‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 18 sur 56 · III. — L'an 1000. — la trêve de dieu · texte numérisé non relu

III. — L'an 1000. — la trêve de dieu

D. Quelle fut l'impression générale à l'occasion de l'an 1000?

R. Un passage de l'Apocalypse, mal interprété, avait servi à accréditer l'opinion que, l'an 1000, Jésus- Christ viendrait juger les vivants et les morts; et ce fut sous l'impression de la plus vive frayeur que les populations, surtout en France, s'attendirent avoir finir le monde avec l'année 999. La guerre, la famine et les autres fléaux qui désolaient alors l'Europe, parurent autant de signes précurseurs de la grande catastrophe. On oublia les intérêts du temps pour ceux de l'éternité; les pécheurs se convertirent en foule, les ennemis se réconcilièrent, et tous les fidèles , pressés autour des autels , se préparèrent avec ferveur à l'heure décisive du dernier jour. Mais l'heure fatale passa comme les autres, et le jour de Pâques, qui était alors le premier de l'année, convia de nouveau tous

les fidèles à l'allégresse. Il semblait que le monde fût ressuscité avec Jésus- Christ. L'an 1000 donna un nouvel élan à la foi de nos pères , qui , dans leur reconnaissance, élevèrent à Dieu de riches basiliques, fondèrent de nombreux monastères et se mirent à cultiver, au profit de la religion, les sciences, les lettres et les arts. Une foule de pèlerins visitèrent à Rome les tombeaux des Apôtres, et un Pape français, le savant le plus illustre de son temps, Sylvestre II, donna le premier signal des Croisades (1001).

D. Que fit l'Église , au xie siècle, pour maintenir la paix parmi les Chrétiens?

R. Comme les seigneurs s'attribuaient alors le droit de soutenir à main armée leurs intérêts personnels et aussi leurs passions , on ne voyait dans toutes les provinces que guerres privées accompagnées de meurtres et de brigandages. L'Église usa de toute son influence pour y mettre un terme, et elle proclama pour cinq ans la Paix de Dieu, en menaçant de ses plus terribles anathèmes quiconque oserait la violer. Au bout de cinq ans , la Paix de Dieu fut changée en Trêve de de Dieu : toute guerre privée fut interdite durant Pavent, le carême et quatre jours de chaque semaine, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin (1041). Ce fut ainsi que l'Église rendit à la société l'immense bienfait de la protéger contre la force brutale , et , pour garantir la sécurité des faibles, elle déclara inviolable toute personne qui ne portait pas les armes , les clercs , les pèlerins, les femmes, les enfants et les laboureurs avec leurs instruments de travail.

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