‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 12 sur 56 · DE PELAGE · texte numérisé non relu

DE PELAGE

D. Quel schisme déchira l'Église d'Afrique pendant le quatrième siècle?

R. Ce fut le schisme des Donatistes. Il ne s'agissait .d'abord que de savoir si Cécilien, évèque de Carthage, avait été légitimement ordonné. Quelques évoques, ayant à leur tête l'un d'eux nommé Donat, prétendirent que son ordination n'était pas légitime. Le Pape, à qui l'on porta cette affaire, prononça en faveur de Cécilien; mais Donat et ses partisans refusèrent de se soumettre, et bientôt leur opiniâtreté dégénéra en fureur. Ils s'emparaient des églises à

main armée, brisaient les autels et les vases sacrés. Leur impiété alla jusqu'à rebaptiser de force; et quand on refusait d'y consentir, on éprouvait de leur part les traitements les plus cruels.

Saint Augustin, évèque d'Hippone, entreprit les plus grands travaux pour ramener les Donatistes dans le sein de l'Église : il réussit à en convertir un grand nombre; mais les autres n'en devinrent que plus furieux; ils lui dressèrent des embûches, et ce grand évèque y aurait péri, sans une protection spéciale de la Providence, qui le destinait à être la lumière de l'Église.

Les évêques catholiques, touchés de ces maux, proposèrent une conférence; et l'empereur Théodose le Jeune approuva ce parti. Tous les évêques d'Afrique, tant les donatistes que les catholiques, eurent ordre de se rendre à Carthage. On choisit de chaque côté sept évêques pour conférer ensemble au nom de tous les autres. Alors les évêques catholiques, au nombre de près de trois cents, donnèrent un exemple admirable de générosité : ils offrirent de céder leurs sièges aux évêques donatistes, pourvu que ceux-ci voulussent bien mettre fin au schisme et se réunir à l'Église. Saint Augustin, qui avait inspiré à ses collègues cette admirable modération, fut un des sept évêques choisis par les Catholiques. Tout se passa avec beaucoup d'ordre. Saint Augustin, chargé de défendre la doctrine apostolique, prouva avec évidence qu'il ne peut y avoir aucune raison légitime de rompre l'unité, et que les Donatistes n'avaient d'autre parti à prendre, pour rentrer dans la voie du salut, que de rentrer dans le sein de l'Église. Les évêques schismatiques n'eurent rien de solide à opposer à la force des raisons de saint Augustin; et les peuples, qui surent jusqu'à quel point l'erreur avait été confondue dans cette célèbre conférence, ouvrirent enfin

les yeux, et depuis ce temps ils vinrent en foule se réunir à l'Église (411).

D. Faites -nous connaître l'hérésie des Pélagiens?

R. Le schisme des Donatistes s'éteignait insensiblement, lorsque l'Église se vit attaquée par de nouveaux ennemis. Pelage en fut le chef. C'était un esprit subtil, artificieux, hypocrite, qui, sans changer de sentiment, savait changer de langage. 11 niait le péché originel et la nécessité de la grâce de Jésus- Christ; il prétendait que l'homme peut, sans li grâce, et abandonné à lui-même, accomplir les commandements de Dieu. Cette nouveauté profane fut réfutée avec force par saint Ausustin. Par ses soins, on tint à Carthage un concile qui conlamna Pélasre et ses sectateurs. Les évêques de ce concile écrivirent au Pape saint Innocent, qui confirma leur sentence, et excommunia les Pélagiens (418). Après ce décret du Pape, saint Augustin regardait la cause comme terminée : « Rome a parlé, dit ce saint docteur, elle a confirmé le décret des évêques : la cause est finie; plaise à Dieu que Terreur le soit aussi! »

D. Vit-on a'ors la fin de l'erreur?

R. Non, le désir de saint Augustin ne fut point rempli. Pelage et ses partisans songèrent moins à se soumettre qu'à éviter la honte de leur condamnation. Ils levèrent le masque et en appelèrent à un concile général. Mais saint Augustin montra que cet appel était illusoire, que l'Église assemblée ne ferait autre chose que confirmer ce qui avait été décidé par les évêques d'Afrique et ratifié par le Souverain Pontife, et qu'ainsi il ne s'agissait p'us d'examiner l'hérésie, mais de la réprimer.

VIII. — HÉKÉSIE DE NESTORIUS. — CONCILE d'ÉPHÈSE. — HÉRÉSIE d'eUTYCHÈS. — DOCTEURS ET AUTRES SAINTS PERSONNAGES DU CINQUIÈME SIÈCLE.

D. L'Église, après avoir confondu les Pélagiens, n'eut-elle pas de nouvelles attaques à soutenir?

R. L'esprit d'erreur et de mensonge, après avoir attaqué par Manès l'unité de Dieu, par Arius la divinité de Jésus-Christ, par Macédonius celle du Saint- Esprit, par Pelage la nécessité de la grâce du Rédempteur, essaya d'ébranler la foi du mystère de l'Incarnation et de la maternité divine de la sainte Vierge, et pour cela il se servit de Nestorius et d'Eutychès.

