‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 21 sur 56 · IV. — DEUXIÈME CROISADE. — ÉPREUVE DE SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

IV. — DEUXIÈME CROISADE. — ÉPREUVE DE SAINT BERNARD

D. Quelle fut l'occasion de la deuxième croisade?

R. La Terre-Sainte était en grand danger de retomber entre les mains des infidèles, qui venaient de prendre Édesse et de massacrer plus de trente mille Chrétiens. Le roi de Jérusalem demandait du secours aux princes d'Occident. Saint Bernard reçut ordre du

Pape de prêcher une croisade. Il le fit en France et en Allemagne avec un succès prodigieux , et sa prédication fut soutenue par des miracles sans nombre. Louis le Jeune, roi de France, et Conrad, empereur d'Allemagne, partirent chacun avec une armée considérable. De si grandes forces étaient bien capables de repousser les infidèles ; mais presque tout périt , soit par la mauvaise conduite des croisés, soit par les pièges que leur tendirent les Grecs. Les deux souverains mirent le siège devant Damas, et ils n'y éprouvèrent que honte et revers (1147-4149).

D. Saint Bernard ne fut-il pas persécuté au sujet de la croisade qu'il avait prêchée?

R. Dans le chagrin qu'excita le fâcheux succès de la seconde croisade, bien des gens éclatèrent en murmures contre saint Bernard, qui l'avait prêchée. Mais il se justifia en disant, comme il était vrai, que les croisés avaient atliré la colère de Dieu par leurs désordres, de même que les Israélites autrefois avaient été exclus de la Terre promise, à cause de leurs infidélités. A ces raisons et. aux miracles qu'il avait faits en prêchant cette croisade , saint Bernard ajouta un dernier miracle pour sa justification. Un père lui présenta son fils aveugle, afin qu'il lui rendît la vue. Alors le saint abbé, imposant les mains à l'enfant, fit à Dieu cette prière : « Seigneur, si vous êtes l'auteur de ma prédication , qu'il vous plaise de le montrer, en guérissant cet aveugle. » Aussitôt l'enfant recouvra la vue. Saint Bernard mourut peu de temps après cette épreuve, que le Seigneur lui avait ménagée pour achever de le sanctifier. On le regarde comme le dernier des Pères de l'Église : ses vertus et ses talents extraordinaires l'élèvent au-dessus de tout éloge.

V. — ARNAUD DE BRESCIA. — FRÉDÉRIC Ier BARBEROUSSE. — SAINT THOMAS DE CANTORBÉRY.

D. De quelle nouvelle hérésie l'Église fut-elle attaquée dans la première moitié du xir siècle?

R. Un prêtre italien de Brescia, nommé Arnaud, céda à la tentation de se rendre célèbre, en imaginant une nouvelle doctrine : il prétendit que le domaine spirituel et le domaine temporel sont incompatibles. de telle sorte que tous les biens temporels ne peuvent appartenir qu'aux laïques, comme les biens spirituels n'appartiennent qu'à l'Église; d'où il concluait que les ecclésiastiques ne doivent rien posséder, sous peine de damnation éternelle. Une erreur si pernicieuse fut éloquemment réfutée par saint Bernard, et elle fut condamnée par le second concile de Latran, qui était le dixième œcuménique i 1139 . Mais Arnaud de Brescia, au lieu de se soumettre, ne fit que déclamer avec plus de violence contre le pouvoir'temporel des Papes. Les Romains, assemblés au Capitole, nommèrent un sénat, proclamèrent la république, et s'attribuèrent le droit d'enlever au clergé tous ses biens , sous prétexte qrnl n'avait pas le droit de les posséder. La ville de Rome était, depuis dix ans, livrée au brigandage, lorsque l'empereur Frédéric Ier Barberousse fit arrêter l'hérésiarque, qui fut attaché à un poteau et étranglé: puis on brûla son corps, dont les cendres furent jetées dans le Tibre 1155 . Mais son eireur ne périt point

1 Le presser concile de Latran, neuvième œcuménique , avait terminé l'affaire des Investitures (1123). Le pape Alexandre III convoqua, en 1179, le troisième concile de Latran , onzième œcuménique , pour condamner l'antipape nommé par Frédéric Barbe- . et les Albigeois et autres hérétiques qui excitaient ùa troublée dans le midi de la Fi

avec lui : elle fut adoptée par les hérétiques albigeois; Luther et Calvin la renouvelèrent, et les princes n'ont pas manqué de s'en prévaloir pour confisquer à leur profit les biens ecclésiastiques.

