‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 28 sur 56 · III. — HÉRÉSIE DES HUSSITES · texte numérisé non relu

III. — HÉRÉSIE DES HUSSITES

D. Quelle était l'hérésie des Hussites?

R. Jean Hus, auteur de cette hérésie, attaquait les indulgences, l'autorité infaillible de l'Église, et plusieurs autres articles de notre foi. Comme il n'admettait d'autre autorité que celle de l'Écriture sainte , et qu'il attribuait aux simples fidèles la même compétence qu'aux évêques en matière de doctrine, il lui fut facile de répandre ses erreurs parmi le peuple de Prague et de toute la Rohême. Il était d'ailleurs protégé par cet empereur Wenceslas Y Ivrogne qui avait fait noyer Jean Népomucènc, parce que le saint mar-

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tyr avait refusé de lui révéler la confession de l'impératrice son épouse. Enfin les troubles survenus dans l'Église et en Allemagne avaient encore ajouté à l'audace de Jean Hus, lorsqu'il fut cilé devant le concile de Constance. Il consentit à s'y présenter, et déclara par écrit qu'il voulait bien être jugé et puni, si on pouvait le convaincre d'aucune erreur. Alors l'empereur Sigismond lui donna un sauf- conduit, non pour le garantir du châtiment, auquel il se soumettait luimême, mais pour lui faciliter les moyens de se justifier, s'il était calomnié, comme il le disait.

D. Jean Hus se soumit-il au concile ?

R. Jean Hus, arrivé à Constance, se mit à dogmatiser, sans même attendre le jugement du concile; puis, convaincu d'erreur, il refusa opiniâtrement de se rétracter et de se taire. Alors cet hérésiarque obstiné fut saisi, dégradé des saints ordres, et livré au magistrat de Constance , qui , suivant les lois impériales contre les impies, le condamna à être brûlé avec ses livres. Le concile ne sollicita point son supplice; mais il laissa agir la justice du souverain, qui certainemeut peut, pour le bien de l'État, punir ceux qui troublent l'ordre , en répandant de mauvaises doctrines, ordinairement plus funestes à la tranquillité publique que les vols et les assassinats. L'hérésie de Jean Hus en fournit une preuve éclatante l.

1 Jean Hus avait emprunté une partie de ses erreurs à Jean

Wielef, hérésiarque anglais, dont les écrits furent condamnés par le concile de Constance. Wielef prétendait qu'il faut être en état de grâce pour avoir le droit de posséder des biens et d'exercer l'autorité. C'était fournir au peuple un beau préteste pour dépouiller les riches et désobéir aux magistrats. Les habitants des campagnes se révoltèrent, en réclamant l'égalité, et on les entendait répéter : i Lorsque Adam bêchait, et qu"Ève filait, qui donc était gentilhomme ?» La ville de Londres tomba au pouvoir de ces fanatiques , qui s'y livrèrent aux plus grands excès. C"est à bon droit qu'on a regardé Jean Wielef comme le digne précurseur de JeaD Hus et de Martin Luther.

D. Qu'arriva-t-il après le supplice de Jean Hus?

R. Les sectateurs de Jean Hus, appelés de son nom Hussites , prirent les armes et mirent à feu et à sang la ville de Prague. Wenceslas en mourut de rage et de frayeur. Toute la Bohême tomba au pouvoir de ces fanatiques, qui se disaient le seul vrai peuple de Dieu , et s'attribuaient la mission d'exterminer tous les autres peuples, qu'ils traitaient de Philistins. Après avoir saccagé l'Allemagne, ils furent vaincus par les troupes impériales, et ramenés à la vraie foi par les députés du concile de Bàle.

IV. — CONCILE DE BALE ET DE FLORENCE. — SECONDE RÉUNION DES GRECS. — LES TURCS A CONSTANTINOPLE.

D. Que se passa-t-il au concile de Bâle?

R. Le concile de Bàle avait été convoqué par le pape Martin V, pour opérer la réconciliation des Hussites. Lorsqu'il l'eut opérée, il voulut faire dans l'Église plusieurs réformes , qui avaient été projetées dans le concile de Constance. On le vit alors publier des décrets qui établissaient la supériorité du concile général sur le Pape , accordaient la faculté d'en appeler du Pape au concile , et violaient en beaucoup d'autres points les droits du Saint-Siège. Le pape Eugène IV rejeta ces décrets et excommunia l'assemblée. Quelques évêques allèrent jusqu'à le déposer et à nommer un antipape, Félix V, qui avait d'abord été duc de Savoie (1439). Ce nouveau schisme dura dix ans, au bout desquels l'antipape abdiqua. Mais les décrets schismatiques du concile, adoptés en partie par le roi de France et par d'autres souverains, devaient être

longtemps invoqués contre l'autorité du Saint-Siège *.

D. Qu'y eut -il de remarquable dans le concile de Florence?

R. Le concile tenu à Florence avait été convoqué par le pape Eugène IV pour arrêter les tendances schismatiques du conciliabule de Bâle, et pour opérer la réunion des Grecs. Ce concile, le seizième œcuménique, fut composé de Latins et de Grecs, parmi lesquels figuraient l'empereur Jean Paléologue, le patriarche de Constantinople, et un grand nombre d'autres prélats de l'Église d'Orient.

A Florence, les Grecs renouvelèrent ce qu'ils avaient ofait à Lyon cent cinquante ans auparavant; ils abjurèrent le schisme, et donnèrent une profession de foi conforme à celle de l'Église romaine, dans laquelle ils reconnaissaient en particulier que le Saint-Esprit procède également du Fils et du Père, et que le Pape est le Chef de l'Église universelle (1-439). Mais cette réunion ne dura pas plus que la précédente. Quand les patriarches et les autres prélats grecs furent de retour à Constantinople , ils trouvèrent le clergé et le peuple de cette ville étrangement prévenus contre l'union avec l'Église latine. Intimidés par ce déchaînement de leurs concitoyens, ils renoncèrent à ce qu'ils avaient fait à Florence, et le schisme fut consommé sans retour.

D. Quelle punition Dieu tira-t-il de l'opiniâtreté des Grecs?

1 Charles VII, roi de France, publia la Pragmatique -Sanction de Bourges, qui donnait force de loi à plusieurs décrets du conseil sehismatique de Bâle (1438). La Pragmatique, publiée sans l'aveu et malgré les réclamations du Saint - Siège , fut abolie et remplacée par le célèbre Concordat de Léon X et de François Ier (1516). Ce Concordat eut force de loi jusqu'à la Révolution française; mais les ennemis du Saint-Siège ne cessèrent d'invoquer plusieurs articles de la Pragmatique , pour restreindre l'autorité pontificale au profit de ce qu'on appelait les Libertés de l'Église gallicane.

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R. Un endurcissement si criminel ne resta pas sans punition. Mahomet II, sultan des Turcs, vint mettre le siège devant Constantinople avec une armée de trois cent mille hommes. La ville fut emportée d'assaut. Rien n'échappa à l'épée des vainqueurs : ils firent un carnage horrible des habitants , et pendant trois jours que dura le pillage, ils commirent les plus grands excès (1453).

Ainsi périt l'empire grec de Constantinople, après avoir duré plus de onze cents ans depuis le grand Constantin, Ce fut une punition manifeste de l'opiniâtreté des Grecs schismatiques. Ils n'ont pas voulu reconnaître l'autorité du successeur de saint Pierre, et ils sont tombés sous le joug des infidèles, sans pouvoir jamais en attendre que l'oppression et l'es-

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