée. Qui est Mlle B...?
Dans Fépltre des Œuvres, de Poissy, citant les religieuses poètes, Hamilton avait dit :
Ma sœur BuUion
Dont je ne dirai pas le nom, Fait de vers une Icyriellc Qui seraient dignes d'Apollon.
Pourquoi ne pas dire son nom ? Serait-ce parce
?|n*il la faudrait nommer Mlle Bullion l'aînée et la aire paraître un peu plus âgée au moins que la cadette, qui était au couvent aussi ? Bullion l'aince, autant dire la vieille.
11 faut citer ces vers dont Tauteur a été, par Hamilton, deux fois comparée à Apollon, une fois
(1) Œuvres, p. 16a, vol. 3, éd. Paris, j8o3.
à cause de la rime, et la seconde peut-être aussi (p. 419) :
Air : Climat doux et paisible.
Ornements de votre âge, Objet de nos chants, Recevez l'hommage De notre humble encens.
Ce jour vous vit noitre Chaque autre a vu croître Vos attraits charmants.
Sans la princesse, Mlle Bullion se déplaît au couvent :
Sans vous la tristesse Y règne sans cesse :
Tout est ennuyeux.
Mais ouand la princesse est là, Mlle Bullion chante ; les forêts, les campagnes et les ruisseaux la voient dire aux oiseaux :
Hôtes de nos bois, tour à tour Célébrez ce jour:
Tout vous répondra O gai lan la!
Mlle Bullion trouve naturel que son nom appelle à la rime Apollon. Pour elle-même et pour Hamilton, elle y met sans modestie FHêlicon.
Nous qui savons la roule
De l'Hélicon, Nous qu'ici l'on écoute, Tendre Hamilton, Chantons vous et moi tour à tour Ce célèbre jour; Tout nous répondra :
O gai lan la !