D. Le Saint-SÎége n'eut-il pas à soutenir une nouvelle lutte contre l'empereur d'Allemagne?

R. L'empereur d'Allemagne, Frédéric Ier Barberousse, trouva des docteurs assez complaisants pour lui attribuer un pouvoir sans bornes , tel que l'avaient eu autrefois les Césars romains ; et il fit proclamer en sa faveur ce principe païen , que le bon plaisir du prince a force de loi (1158). Son dessein était d'asservir le Saint-Siège avec l'Italie. Mais Dieu avait donné à l'Église un chef énergique, capable de défendre sa liberté contre le despotisme impérial : le pape Mexandre III excommunia l'Empereur et son antipape. Milan et plusieurs autres villes du Nord de ^'Italie firent cause commune avec le Saint-Siège , et mondèrent en l'honneur d'Alexandre III la ville d'Alexandrie, qui repoussa toutes les attaques de l'armée impériale. Vaincu, Frédéric Barberousse s'engagea à respecter l'indépendance du Souverain Pontife , et à partir pour la troisième croisade.

D. Qui défendit la liberté de l'Église d'Angleterre, à la même époque ?

R. Ce fut saint Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et primat d'Angleterre. Le roi Henri II, dont il avait été d'abord l'ami et le chancelier, avait surpris son consentement à des décrets qui supprimaient la liberté de l'Église. Mais le saint Archevêque ne tarda pas à se rétracter en présence d'une nombreuse assemblée. Ni les menaces, ni les outrages les plus indignes ne purent ébranler sa fermeté ; il en appela au tribunal du Souverain Pontife. Forcé de chercher un refuge en France , il y fut encouragé dans sa résistance par le pape Alexandre III, qui s'était exilé comme lui, pour

échapper aux violences de l'Empereur. Cependant Henri II céda à la crainte de voir l'interdit jeté sur son royaume : il parut faire une réconciliation sincère avec l'archevêque , qui rentra en triomphe dans son diocèse. De nouveaux actes de fermeté offensèrent le roi ; et un jour qu'il était à table , il demanda avec colère si, parmi tant de chevaliers qui mangeaient son pain , il ne s'en trouverait pas un pour le délivrer de ce prêtre, qui attentait aux droits de sa couronne. Quatre chevaliers partirent aussitôt : ils surprirent le prélat dans le choeur de sa cathédrale , au moment où il allait célébrer l'office avec son clergé. « Où est le traître? » s'écrièrent -ils; et, comme personne ne répondait, ils demandèrent : « Où est l'évêque? — Me voici , dit-il : que me voulez-vous? — Que tu meures ; » et, se jetant sur lui, ils le frappèrent de plusieurs coups d'épée au pied de l'autel (1170). Dieu glorifia le défenseur de son Église par un grand nombre de miracles, et le roi Henri II, renonçant à des décrets iniques, vint nu-pieds, en costume de pénitent, faire une réparation éclatante au tombeau du saint martyr.

VI. — TROISIÈME CROISADE, CONTRE SALADIN. — QUA- TRIÈME CROISADE. — EMPIRE LATIN DE CONSTANTI- NOPLE.

D. Quel événement donna lieu à la troisième croisade?

R. Le sultan Saladin, maître de l'Egypte et de l'Asie occidentale, avait gagné sur les Chrétiens la grande bataille de Tibériade; il y avait pris la vraie Croix avec le roi de Jérusalem, et la ville même de Jérusalem était tombée en son pouvoir (1187). La nouvelle de ce désastre répandit la consternation dans

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tout l'Occident. Guillaume, archevêque de Tyr, y prêcha la croisade, et tous les fidèles y contribuèrent, en payant la dîme saladine, dixième partie de leurs revenus destinée aux frais de la guerre contre Saladin. Les trois souverains les plus puissants de l'Europe prirent la croix: l'empereur d'Allemagne, Frédéric Barberousse, qui partit le premier et trouva la mort dans les eaux du Cydnus ; les rois de France et d'Angleterre, Philippe-Auguste et Richard, qui cessèrent de se faire la guerre pour aller combattre ensemble les ennemis de la religion. Arrivés en Orient, ils se joignirent aux Chrétiens , qui depuis deux ans assiégeaient Saint -Jean -d'Acre. La ville capitula, et l'un des premiers articles du traité fut que Saladin rendrait la vraie Croix (1191). Malgré les prodiges de valeur que fit Richard Cœur-de-Lion, on ne put reprendre Jérusalem, et Saint- Jean -d'Acre devint le refuge des Chrétiens d'Orient, où ils attendirent longtemps, mais en vain, l'occasion de rétablir le royaume de Jérusalem. La troisième croisade fut suivie d'une nouvelle expédition , qui n'eut aucun succès (1197).

