‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 80 sur 218 · JEAN-JACQUES A LA FÊTE DE PASST · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES A LA FÊTE DE PASST

Jean-Jacçjues Rousseau, invité par M. et Mme de La Pouplinière à venir dfner au château seigoeorial de Passy, s'y rendit. <i*était le jour de FAnoonciation, fête patronale de la commune. Après dîner, on alla se promener à la ftte, qui se tenait alors dans les jardins du chûtean et vers le milieu de la rue Raynouard; M. de La Pouplinière s*amuiait à jeter de Targent aux paysans et riait beaucoup de les voir se ruer les uns sur les autres pour le ramasser. Jean-Jacques profita du moment où tonte la compagnie était occupée de ce spectacle, pour se dérooer à la foule et chercher, suivant sa coutume, un lieu plus solitaire. Arrivé près de Tavenue qui, du château, conduisait à la route deVersailleis, il voit une petite fille qui portait des pommes sur un éventaire et n'avait pas d'acheteur: < Combien vos pommes ? lui dit-il. — Six sons pour vous servir, mon bon monsieur. — Ehbien, ma chère enfant, je vous les achète toutes, A condition que vous irez les porter à ces petits savoyards me vous vouez à deux pas de nous. » — La jeune marchande ne demanda pas mieux et les petits garçons, jui ne s'attendaient pas à pareille aubaine, se mirent à croquer les pommes, en sautant de joie. Cette manière de taire des heureux valait bien celle du riche financier auquel Piron dit un jour : Allez cuver votre or.

(Extrait en partie des Chroniques de Passy, deQuillet, t. I, p. 425 et i 26.)

MADAME DE GENLIS 1746-4830 (i)

Mme de Genlis intéresse la Société historique pour les rapports qu'elle eut avec plusieurs personnages qui ont vécu dans notre domaine, avec Miranda qui la protégea dans sa fuite, quand elle émigra pour la seconde fois, avec la comtesse de la Motte, la célèbre héroïne du Collier de la Heine, qu'elle vit chez Mme de Boulainvilliers et dont elle fit nommer le frère commissaire de la marine, et surtout par différents séjours qu'elle fit à Passy (2). Elle habita aussi Ghaillot. Elle fut enterrée au mont Valérien.

(1) Sources phincipalks. — Mémoires inédits de Mme la comtesse de Genlis sur le xviii» siècle et sur la liévolution française^ depuis 1766 jusqu'à nos jours, 8 vol. in-8, Paris, iSaS — Leçons dT une goavernante à ses élèves ou fragments d'an journalqui a été fait pour F éducation des enfants de M. le aue d'Orléans, 1791, 2 vol. in-12. — Les Souvenirs de Félicité L..., 1807, in-12. — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. 111, pp. i9 à 37. — Mme de Genlis, sa vie, son œuvre, sa mort, 1746-1830, d'après des documents inédits, par Honoré Bonhomme. Paris, iK85, librairie des Bibliophiles, Jouaust. in-12. — Miss Kavanagh. Frenchwomenofletien. Tauchnilz, i863. — M.-L. de Sévelinges, Mme la comtesse de Genlis en miniature. Paris, Denlu, 1826. ln-8. — Cousin d'Avallon, Genlisiana, 1820, publié à la littérature politique, t. 111. pp. 16 ss., avec cette devise : Mulierem quis fortis inveniet, etc.

(2) HAtel de Genlis, n* 58 de la rue de Passy. Renseignement dû à M. Mar.

Il faut dire qu'elle intéresse aussi la plupart des autres Sociétés d'histoire parisienne nées et à naître, car elle passa dans beaucoup de quartiers et on lui demandait un jour très sérieusement : «Où logez-yous cette semaine, Madame (4)? »

Suivons-la maintenant dans sa carrière aventureuse. Etudions son caractère par sa vie, par les sentiments qu'elle inspire aux autres et par ce qu'elle nous en dit elle-même. Malgré les documents, les jugements de ses contemporains et ses bavardages indiscrets, il restera un certain nombre de points obscurs.

