APOTHÉOSE DE LAMARTINE
rononcéx^ le 7 juillel 1886, à Vinaugiinilion e la statue de L.amartine, à Passy.)
i dÎAaient : • Son prestige croule t fuit comme Tenu du torrenl ; éj6 rinsouciante foule e sait plus mémo s'il fut grand, es durs poètes de l'épée ont encore à coups a'épopée ressaillir le vieux gonrc humain ; ais lui, le chantre de la chute.
'a pas même un joueur de fliUe >ur l'escorter par le chemin ! »
t voici que ton front se lève, Blme, pensif et glorieux, ans la sérénité du rêve, evant la majesté des cieux, evant les choses éternelles, evant le battement des ailes parses dans les rameaux verts, evant la nature inlinie ui fut l'âme de ton génie, a musique de tes grands vers !
t pourquoi ces passants d'une heure ensaient-ils, en leur vanité, ue le temps, le temps qui t'effleure apait ton immortalité ?
Supposaient-ils que les prophètes N'ont plus droit aux rumeurs des fêtes, Aux lauriers cueillis autrefois.
Parce qu'un jour, dans notre histoire.
On les a chassés du prétoire Avec un roseau dans les doigts ?
Depuis quand l'iniure qui tombe.
Depuis uuand l'outrage qui ment Pèsent-ils assez sur In tombe Pour la clore éternellement ?
Depuis quand le mépris stupide, La haine basse au crAne vide, S'épuisant en lâches efforts.
Empêchent-ils dans l'ossuaire Les plis tragiques du suaire De s écarter au front des morts !
Est-ce que l'effort du brin d'herbe Qui frissonne dans notre orgueil Interdit aux prêtres du Verbe.
Mal cloués dans le froid cercueil, De pousser du coude la pierre.
De remettre dans leur paupière La pure extase du rêvti-, De tuer l'oubli qui les tue, Et de se redresser statue Dans l'éternité du soleil ?
Eh quoi ! la foule aurait pu croire.
Elle qui par toi triomphait.
Mue la gloire n'est pas la gloire,
^unnd c est un livre qui la fait ;
iue les œuvres les plus divines
*onibenl tôt ou lard en ruines Comme l'autel des Ormensuls, Et qu'en nos temps où rien ne dure L'immortalité se mesure A la tunique des consuls !
Ce qui te vaut l'apothéose.
Au nom des bons et des petits.
Ce n'est point ta haranirue éelose Sous le souffle ardent des partis ; Et pourtant ta phrase superbe Etait comme une grande gerbe De fleurs et d'épis dans tes mains, Quand, le front lourd de rêverie, Tu la rendais à la patrie Avec des gestes surhumains.
Non, non, ce qui t'immortalise, Ce qui te sacre pour toujours.
C'est d'avoir chanté quand la brise Chantait aussi dans les bois sourds; C'est d'avoir, aux pieds d'une femme, Laissé le rêve de ton âme Fondre en harmonieux sanglots, Pendant que la rame alourdie Attisait le vague incendie Des étoiles au bout des flots!
C'est d'avoir sondé le mystère Et tressailli comme Ariêl Devant les filles de la Terre Qui tentaient les Anges du Ciel !
C'est d'avoir pris dans ta corbeille, Pour nous et pour notre Mireille, Un petit bouquet rose et vert. Aumône tout ensoleillée Que la Provence émerveillée Porte à son corsage entrouvert.
C'est à travers la vie amère,
Suand tu tremblais comme un roseau, e t'êlre tourné vers ta mère Comme aux premiers jours du berceau ; C'est d'avoir, comme aux temps bibliques, Répandu tes pitiés lyriques, Sur le pauvre et sur l'orphelin ; C'est d'avoir au cœur de Laurence Fait cicatriser la souffrance Par le pardon de Jocelyn !
C'est ta large strophe inondée Du fluide énorme des mots.
Où les hauts cèdres de Judée Penchent l'ombre de leurs rameaux,
III8TOIKK DU XVl*" AUBONDISSEMENT
Où, comme un gonflement de houle, I^ période se déroule Dans de l'azur, et dans de l'or, Rt qui, sans colère et sans haine.
Fait soulif^ner l'histoire humaine Par les éclairs du mont Thabor !
Non ! non ! ce qui fait qu'on t'admire, (l'est l'abandon mélodieux De ton front dans les mains d'Elvirc Buvant les larmes do ti*s yeux !
Ce qui t'impose à notre culte, C'est ton fier dédain pour l'insulte Des impuissants et des jaloux !
Ce qui lait que ton nom demeure.
C'est ton vers (|ui médite et pleure, Avec la prière aux genoux.
Or. maintenant, A doux génie !
Mort vivant entre les vivants !
Recueille-toi dans l'harmonie
Des Ramtraux, des nids et des vents;
Et l'âme à demi réveillée
Incline-toi sous la feuillée,
Avec le geste d'écouler
Le rossignol et la fauvette
Qui, frères ailés du poète,
Ne chantent qu'afin de chanter.
Nous, les autres fils de la Lyre, Nous te lirons avec amour.
Tant qu'on verra des flammes luire Au sommet de la grande tour.
Tant que In brise de Sorrente Bercera la gondole errante Sur les vastes flots querelleurs ; Tant que tu chonneras les âmes ; Tant que la terre aura des femmes.
Tant que les champs auront des fleur!>.
Et par-dessus l'horreur du goufl're Dans la paix du soleil levant, Hugo ((ui voit, Musset qui soufl're, Toi qui contemples, en rêvant, Nous vous bénirons dans nos œuvres ; Et trois fois malheur aux couleuvres !
Trois fois malheur aux envieux, Qui baveraient sur votre eloire !
Car vous êtes dans notre tiistoirc La Irinité des demi-dieux !
CLOVIS IIUGLtS.