UNE ÉMEUTE A SAINT-PIERRE DE-CHAILLOT
L9 vendredi, premier jour de Tan de grâce 1790, il y eut da bruit dans lAndemeau... pardon ! à l'ancien fiUage de Chaillot.
Le prêtre chargé de prêcher en ce jour de double fête i réglise Saint-Pierre, avait en la malencontreuse idée, par ce temps d'efieryescencc populaire, de prendre pour sojet de son sermon : De l'obéissance aveugle et passive que tout bon citoyen doit au Roi et à ceux à qui il a confié sa puissance.
Sur ce, rassemblée se mit à murmurer fortement et interrompit Forateur ; le bon et vieux curé Jacques- Michel Bentère, invoquant alors le respect dû au saint lieu, finit par rétablir Tordre; mais le prédicateur réactionnaire insistant et renchérissant sur son sujet, les murmures des assistants se changèrent en véritables cris, si bien que, le tumulte augmentant, on se vit forcé d'aller chercher la garde.
A sa vue, notre apùtre s'empressa de quitter la chaire et s'enfuit vers la sacristie où, suspecté d'incivisme, on l'arrêta. Conduit au bureau de police de l'hOtel de la Mairie, il put heureusement se disculper de toute préméditation malveillante, en faisant voir, par la date de son manuscrit, qu'il y avait dix-huit ans que son sermon avait été composé, c'est-à-dire sous le bienheureux règne du roi Louis XV, et on le relâcha.
Le Moniteur qui relate ce fait dans son numéro du jeudi 7 janvier 4790, dit gravement, en terminant son article :
€ C'est la première fois peut-être que des hommes « assemblés dans un temple aient senti que celui € qui leur parle au nom de Dieu n'a pas le droit « d'abuser de sa mission pour les entretenir de € sujets étrangers au culte ; on doit être bien « rassuré sur le succès de la Hévoluiion, (juand < des préjugés aussi anciens, liés à de vieilles « habitudes et ù tant d'intérêts, s'effacent ainsi « de l'esprit des hommes. »