‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 67 sur 218 · LES FILLES DE MADAME DE BFAUVAIS ET DE LA MARQUISE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LES FILLES DE MADAME DE BFAUVAIS ET DE LA MARQUISE DE RICHELIEU

La trop célèbre M""® de Beanvais, qu'on appelait aussi familièrement la Beauvais, cette créature insinuante, première femme de chambre et favorite d'Anne d'Autriche, qui ne l'appelait que Cataut (abréviation de son nom de Catherine); cette femme laide, désagréable, sans attraits, dont les mœurs furent loin d'être pures, avait cru devoir confier à notre maison naissante sa fille atnée, Anne-Jeanne- Baptiste, qui n'avait pas la moindre vocation religieuse. Aussi, comme les verrous et les grilles ne sont pas un garant de la vertu des filtes, Anne s empressa-t-elle de se faire enlever par le marquis de Richelieu (Jean-Baptiste-Amador Vignerot), qui l'épousa à Saint-Eustache le 12 novembre 1652. Le marquis avait dix-sept ans, la mariée quinze ans et treize jours ; elle était filleule d'Anne d'Autriche et de Gaston d'Orléans (2). Sa vie fut courte; elle mourut au Louvre le 29 avril 166H, juste un an après son mari, et fut inhumée dans la chapelle de la Sorboone, lieu de sépulture des Richelieu. On attribua la mort prématurée des deux jeunes époux à de trop fortes doses de vin d'émétique (ou antimoine) que leur avait administrées GuénauU (et non Guénaud), ce premier médecin de la reine Marie- Thérèse, qui ne faisait ses visites qu'à cheval, et dont Boileau a dit dans sa sixième satire :

Guénaud sur son cheval en passant in'éclaboussc

et dans sa quatrième (ce qui est plus grave) :

Combien dans un printemps

Guénaud et l'antimoine ont fait mourir de gens !

(i) Le roi lui fil de magnifiques ptésents, mais la vil partir sans êniolion, ne se souvenant plus du feu passager qu*cllc avait autrefois allumé dans son cœur [Mémoireit de l'abbé de ChoLsy).

(2) Ni sa mère, ni les parents du maVquis de Ricliclieu ne voulurent assister à ce mariage.

Le marquis et la marquise de Richelieu laissaient cinq enfants : Armand-Jean, duc de Richelieu, qui fut général des galères et père du célèbre maréchal de Ricbeiieu ; Louis- Armand, marquis de Richelieu, dont Varticle suit ; et trois filles, Marie-Françoise, Elisabeth et Marie-Marthe, qu*on sVmpressa, quand elles furent en âge, d^envoyer au couvent des Visitandines de Chaillot, pour y être élefées sous les yeux de leur tante, sœur Claire-Angélique de Beauvais, dont nous parierons plus longuement tout à Theure, et qui, entraînée par son zèle, eut le tort de contraindre ses nièces à prendre Thabit, malgré le peu de désir (jumelles en avaient . Marie-Françoise devint religieuse à Chelles, pui» prieure de Tabbaye deCrécy-en-Brie ; Elisabeth quitta Thabit et se maria en 1696 avec un substitut du procureur général du Parlement de Faris ; la troisième, Marie-Marthe, devint abbesse de Saint-Rémi-des-Landes,dans la Manche.

Passons à la tante, à la deuxième fille de M™*' de Beauvais, Claire-Angélique. Première femme de chambre en survivance d'Anne d'Autriche, elle était bien faite, agréable et de beaucoup d'esprit, eut toujours une conduite irréprochable ; aussi la reine la traitait-elle comme sa fille et son amie, et lui accordait-elle une si grande confiance qu'elle l'avait chargée de la distribution de ses aumdnes. Le jour même de la mort d'Anne d'Autriche (20 janvier 4666), Claire-Angélique, qui depuis quelque temps aspirait à la vie religieuse, se retira à Sainte-Marie de Chaillot, on elle avait été élevée, prit d'abord le petit habit des Visitandines, c'est-à-dire des pensionnaires, qu'elle changea en 4668 contre celui des professes, et prononça ses vœux le 42 août entre les mains d'Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris (4), en présence de la reine d'Angleterre (Henriette de France), du duc d'Orléans et des pins grands personnages de la cour. O fat Bossuet qui prononça le sermon de profession, intitulé dans ses œuvres : Sermon pour la profession d'une demoiselle que la reine mère avait tendrement aimée (2). Sœur Claire- Angélique de Beauvais, jusque-là bienfaitrice séculière, deyini le modèle des religieuses ; aussi fut-elle, en novembre 4692, une des trois sœurs visitandines choisies par Louis XIV et M""* de Maintenon pour organiser, avec la mère Priolo, supérieure du couvent de Chaillot, la maison naissante de Saint-Cyr. Enfin, après de longues résistances inspirées par sa modestie, elle fut, à son tour, élue supéneure le 29 mars 4695, réélue le 45mai 4698 et en 4704, puis le 9 novembre 4706, et mourut dans son couvent, le 23 novembre 4709, âgée de soixante et onze ans.

Pour en finir, ou à peu près, avec les enfants et petits-enfants de M'"*^ de Beauvais qui ont eu quelques attaches à notre arrondissement, disons qu'un de ses quatre fils, Louis, qui se faisait appeler le baron de Beauvais et qui mourut d'apoplexie en août 4697, fort regretté de I^uis XIV, était gouverneur des châteaux et maisons royales

(i) Ancien précepteur de Louis XIV, membre de l'Académie française, auteur d'une Vie de Henri IV, souvent réimprimée.

(2) Voir leN Chefs-d'œurre oratoires de Bossuet, édition Lefèvre, i84/«, t. IV. p. ^3 « 56i.

de Madrid et de la Muette, et capitaine des chasses du bois de Boulopie. Une chanson du recueil de Maurepas le qualifie ironiquement de garde des perdrix. Le 26 août 4685, il avait en une fille qui, deux jours après, fut baptisée à Féglise de Passv, ce qui peut faire supposer qu'il habitait la Muette (4).

RICHELIEU (LOUIS-ARMAND DE VIGNEROT, 2« MARQUIS DE) ET MARIE-CHARLOTTE DEMAZARIN.

Ce second fils du marquis de Richelieu et de la fille aînée de M"**' de Beauvais suivit le mauvais exemple de son père, et enleva du couvent de la Visitation de Chaillot, où elle avait été placée comme pensionnaire, Marie-C^ariotte de Mazarin, fille du duc de Mazarin, grand maître de l'artillerie (2), et d'Hortense Mancini, nièce du cardinal. Ca deuxième marquis de Richelieu était né en 4654, et la fille d'Hortense Mancini en 4662; l'enlèvement dut donc avoir lieu vers 4680. Louis- Armand, personnajue débauché et même crapuleux, fut, en punition de son rapt, exilé assez longtemps hors de France, épousa, toreément sans doute, Marie-(]barlotte, et, après avoir été mestre de camp d'un régiment de cavalerie, devint gouverneur de la Fère et mourut en 4730. Sa femme, belle comme le jour, dit Saint-Simon, s'est rendue célèbre par ses désordres et les courses de sa vie errante. Elle s'enivrait dans la perfection, et mourut à Dieppe en 4729.

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