D. En quoi consistait l'hérésie de Nestorius?

R. L'Église catholique avait toujours fait profession de croire qu'en Jésus -Christ, la nature divine et la nature humaine sont réunies en une seule personne , dont la sainte Vierge est véritablement la Mère. Nestorius, évêque de Constantinople, avança qu'il y avait deux personnes en Jésus -Christ, et que, par conséquent, la sainte Vierge ne devait point être appelée Mère de Dieu, mais seulement Mère du Christ. La première fois qu'on entendit ces blasphèmes dans l'Église, les fidèles s'enfuirent, pour n'avoir rien de commun avec celui qui les avait prononcés. Saint Cyrille , évêque d'Alexandrie , s'éleva fortement contre les nouvelles erreurs, et les dénonça au pape saint Célestin. Le Souverain Pontife, après avoir examiné la doctrine de Nestorius, la condamna, et menaça ce novateur de le retrancher du corps de l'Église, s'il ne rentrait en lui-même et ne se soumettait à son jugement; mais il n'en devint que plus ardent à répandre son erreur.

D. Comment Nestorius fut-il enfin condamné et déposé?

R. L'obstination de Nestorius obligea les évêques de s'assembler à Éphèse, au nombre de deux cents. Saiut Cyrille, en qualité de légat du Pape, présida le concile , qui était le troisième œcuménique. Les erreurs de Nestorius furent anathématisées, et la sainte Vierge solennellement déclarée Mère de Dieu (431). L'impie Nestorius fut déposé et exilé en Egypte; sa langue, qui avait proféré tant de blasphèmes contre Marie, tomba en pourriture, et il mourut misérablement.

D. En quoi consistait l'hérésie d'Eutychès ?

R. L'hérésie de Nestorius donna occasion à une autre qui la suivit de près. Eutychès , supérieur d'un monastère près de Constantinople, en combattant les Nestoriens , s'égara lui-même. Il enseigna qu'il n'y a dans Jésus -Christ qu'une seule nature; c'était une erreur tout opposée à celle de Nestorius. Saint Fiavien, évêque de Constantinople, après avoir essayé en vain de ramener Eutychès par la douceur, le condamna et lui ôta le gouvernement de son monastère. Le novateur, au lieu de se rendre , essaya de l'emporter à force ouverte. Mais le pape saint Léon, secondé par le pieux empereur Marcien, arrêta les progrès de l'erreur. Il convoqua à Chalcédoine un concile , qui fut le quatrième œcuménique. Les évêques s'y rassemblèrent au nombre de six cent trente. Saint Léon , n'ayant pu y venir, envoya trois légats , qui y présidèrent en son nom. On lut la lettre de saint Léon qui condamnait l'hérésie d'Eutychès. Cette lettre fut approuvée d'une voix unanime. « Nous croyons tous ainsi, s'écrièrent les évêques ; c'est Pierre qui a parlé par la bouche de Léon : anathème à quiconque ne croit pas ainsi ! » L'empereur assista en personne à la sixième session, et il déclara qu'à l'exemple de Con-

stantin, il n'avait voulu entrer dans cette assemblée que pour appuyer les décisions du concile par son autorité impériale (451) l.

D. Quels furent, au cinquième siècle, les principaux défenseurs que Dieu donna à son Église?

R. Les plus illustres furent : 1° saint Cyrille d'Alexandrie, dont le zèle éclata contre les Nestoriens; 2° saint Jérôme, célèbre par sa profonde érudition, par sa traduction de l'Écriture, connue sous le nom de Vulgale, et par la guerre ouverte qu'il fit à tous les hérétiques de son temps; 3° saint Augustin, l'un des plus beaux génies qui aient paru dans l'univers ; il fut le modèle des évoques , le fléau de l'hérésie, et la plus brillante lumière de l'Église; 4° le pape saint Léon le Grand, qui, armé d'une puissance invisible, mais supérieure à toutes les forces humaines, préserva Rome et l'Italie des fureurs d'Attila, roi des Huns. Ce redoutable conquérant, surnommé le Fléau de Dieu, avait déjà éprouvé en Gaule la puissance des serviteurs de Jésus-Christ : Sainte Geneviève , saint Aignan et saint Loup y avaient sauvé les villes de Paris, d'Orléans et de Troyes.

