L AMOUR, CE ROM ME RESTA
Mme de Genlis fut-elle jolie ? Peu importe aujourd'hui, dira-t-on. Il importe beaucoup. Ces charmes du nez, du visage et de la taille, ces agréments, dont elle nous entretient beaucoup, expliquent sa fatuité. Les vêtements, les attifements, les falbalas, les paillettes, les déguisements qu'on lui fit porter, préparent son naturel fardé, grimé, les attitudes et les poses qu'elle prit dans la mascarade de son existence.
Toule petite, il ne suffit pas qu'on lui dise : tenez- vous droite, mademoiselle ; ne louchez pas, mademoiselle; fi! que c'est vilain. On lui emprisonne la taille dans une cuirasse lacée au crochet, les pieds dans des souliers de petite Chinoise, le cou dans un carcan de fer, on lui couvre la tête de trois ou quatre mille papillottes, les yeux de besicles. Elle porte une aune et demie de paniers et sa largeur devient le double de sa hauteur.
Elle apparaît ensuite sous les traits de Cupidon dans un opéra-comique de sa mère. On la trouve si gentille qu'elle garde comme toilette ordinaire son attirail d'Amour, ses ailes bleues, son habit rose, son carquois, son arc pour aller à la messe le jour de la Fête-Dieu : Cupidon par de légers changements se métamorphose en ange.
Dans une fête de famille, elle représente l'Amitié en costume de Savoyarde ? Pourquoi Savoyarde ? Plus tard, elle personnifie Iphigénie en robe de lampas cerise et areent, fourrée de martre. Adolescente, vêtue en nomme, elle saute les fossés. Jeune femme, elle joue la comédie chez M. deCaraman, en vestale, en sultane favorite. La sultane a quelque reproche à faire au maître de la maison ; elle le pince, l'égratigne, lui donne des coups de pied dans les janibes, après quoi on se réconcilie.
MOINS JOLIE qu'elle NE SK ChOIf (opinion DKi AUTRl^lS FEMMES)
Sans travesti, comment la voient réellement ses contemporaines ?
(1) Abrégô (!e8 Mémoire» (é<l. OllendorlT, p. 11)
ZgO IIISTOIKK UL' XVI' A RHOM>l SERMENT
« El'e auDe gaietéde jolies deats, «dit Mme Je troussé. Elle était mime et ponrait preodre de*
Cambi. phïsioDomies variées (1). »
Mme de Bourders ; « Elle fait mentir le pro- Ecoulens Mme Vigée Lebrao (2) :
ferbe qui dit que lea visages ronds o'oal pas de * Mme de Gentis était assez grande el très tnea
physionomie. > faite; ellen'ajamaiidd jlre précisément jolie; elle
Mailainu de Gentis vcrr^ la lin de 90 \ip. :»'»pris k poKraH de M" Clitraiifline. — Cillerlion de M. Emile Potin.)
d'AbraDtès trouve < qu'elle a une taille . avait beaucoup de ph;rsionomie. Je pense qoe sa
ite. aisée, ronde et même souple el gra- physionomie aorait pris difficilement l'eiprosaon
v»u«, mais l'air méchant, agile. Ses yeux taillés
en amande racontaient tont autre chose que ce qui
derrail animer un visage de jolie femme. Son nez [i ' Mme d'AbrsaU-s. (« Suloat loat tEmplrt el
ne se sauvait de la réputation de ctos nez que '-i i>f'l<'araiion.— i',utim.
parce qu'il pouvait prétendre 1 celle de nez ro- ji^mJ)?;;™' îi'.' '''"""' ^- '"' " " '""^ ''"
de la boolé ; mais elle prenait toute autre expression avec une mobilité prodigieuse. »
Mme de Genlis tient à passer pour petite. « J'ai couché, dit-elle, dans un berceau d'enfant trop petit pour que mademoiselle (de Chartres) y pût dormir. » (12 juillet 1787.)
Mme d'Oberkirsh {Métnoires, t. H, p. 61) accorde i Mme de Genlis du charme, mais peu de naturel. « Elle pose sans cesse poui* son portrait
esique et moral. Un ridicule immense de cette me masculine, c'est sa harpe, elle la porte partout avec elle ; elle en parle lorsqu'elle ne l'a point, elle joue sur une croûte de pain, et elle s'exerce avec une ficelle. Quand on la regarde, elle arrondit les bras, pince la bouche, prend un air sentimental, un regard analogue et remue les doigts. Mon Dieu ! que le naturel est une belle chose . » A la fin de sa vie, Mme de Genlis fit faire son portrait par Mme Chéradame : « Je suis représentée jusqu'aux genoux, écrivant pendant la nuit, ayant à côté de moi une lumière prèle à s'éteindre, et m'arrètant en voyant naître le jour. Je fis mettre sur la table, à côté de la lumière, un vase de fleurs et enfi 1 un seul livre sur le revers duquel ce mot est écrit : Evangile. Il y a derrière moi une harpe dans l'ombre (I). »