‹ Histoire du XVIe arrondissement de ParisChapitre 44 sur 128 · LE PRÉTENDANT ET SES MINISTRES FEMELLES · texte numérisé non relu

LE PRÉTENDANT ET SES MINISTRES FEMELLES

En 17i!2, la princesse d*Angleterre mourut de la petite vérole. « Tous ceux qui connurent cette jeune dame, dit un ennemi de la famille Stuart, l'évèaue Burnet (tiist. de mon ternes, p. 294, vol. 6, éd. La Haye,i735),la regardaient comme une personne accomplie. Son frère, le prétendant, tomba malade de la même maladie, dont il échappa. Ceux-là mêmes qui ne parlaient du frère qu'avec peu d'estime faisait de la sœur un cas singulier. Il perdit en elle un grand appui qu'elle lui procurait de toutes les personnes qui l'approchaient. > — L'histoire du frère est, elle aussi, liée à celle de Chaillot et du bois.

En 4716, Bolingbroke, chancelier du prétendant réfugié en Lorraine, était à Paris, chargé de solliciier la cour de France en faveur de son maître. Il était en relations avec une foule de Jacobites ({ui complotaient, se murmuraient à l'oreille des secrets d'Etat, se montraient des lettres encourageantes de leurs amis.

La grande roue de la machine, dit Bolingbroke dans ses Mémoires secrets (Londres, 1754, p. 30, 2* partie) était une nommée Olive Trant. Llle habitait dans une petite maison du bois de Boulogne, près de Madrid. Elle avait rendu des services au régent. Elle avait ramené d'Angleterre une jeune personne que Bolingbroke n'avait pas connue, qui sans doute était fort belle. Elle fit par ce moyen la cour au régent. \jq duc d'Ormond, le v««inqueur de Vigo, ancien vice-roi d'Irlande»

sortait soayeot de Paris avec un grand air de mystère. Bolingbroke, avec qui ii demeurait, se demandait si ces excursions avaient pour objet les affaires ou les plaisirs, et soupçonnait qu'il y avait des unes et des autres. Ormoud allait au bois chez Mme Trant. Il y avait chez elle une demoiselle de Chanssery qui l'assistait dans ses démarches. Celle-ci avait été tille d'honneur de Madame. Ces deux dames, avec Tabbé de Tésu, secrétaire du régent, avec une espèce de fou, ancien intendant de Normandie, et plusieurs autres politiques de bas ordre formaient ce que Bolingbroke appelle la Junte du bois de Boulogne, qui n^ociatt avec le régent, avec l'ambassadeur d'Angleterre, avec les Highlanders d'Ecosse, envahissait en imagination la Grande- Bretagne, et coun)nnait dans Westminster l'héritier légitime du trône. Mme Trant reçut aussi Bolingbroke. A ce grand personnage ^ui s'était mis sous sa direction, au comte de Bohngbroke, pair d'Angleterre, ancien secrétaire d'Etat, ancien ministre des affaires étrangères, signataire du traité d'Utrecht, écrivain distingué et philosophe de vuleur, cette aventurière remit un billet signé du régent, écrit en apparence à une dame, mais réellement adressé au comte de Mar, qui plus tard leva en faveur du prétendant l'étendard de la révolte. Do Mme Trant dépendit l'expédition du chevalier de Saint-Georges, la vie de milliers de braves gens. De sa maison du bois elle tenait les 61s d'une conspiration en Angleterre et de toutes les intrigues jacobines en France, jusqu'à ce que le régent finit par trouver qu'elle l'excédait, lui rompait la tète et l'ennuyait à la mort. 11 reprocha à Boiingbroke d'avoir traité avec elle. H désavoua toutes les cabales et les coteries. Il n'avait jamais eu l'intention de soutenir le prétendant, mais ces intrigantes l'avait forcé par leurs importunités è paraître s'intéresser à la fortune du chevalier, pour leur donner l'air d'avoir du crédit. Peut-étro aussi ôtait-il indécis, voulait-il ménager le prétendant ot tenir toujours l'AngleteriT embarrassée. Il aurait pu empêcher la seconde expédition du chevalier qui, avant son départ, était resté quel(|ue temps à Chaillot dans une maison de M. de Lauzun. l>ord Stairs, Tambassadeur anglais en France, apprit où il était et somma le gouverneur français de l'arrêter. Mais le régent était décidé à ne pas savoir où se cachait le prince, et la police avait la mission, que, dit-on, elle reçoit parfois, de ne pas le chercher et de ne pas le trouver. (V. Jobez, La France sous Louis \\\ vol. I. p. 5^2-2, éd. 18134.)

Le chevalier se plaisait sans doute à Chaillot. Thackeray fait dire de lui par un de ses personnages, dans Hetiri Esmond, qu'il y avait une demeure où il s'enterrait des semaines entières et avec toutes sortes de personnes de mauvaise compagnie.

Ceux qui parlaient mul du prince avaient raison. 11 ne valait pas qu'on se sacrifiât pour lui. Il avoua lui-mêmo à Holinj^broko qu'à la mort de la reine Anne il avait l'ait <|no|qiies mouvem«Mils comme si son dessein eiU été de s'embarquer pour l'Angleterre ; mais il n'avait pas envie d'y aller alors. La cour de France se lit un mérite de l'avoir empêché; c'était une farce jouée de concert pour soutenir la réputation de son caractère.

Il laissa ses partisans Tattendre et s'exposer lui. Le mensonge lai coûtait pea. Quand il r d'Ecosse à Saint-Germain, après sa nulbea expédition, on le pressa de retourner en Lorr La France ne pouvait pas lai donner d'aaii n'était pas pressé ; il voalait voir le réfH sollicita une entrevue. Elle fut refusée. Ak déclara à Boiingbroke aa'il partait, set ■ étaient faites. Il envoya dire aax ministres è gent qu'il était parti. Mais, aa lieu de preodi poste, il alla à la petite maison du bois de GM où demeuraient ses ministres femelles, co«m appelle Boiingbroke. Il y resta qaelqne tesi se cacher. Il y vit des ambassadeurs, ceux i pagne et de Suède.

Boiingbroke recevait pendant ce temps lettres censées écrites par le prétendant eo n et, sachant très bien à quoi s'en tenir, f» semblant d'être dupe. Il renvoya par Ormond papiers et les lettres qui lui furent redeouiM et déclara qu'il ne voulait plus rien avoir k àk 1er avec le prince. 11 eût aussi bien fait de co mencer par là. On Faccusa de négligence, de tn son et d'incapacité.

Thackeray fait sur le chevalier de Saiot-Geoc) cette réflexion : C'est pour des mortels ton ceux-ci que les nations souffrent, que les par luttent, que les soldats combattent et versent k sang. Des tètes courageuses tombèrent, et Nîtt dale en fuite, et Derv^entwater sur l'échafai tandis que l'insoucieux ingrjt, pour qui ils ri quaient et perdaient tout, s'enivrait en maora: compagnie dans sa petite maison de Chaillot

Mme Trant, qui avait annoncé souvent <ni> entrerait aux Carmélites, se reprit au monde p la politique et épousa un cadet de grande oi

son.

EiivoND Wabl.

LE MONASTKRE ROYAL

Page 1