LA MUSE ERRANTE (/ULR.> JAKIfl)

Elle s'appelait Félicité-Stéphanie Ducrest de Saint-Aubin. Mais on l'appela aussi comtesse de Bourbon-Lancy, Mme la chanoinesse à l'âge de sept ans, puis comtesse de Genlis, marquise de Sillerv, puis citoyenne Genlis, Mme Bruslart. Elle eut plusieurs autres allas.

Elle naît à Champceri, près d'Autun. Elle réside à Cosne, à Saint- Aubin, dont son père est seigneur. Il se ruine, part pour Saint-Domingue. Mme Ducrest et sa fille, alors à Parts, rue Traversière, se réfugient chez M. de Chevilly, homme de robe. Mme Ducrest, sans domicile, recourt à celui de ses amis. Il le fallait bien. Les amis comprenaient cette nécessité. M: de Chevilly ayant été saisi par ses créanciers, nous trouvons la mère et la fille à Passy, chez La Pouplinière. Puis au couvent de Saint-Joseph, qu'habite Mme Dudeffand, leur parente, puis par-ci par- là dans Paris. M. le comte de Bruslart de Genlis, depuis marquis de Sillery, épouse Mlle Ducrest. 1^ mari rejoint son régiment, la femme entre dans un couvent. Elle le quitte, habite la Picardie, le château de Sillery ; elle entre au Palais- Koy al comme dame pour accompagner la duchesse de Chartres, en 4770 ; elle devient à trente et un ans gouvernante do Mlle de Valois, en 4784 gouverneur des princes ; elle s'établit avec ses enfants et ses élèves au couvent de la rue de Bellechasse, réside de temps en temps à Saiot-Leu, voyage en France, en Angleterre. Au début de la Révolution, elle demeure à Passy, émigré en Angleterre par-ci par-là, revient à Paris, part pour Tournai, Saint- Amand, pour la Suisse, à droite, à gauche, pour l'Allemagne, de cOté et d'autre, rentre à Pans. Domiciles variés : rue d'Enfer, l'Arsenal, rue de Berri, passim dans Paris, puis Mantes, Chaillot, etc. Elle mourut près de Saint-Philippe-du-Roule, faubourg du Houle, ii«24.

INCIDEirrS ET ACCIDENTS

De la naissance à la mort, que d'événements relatés par les Mémoires! Que Mme de Genlis se rend intéressante ! Ln gros bailli manque s'asseoir sur l'oreiller oii elle est emmaillotée : c'était l'asphyxie certaine. A dix-huit mois on la repêche dans un étang; elle s'assied dans une cheminée et

(l) Giraull de Sainl-Fargenii, Quartiers de Parië^ p. Wi.

garde deux marques de brûlure. Le grand prieur qui la reçoit à sept ans chanoinesse, en lui coupant une mèche de cheveux lui enlève un bout d'oreille. Plus tard, elle est bien près d'être tuée d'une balle à ricochet par le duc d Orléans qui, lui tournant le dos, s'exerce au pistolet. A Reggio, une folle, dont elle se débarrasse d'un coup de poing, veut l'étoufler. Elle a la vie dure, dit Carlyle^ Ta vie d'un chat, de neuf chats ; elle échappe à la strangulation, à l'immersion, à la combustion, à l'eau, au feu, au fer, au plomb. Un jour, dans sa chambre, rue de Vangirard, elle voulut à tâtons prendre un petit meuble, elle se heurta contre une malle, fit la culbute, se cassa deux dents, se pocha un œil, se bossua le front, se débossua le nez. < J'avais, dit-elle, le nez légèrement retroussé ; comme tous les nez de ce genre, il était joli, délicat, il a été très célébré eu vers et en prose. Je l'avais conservé dans toute sa délicatesse. La petite bosse est maintenant enfoncée. »

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