D. La quatrième croisade fut-elle plus heureuse que les précédentes?

R. A envisager humainement les choses, cette croisade fut couronnée du succès le plus éclatant ; mais , à les considérer dans l'ordre de la religion, elle eut les suites les plus funestes. Un grand nombre de Français étaient partis pour la Palestine, grâce à l'éloq°uence entraînante de Foulques , curé de Neuillysur-Marne. Manquant d'argent, ils avaient consenti à se joindre aux Vénitiens pour prendre la ville de Zara en Dalmatie. Ils y attendaient la saison favorable pour s'embarquer, lorsque le jeune Alexis, fils de l'empereur grec, vint implorer leur secours contre un usurpateur. Il promettait de rétablir l'union entre

l'Église grecque et l'Église latine, et de contribuer de tout son pouvoir à la conquête de la Terre -Sainte. Ainsi, au lieu d'aller en Palestine, comme le voulait le pape Innocent III, on fît voile vers Constantinople : il ne fallut aux croisés que six jours pour emporter la place.

L'usurpateur prit la fuite, et le jeune Alexis fut couronné empereur. Mais bientôt après, ce prince avant été étranglé par un de ses officiers, qui s'empara du trône, les croisés se crurent autorisés à venger sa mort. Constantinople fut attaquée de nouveau, prise d'assaut et abandonnée au pillage. Les croisés nommèrent empereur Baudouin, comte de Flandre, et, uniquement occupés à maintenir ce nouvel empire, ils oublièrent la Terre-Sainte, pour laquelle ils avaient pris les armes.

Cette conquête des Latins, loin de faciliter la réunion des Grecs à l'Église romaine, acheva de les en séparer. Les excès commis dans la prise et le pillage de Constantinople leur inspirèrent une haine violente contre les Latins ; et c'est à cette époque qu'on peut placer la rupture entière et le schisme consommé de l'Église grecque [1204).

VII. — INNOCENT III. — CROISADES CONTRE LES PAÏENS DE LA BALTIQUE, LES MAURES D'ESPAGNE ET LES AL- BIGEOIS.

D. Comment le pape Innocent III signala-t-il son pontificat?

R. Innocent III, élu pape à l'âge de trente-neuf ans, malgré sa résistance et ses larmes, signala son pontificat par un zèle extraordinaire et par l'heureuse influence qu'il exerça dans toute la chrétienté (1198-

1216). En même temps qu'il s'appliquait à y faire fleurir la justice et la paix, il ne cessait d'y prêcher la guerre sainte contre les infidèles. La quatrième croisade avait trompé ses espérances; mais le succès répondit à ses efforts dans une croisade contre les Prussiens et autres peuples païens des bords de la Baltique, et la foi pénétra dans le dernier repaire que l'idolâtrie eût conservé en Europe.

Restait à établir la foi au sud de l'Espagne , où les Maures venaient de réunir une armée formidable. A l'appel d'Innocent III, les chevaliers français prirent la croix pour voler au secours du roi de Gastille, qu'entouraient déjà tous les autres rois espagnols et les chevaliers des ordres religieux et militaires d'Alcantara, de Calatrava, de Saint-Jacques de Compostelle et d'Avis. Ce fut en vain que l'émir des infidèles, portant d'une main l'épée, de l'autre le Coran, s'efforça de soutenir le courage de ses soldats, enchaînés les uns aux autres pour opposer une résistance invincible : tout plia devant l'ardeur des croisés invoquant la protection de la Mère de Dieu , et plus de cent mille Musulmans jonchèrent de leurs cadavres la plaine de Navas de Tolosa (1212). Cette glorieuse journée assurait l'indépendance et la foi de l'Espagne.

D. Quelle hérésie Innocent III eut-il à combattre?

R. Il eut à combattre l'hérésie des Albigeois, qui s'était répandue dans tout le midi de la France, et notamment dans le diocèse d'Albi. Cette hérésie, empruntée aux Manichéens et aux Ariens, admettait l'existence de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais ; elle niait la divinité de Notre -Seigneur Jésus- Christ, rejetait les sacrements et la hiérarchie ecclésiastique, et autorisait des excès également funestes à la religion et à la société. Les prédications de saint Dominique et des autres missionnaires furent impuissantes contre le fanatisme des Albigeois , que favori-

saient les principaux seigneurs du pays. Raymond, comte de Toulouse, alla même jusqu'à faire assassiner le légat du Saint-Siège. Ce fut alors qu'Innocent III prêcha la croisade contre les Albigeois. Le commandement de Tannée fut confié à l'un des plus braves chevaliers de la chrétienté, Simon, comte de Montfort, qui enleva aux hérétiques leurs places fortes, et acheva de ruiner leurs espérances par la glorieuse victoire de Muret (1213). Le quatrième concile de Latran, douzième œcuménique, condamna solennellement les erreurs des Albigeois, qui ne tardèrent pas à disparaître. Ce fut dans ce même concile qu'Innocent III, voulant remédier au relâchement des fidèles , leur imposa l'obligation de recevoir, au moins une fois l'an, pendant le temps pascal, les sacrements de pénitence et d'eucharistie (1215). Ce saint Pape eut enfin la consolation d'approuver les deux ordres des Dominicains et des Franciscains, destinés à donner au monde l'exemple de la plus haute perfection évangélique.

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