IV. — LE CALVINISME EN FRANCE. — ABJURATION DE HENRI IV
D. A quels excès les Calvinistes se portèrent-ils en France?
R. Les Calvinistes français, ayant mis à leur tête des chefs ambitieux, excitèrent d'abord des troubles et formèrent une conspiration pour s'emparer du pouvoir. Leur plan fut déjoué, et ils saisirent un prétexte pour commencer des guerres civiles accompagnées des plus horribles excès. Ces fanatiques détruisirent
jusqu'à vingt mille églises. Dans une seule province du Midi, ils tuèrent deux cent cinquante-six prêtres et cent douze religieux; ils livrèrent au feu cinq cents villes ou villages. Leur fureur se porta jusque sur les reliques des saints, qu'ils brûlaient ignominieusement, quand ils pouvaient les enlever, et dont ils jetaient les cendres au vent.
D. Quelle opposition les Calvinistes rencontrèrentils?
R. Le gouvernement était alors entre les mains d'une femme ambitieuse et sans scrupule, la reine mère Catherine de Médicis, qui espéra d'abord assurer son pouvoir, en se conciliant l'appui des hérétiques. Effrayée bientôt de leurs prétentions, elle résolut de s'en défaire à tout prix, et sa fausse politique amena le massacre d'un grand nombre de protestants le jour de la Saint-Barthélémy (1572). Ce fut un crime inutile : les protestants reprirent les armes, et ils obtinrent des conditions si avantageuses, qu'elles compromettaient l'avenir de la vraie Religion. Mais les Catholiques formèrent une ligue pour défendre eux-mêmes, à leurs risques et périls, le plus précieux de tous leurs biens, que )o gouvernement ne pouvait plus leur garantir. La France presque tout entière entra dans la Ligue. On ne voulait point d'un roi hérétique, et l'héritier de la couronne , Henri IV, ne devint maître de Paris qu'après avoir abjuré le calvinisme.
D. Comment Henri IV se détermina-t-il à faire l'abjuration du calvinisme?
R. Ce furent les ministres de cette secte, qui, contre leur intention, achevèrent de le déterminer à l'importante démarche qu'il mé 'itait. Le prince s'était déjà fait instruire dans la religion catholique. Avant de se déclarer, il voulut sav ir ce qu'en pensaient les ministres protestants, et il leur demanda s'ils croyaient qu'on pût se sauver dans 1 Église romaine. Ils furent
obligés de convenir qu'on le pouvait. « Pourquoi donc, reprit le roi, l'avoir abandonnée? Les Catholiques soutiennent qu'on ne peut se sauver dans la vôtre; vous convenez qu'on peut se sauver dans la leur : le bon sens veut que je prenne le plus sûr, en préférant une religion dans laquelle, de l'aveu de tout le monde, je puis faire mon salut. » Le roi agit en conséquence : il abjura solennellement le calvinisme (1593 , et reçut du Pape l'absolution des censures qu'il avait encourues par l'hérésie. L'abjuration du roi lui assura la couronne , et rendit la paix à la France. C'était un triomphe pour la foi catholique.
V. — LES SAINTS ET LES OEUVRES CATHOLIQUES DU XVIIe SIÈCLE. — LES MISSIONS; LES MARTYRS DU JA- PON.
D. Quel fut, au xvir3 siècle, le fruit des réformes inspirées par le concile de Trente?
R. Ce fut l'esprit de zèle et de lumières qui se répandit alors dans toute l'Église, et qui parut avec éclat dans un grand nombre de saints, de personnages illustres et d'oeuvres admirables. Saint François de Sales, évêque de Genève, se signala par l'ardeur de son zèle apostolique et par la suavité de ses écrits. Il convertit des milliers d'hérétiques et fonda, avec sainte Jeanne de Chantai, l'ordre de la Visitation. Un saint non moins célèbre que lui, et qu'il estimait le plus digne prêtre de l'Église de Dieu, ce fut saint Vincent de Paul , le fondateur de la Congrégation de Saint- Lazare et de ces Filles de la Charité, qui ont rendu leur nom si populaire par leur dévouement au service des malades, des pauvres et des enfants. Le cardinal
de Bérulle venait d'introduire en France la Congrégation de l'Oratoire, lorsqu'on vit s'élever, sous les auspices de M. Olier, la Congrégation de Saint-Sulpice, si renommée par le talent particulier qu'elle a reçu de Dieu pour la direction des séminaires (1645 . Quelques années plus tard, le vénérable de la Salle établit à Reims, pour l'éducation des enfants du peuple, les Frères des Écoles chrétiennes (1679) : institution admirable dans sa simplicité même, contre laquelle les efforts de l'impiété moderne sont restés jusqu'ici impuissants.
Ces pieux- établissements , et beaucoup d'autres semblables, ranimèrent la ferveur dans le clergé et parmi les fidèles. Aussi peut-on dire, surtout de la France, que le xvne siècle fut un siècle chrétien. La religion inspira la plupart des chefs-d'œuvre littéraires qu'il nous a laissés ; et Dieu lui donna Bossuet, Fénelon , Bourdaloue et une foule d'autres personnages célèbres, pour confondre l'hérésie et l'impiété. S'il y eut alors de grands scandales, ils furent du moins réparés par une pénitence exemplaire. Les cloîtres, devenus plus nombreux, servirent d'asile à plusieurs âmes d'élite , parmi lesquelles l'Église a signalé une humble fille de la Visitation , la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque : il plut à Jésus-Christ de lui révéler les trésors infinis de son amour pour les hommes, et de lui confier la mission de répandre le culte du Sacré-Cœur (1674 .
D. Dans quels pays les missionnaires du xvne siècle portèrent-ils l'Évangile?
R. Dieu suscita, dans tout le cours du xvne siècle, une foule d'hommes apostoliques qui allèrent porter l'Évangile chez les peuples schismatiques ou infidèles, en Grèce , en Syrie , en Egypte , dans le cœur de l'Afrique et de l'Asie, et dans presque toute l'étendue de l'Amérique. Il y eut des missions florissantes au
Canada et dans le Mexique. Au sud du Paraguay, près de l'Assomption et jusque sur la frontière du Brésil, les Indiens convertis formèrent ces admirables Réductions, qui reproduisirent la simplicité, l'innocence et le bonheur de la vie patriarcale. En même temps , l'empire de la Chine s'ouvrait enfin à l'Évangile, et le vrai Dieu avait un temple jusque dans Pékin (1600). Rien ne pouvait rebuter le zèle des missionnaires, ni la distance des lieux, ni les incommodités des divers climats, ni la barbarie des peuples à qui ils portaient la parole du salut.
D. Quelle persécution affligea l'Église au xvir3 siècle?
R. Ce fut la persécution qu'endurèrent les chrétiens du Japon, depuis la fin du xvie jusqu'au milieu du xviie siècle. Il n'y en eut jamais de plus longue et de plus cruelle. Les successeurs de saint François Xavier avaient converti des milliers de Japonais. Un tyran , jaloux de leur nombre et de leur influence , ordonna de les livrer au supplice. On employa contre eux les divers genres de tourments que put imaginer la cruauté la plus raffinée. Tous les ouvriers évangéliques furent mis à mort; le sang des fidèles ruissela de toutes parts, et la rage des persécuteurs ne s'arrêta que lorsqu'elle ne trouva plus de victimes à immoler (1650). Depuis lors, le Japon resta fermé à tous les Européens , excepté aux Hollandais : ces hérétiques consentirent, dans l'intérêt de leur commerce, à fouler aux pieds la croix de Jésus -Christ, pour débarquer sur ce sol arrosé par le sang des martyrs.