‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 35 sur 56 · VI, — LE JANSE'NISME. — LA DÉCLARATION DES QUATRE ARTICLES · texte numérisé non relu

VI, — LE JANSE'NISME. — LA DÉCLARATION DES QUATRE ARTICLES

D. Quelle fut la principale hérésie du xvne siècle?

R. Ce fut le jansénisme, l'hérésie la plus artificieuse peut-être de toutes celles qui ont paru jusqu'à présent. Un évêque de Belgique, Jansénius, en fut Fauteur. Il la déposa dans un livre qui fut intitulé Augustinus, comme si ce livre n'eût contenu que la doctrine de saint Augustin; mais il contenait, en effet, celle de Calvin, un peu mitigée. On y voit entre autres ces désespérantes propositions : L'homme ne peut résister à la grâce; Jésus-Christ n'est pas mort pour tous les hommes; il y a des commandements de Dieu impossibles, non-seulement aux pécheurs , mais encore aux justes; et la grâce même leur manque pour pouvoir les accomplir. C'est faire de Dieu un tyran qui ordonne l'impossible, et de l'homme une machine qui se porte nécessairement au bien quand il a la grâce, et au mal quand il ne l'a pas (1640).

D. Quelle fut la marche des Jansénistes, tant avant qu'après la condamnation de leurs erreurs?

R. Avant que le Souverain Pontife eût porté son jugement sur ces dangereuses erreurs, les partisans de Jansénius avaient protesté de la plus entière soumission. Dès qu'ils les virent condamnées (1653', ils soutinrent qu'elles n'étaient pas dans VAugustinus, comme si l'Église, qui est inspirée pour discerner l'erreur de la vérité, pouvait voir dans un livre des erreurs qui n'y sont pas. Telle fut pourtant la thèse défendue à outrance par le docteur Arnauld , chef de la secte. Les Jésuites se signalaient parmi ses plus redoutables adversaires ; ils avaient été les premiers à découvrir le venin de la nouvelle hérésie, et ils ne

cessaient de la poursuivre dans ses vaines subtilités. C'en fut assez pour mériter la haine implacable des sectaires. Le célèbre Pascal se cacha sous le voile de l'anonyme pour attaquer les Jésuites dans ses Lettres Provinciales , qui n'étaient qu'un tissu de faits dénaturés et d'assertions exagérées ou calomnieuses. Ces Lettres n'en eurent pas moins un grand retentissement, grâce au talent de l'écrivain et à l'esprit de cabale; mais l'Église les condamna. Ce fut en vain que les Jansénistes opposèrent une résistance opiniâtre en France et en Hollande. La bulle Unigenitus, qui, dans les erreurs de Quesnel condamnait de nouveau celles de Jansénius, fut reçue avec autant de joie que de respect par les évoques de tout l'univers chrétien (1713). L'archevêque de Paris fit seul exception avec quatre autres prélats français , et on leur donna le nom d'Appelants, parce qu'ils appelaient de la bulle au futur concile.

D. N'y avait-il pas eu en France un autre exemple de résistance à l'autorité du Saint-Siège?

R. Les Jansénistes profitèrent de l'exemple qu'avait donné le roi de France, Louis XIV. Ce monarque, jaloux à l'excès de ce qu'il croyait être les droits de sa couronne , avait convoqué à Paris une assemblée du clergé , afin de limiter en France l'exercice de l'autorité pontificale. L'assemblée ne se composa que de trente -quatre prélats, moins du tiers de l'épiscopat français : et tous paraissaient peu disposés à reconnaître les droits du Saint-Siège. L'évêque de Meaux, Bossuet, profita de l'ascendant de son génie et de son éloquence pour maintenir ses collègues dans la communion avec Rome ; mais cédant aux inspirations du roi et de ses ministres , il consentit à rédiger en quatre articles la célèbre Déclaration du clergé de France sur la puissance ecclésiastique (1682). On y établissait que le Pape n'a aucun droit sur le pouvoir tempo-

rel des princes, que son autorité est inférieure à celle d'un concile œcuménique , qu'il ne peut l'exercer contrairement aux canons et aux usages de l'Église gallicane, et que ses jugements en matière de foi ne sont pas infaillibles (4682).

D. Qu'arriva-t-il après cette Déclaration?

R. Le Souverain Pontife la condamna, et tous les théologiens du monde catholique protestèrent contre les doctrines formulées par l'assemblée de 1682. Ces doctrines semblaient menacer l'Église d'un nouveau schisme, et elles rencontrèrent de nombreux adversaires dans l'épiscopat français. « Les libertés de l'Église gallicane, écrivait Fénelon, sont de véritables servitudes : libertés à l'égard du Pape, servitudes envers le roi. » Louis XIV persista pendant quelques années à maintenir la Déclaration; mais, effrayé des troubles qui en étaient la suite, il écrivit au Souverain Pontife une lettre de rétractation. Les quatre articles n'en continuèrent pas moins d'être invoqués contre le Saint-Siège par les Jansénistes, les parlements et les incrédules du xvme siècle.

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