Depuis la mort de Théodose le Grand (395), l'empire, divisé en empire d'Orient et en empire d'Occicident, était sans cesse envahi par des peuples encore sauvages , tous ariens ou idolâtres. On vit alors un grand nombre de saints triompher de leur férocité par le seul ascendant de la vertu, et ce fut l'Église

1 Les sectateurs d'Eutychès rejetèrent les décisions dn concile, sous prétexte qu'ils y avaient été condamnés par trois évêques qui avaient composé trois ouvrages entachés d'hérésie, et appelés les Trois Chapitres. L'aflaire des Trois Chapitres fit grand bruit. Pour la terminer, on réunit le second concile de Constantinople , cinquième œcuménique , qui condamna les ouvrages incriminés , mais tout en maintenant l'autorité du concile de Chalcédoine (553). Les Eutychéens n'en persistèrent pas moins dans leur hérésie, qui subsiste encore en Orient, ainsi que celle des Nestoriens.

seule qui sauva la société , lorsque l'empire d'Occident vint à tomber sous les coups des Barbares (476)

TROISIÈME ÉPOQUE

Depuis le baptême de Clovis jusqu'au couronnement de Charlemagne, de l'an 496 à l'an 8Û0: durée, 304 ans.

1. — BAPTEME DE CLOVIS. — SAINT BENOIT : LA VIE MONASTIQUE EN OCCIDENT.

D. Quelle fut l'occasion de la conversion de Clovis?

R. Clovis, roi des Francs, était encore païen lorsqu'il épousa Clotilde, princesse chrétienne d'une grande piété. Cette vertueuse reine lui parlait souvent de Jésus-Christ: le roi l'écoutait volontiers, mais il avait peine à se rendre.

Cependant les Allemands avaient passé le Rhin; ils s'avançaient dans la Gaule pour la conquérir. Clovis, avant marché contre eux, les attaqua avec vigueur dans les plaines de Tolbiac. Mais les Allemands soutinrent vaillamment le choc, et bientôt les Francs commencèrent à plier et à se rompre. Dans cette extrémité, Clovis se souvint des avis de son épouse, il s'écria: « Dieu que Clotilde adore, secourez -moi! Si vous me rendez victorieux, je n'aurai plus d'autre Dieu que vous. » A l'instant la victoire passa du côté des Francs, les Allemands prirent la fuite et furent taillés en pièces.

On ne put douter que cette victoire ne vînt du Ciel ,

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et la belliqueuse nation des Francs connut que le Dieu de Clotilde est le vrai Dieu des armées. Clovis se rendit à Reims avec ses troupes. S'étant fait instruire par saint Rémi, évêque de cette ville, il assembla ses soldats, et les exhorta à quitter les idoles pour adorer le Dieu auquel ils étaient redevables de la victoire. De toutes parts on s'écria : « Nous renonçons aux dieux mortels; nous sommes prêts à adorer le vrai Dieu ! » La nuit de Noël 496 , l'église était illuminée et ornée de tentures magnifiques. Le roi s'y présenta pour recevoir le baptême avec trois mille hommes de son armée , la plupart officiers. Saint Rémi lui dit en le baptisant : Baisse la tête, Sicambre adouci; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. La conversion de Clovis répandit la joie dans tout le monde chrétien. C'était le seul souverain qui fût alors catholique. Depuis qu'il eut embrassé la vraie foi, il ne cessa de la protéger; exemple que ses successeurs ont imité pendant treize siècles , et qui leur a mérité le titre de Rois Très-Chrétiens. .

D. Quels saints personnages illustraient alors l'Église par l'éclat de leur vie et de leurs miracles?

R. Outre saint Rémi, qui fut l'Apôtre des Francs, et sainte Geneviève, patronne de Paris, on distingue, entre tous les autres, saint Renoît, né en Italie.

C'était saint Benoît qui devait avoir la gloire d'être le père de la vie monastique en Occident; Dieu l'y prépara en lui inspirant le dessein de se retirer, jeune encore, dans une caverne qui lui servit de demeure. Après trois années de retraite, il fut découvert, et des disciples s'attachèrent à lui en si grand nombre, qu'il lui fallut bâtir pour eux jusqu'à douze monastères (528).

Le principal établissement de saint Benoît fut le monastère du Mont-Cassin, qui devint comme le centre de son ordre. Quand le saint abbé sy rendit

pour la première fois, il restait sur cette montagne un temple d'Apollon, que les habitants des environs adoraient encore. Benoît brisa l'idole et l'autel, et convertit ce pauvre peuple. Dieu accorda à son serviteur le don de prophétie, et fit éclater sa sainteté par un grand nombre de merveilles.

D. Comment saint Benoît devint-il le père de la vie monastique en Occident?

R. Ce fut grâce à la règle admirable qu'il écrivit pour ses disciples, et qui fut adoptée dans presque tous les monastères de l'Occident. Outre les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance , cette règle imposait aux moines l'obligation de partager leur temps entre la prière, les fonctions du saint ministère, l'étude et le travail des mains. Aussi l'Église eut-elle dans les Bénédictins les auxiliaires les plus utiles, soit pour conserver les sciences et les lettres, soit pour convertir et civiliser les Barbares , qui apprirent de ces religieux à défricher le sol, et à trouver dans l'agriculture les moyens d'existence qu'ils avaient cherchés jusqu'alors dans le pillage et les combats.

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