IV. — HÉRÉSIE. DES MONOTHÉLITES. — HÉRÉSIE DES ICONOCLASTES
D. En quoi consistait l'hérésie des Monothélites?
R. Les Monothélites n'étaient que des Eutychéens déguisés. Comme ils n'osaient plus dire , depuis leur condamnation , qu'il n'y avait qu'une nature en Jésus -Christ, ils se bornaient à prétendre qu'il n'y avait en lui qu'une seule volonté. Cette nouvelle erreur fut principalement combattue par le pape saint Martin et par le saint abbé Maxime , à qui leur zèle pour la foi coûta la liberté et la vie. L'Église d'Orient fut agitée et troublée par les Monothélites jusqu'au règne de Constantin Pogonat, qui fit assembler, en 680, un concile à Constantinople. Ce concile, qui fut le sixième général , frappa d'anathème les auteurs de la nouvelle secte; elle tomba en peu de temps, et la paix fut rendue à l'Église.
D. L'Église ne courut- elle pas, sur la fin de cette
époque, un nouveau danger de la part des Icono clasles?
R. L'hérésie des Iconoclastes ou briseurs d'images, qui s'éleva dans le vnie siècle, fut d'autant plus dangereuse, qu'elle avait pour auteur le prince lui-même. Léon Tlsaurien était parvenu à l'empire par ses vertus guerrières. Quoique son ignorance fût grande en fait de sciences et de religion, il voulut cependant s'ériger en réformateur. S'étant mis dans la tête que le culte des saintes images était une idolâtrie, il entreprit de l'abolir, et ordonna d'ôter des églises toutes les images de Jésus- Christ, de la sainte Vierge et des Saints. Cette entreprise souleva tout le monde ; mais Léon , qui avait pour lui la force , exila ou fit mourir ceux qui osèrent élever la voix en faveur de la vérité. Constantin Copronyme, son fils et son successeur, persécuta les Catholiques avec plus de fureur encore; il leur fit souffrir toutes sortes d'outrages et de tourments.
L'hérésie sanguinaire des Iconoclastes ravagea l'Église d'Orient jusqu'au règne de l'impératrice Irène. Cette princesse, étant montée sur le trône, demanda au pape Adrien la convocation d'un concile général, qui fut le septième. Il se tint à Nicée en 787, et déclara que c'était une chose pieuse d'honorer les saintes images , puisque l'honneur qu'on leur rend se rapporte tout entier à l'objet qu'elles représentent.
V. — LES MISSIONNAIRES : SAINT BONIFACE. — LES CAR- LOVINGIENS. — VICTOIRE DE POITIERS.
D. La Religion , au milieu de ses pertes , n'avait-elle pas quelques sujets de consolation?
R. Le flambeau de la foi, ainsi que le soleil, ne quitte une contrée que pour aller en éclairer une
autre. A mesure que la Religion s'affaiblissait en Orient, soit par les hérésies, soit par les conquêtes des Mahométans , elle s'étendait du côté du Nord par les travaux apostoliques de plusieurs saints missionnaires. Le plus célèbre de ces missionnaires fut saint Boniface, archevêque deMayence. Toute l'Allemagne, et la Bavière en particulier, ressentit les effets de son zèle. Il l'avait trouvée presque toute idolâtre, il la rendit presque toute chrétienne. De toutes parts les temples des idoles furent abattus, ou changés en églises consacrées au vrai Dieu. Saint Boniface, après vingtcinq ans de travaux, obtint une récompense assez ordinaire aux missionnaires : il reçut la palme du martyre, et Dieu glorifia son serviteur par un grand nombre de miracles.
D. A quelle famille Dieu réserva-t-il la gloire de défendre son Église en Occident, pendant le vme siècle?
R. Dieu réserva cette gloire à la famille des Carlovingiens , qui obtint alors le pouvoir parmi les Francs, et soumit à sa domination une grande partie de l'Europe. Charles Martel, qui donna son nom aux Carlovingiens, usa de toute son influence pour seconder les travaux apostoliques de saint Boniface et des autres missionnaires. Mais Dieu destinait surtout ce grand capitaine à être le sauveur de l'Europe et de la chrétienté. Les musulmans venaient de faire la conquête de l'Espagne sur les Visigoths. Au nombre de plus de quatre cent mille , ils franchirent les Pyrénées sous la conduite d'Abdérame, et se répandirent comme un torrent irrésistible dans les plaines de la Gaule. Déjà ils avaient mis à feu et à sang toute l'Aquitaine, incendié l'église de Saint-Hilaire à Poitiers, et ils s'avançaient vers Tours pour y livrer au pillage la riche basilique de Saint-Martin. Mais Charles Martel accourut à leur rencontre , et leur livra la célèbre bataille de Poitiers, dans laquelle il mérita le surnom de Martel,
parce qu'il lut comme le marteau qui écrasa ces barbares. Plus de trois cent mille, dit-on, y perdirent la vie avec leur chef, et les Musulmans apprirent dès lors à regarder les Francs comme les plus redoutables défenseurs de la Chrétienté (732).