‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 66 sur 218 · M"« DE U MOTTE-ARGENCOURT MARIE MANONI · texte numérisé non relu

M"« DE U MOTTE-ARGENCOURT MARIE MANONI

(i657-ifi.n9)

Cest bien avec intention que nous réunissons, un peu tardivement peut-être, les noms de ces deux jeunes filles aimées de Louis XIV, et dont nous n^avons pas voulu parler plus tôt pour ne pas interrompre le récit du séjour d'Henriette de France à Chaitlot.

Donc, au commencement de Tannée 4657, Anne d'Autriche avait pris depuis peu comme tille d'honneur M^'* de La Motte- Argencourt M). Sa beauté n'était pas éclatante, ni son esprit fort extraordinaire, dit M™* de Motteville, mais elle était aimable. Ses yeux bleus, surmontés de sourcils noirs et de cheveux blonds, lui donnaient en même temps un air de douceur et de vivacité si agréable, qu'il était difficile de se défendre de ses charmes ; aussi le jeune Louis XIV s'y laissat-il prendre et finit-il par lui déclarer sa passion. W^° de La Motte repoussa les propositions peu mesurées du roi; puis, voyant qu'il s'éloignait d'elle, s'éprit violemment du marquis de Richelieu, marié à la fille aînée de M"'* deBeauvais (2), première femme de chambre et favorite d'Anne d'Autriche. La marquise de Richelieu, jalouse à bon droit, incita sa mère à faire éloigner de la cour M'**' de La Motte, et on l'envoya au couvent de la Visitation de ('haillnt, où, quoiqu'elle no s'y fût pas retirée de son plein sré, désabusée des vanités de la cour, elle resta volontairement, sans être religieuse, après avoir donné à celte maison vingt mille écus que lui avait remis le roi, et s'y créa une vie fort tranquille et fort heureuse. Vers 1700, les bâtiments du couvent tombant en ruine, ce fut elle qui fit les plans des nouvelles constructions, à l'exception de l'église, qui fut confiée à l'architecte Gabriel. M''* de La Motte mourut à Chaillot le 25 octobre 1709.

Marie Mancini, la meilleure des nièces de Mazarin, née en 1639, demeura pendant deux ans comme pensionnaire, avec sa sœur Hortense, au couvent des filles de Sainfe-Marie de Chaillot, et

L resta jusqu'au commencement de l'année 1657. I cardinal la fit venir alors h la cour. Son esprit, sa grJice, ses manières enjouées faisaient oublier son manque de beauté, et Louis XIV, qui s'enflammait alors si facilement, en devint passionnément amoureux, beaucoup plus même quïl ne l'avait été déjà de sa sœur Olympe Mancini, devenue comtesse de Soissons. Marie Mancini répondit à cette passion, espérant toujours que le roi l'épouserait. Fort jalouse, et craignant de laisser échapper sa conquête, elle no quittait pas le roi, qu'elle suivait partout et allait jusqu'à l'obsession. Mazarin, voulant anéantir les folles espérances de sa nièce, prit la résolution de l'éloigner et de l'envoyer pour quelque temps au couvent de

(i) Ne pas confondre avec Mlle de LaMotle- Houdancourt. ce qui a lieu assez souvent. (i) Voir rarticle qui suit.

Brouage, près de la Rochelle. La séparation des deux jeunes amants, à la fin de 1659, fut des plus pénibles. € Vous pleurez, dit Marie au roi, vous êtes le niallrey vous m'ainiez.., et je pars! » Dix-huit mois après, le 11 avril 1661, on lui fit épouser solennellement par procuration, dans la chapelle de la reine, au Louvre, en présence de toute la cour, le prince Colonna, grand connétable de Naples(l), et, depuis, elle eut une vie des plus aventureuses, dont le récit ne serait pas ici à sa place. Ce que nous tenons à noter cependant, c'est qu'en 1705, s'étant avisée de quitter l'Italie pour venir voir sa famille, on no lui accorda cette faveur qu'à la condition qu'elle ne mettrait pas les pieds à Paris et encore moins à la cour. Elle vint alors s'installer à Passy, dans une petite maison appartenant à son frère, le duc de Ne vers ; mais, comme elle ne connaissait plus personne en dehoi-s de sa famille, l'ennui la prit, et elle s'en retourna peu de temps après à Kome.

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