IX. — VOLTAIRE ET JEAN -JACQUES ROUSSEAU. PROGRÈS DE L'INCRÉDULITÉ
D. Quel fut le principal chef des incrédules? R. Ce fut Voltaire, l'ennemi déclaré de Notre- Seigneur Jésus-Christ et du Christianisme, qu'il appelait
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l'infâme. Dans sa rage frénétique contre notre sainte Religion , il ne cessait de répéter à ses complices : « Courez tous sus à l'infâme! Écrasez l'infâme! » Pour cette œuvre infernale, tous les moyens lui semblaient bons, mais surtout le sarcasme et le mensonge: « Il faut mentir comme un diable, disait-il, non pas timidement et pour un temps, mais hardiment et toujours. » Telle était l'influence de Voltaire, qu'il se croyait sûr du succès , et qu'il en fixait le terme dès l'année 1758. « Dans vingt ans, disait -il, Dieu aura beau jeu. » Vingt ans après, jour pour jour, il sentit les premières atteintes d'une maladie douloureuse, et il expira dans les convulsions du désespoir, en s'écriant : « Je meurs abandonné de Dieu et des hommes! » Ce fut un spectacle si terrible, que le médecin lui-même, saisi d'horreur, exprimait le regret de n'y pas voir assister tous ceux qu'avaient séduits les livres du grand promoteur de l'incrédulité.
D. Quel homme exerça le plus d'influence sur le xvme siècle, après Voltaire?
R. Ce fut Jean-Jacques Rousseau, qui déclara la guerre, non plus seulement à l'Église, mais à la société. La plupart des incrédules ne voulaient détruire l'autorité religieuse que pour ruiner l'autorité politique et renverser les trônes; et nul ne développa avec plus d'éclat que Rousseau les principes de révolte contre tout pouvoir légitime. Esprit brillant, mais paradoxal, il sut fasciner son siècle par des théories chimériques , dans lesquelles il supposait que l'homme naît bon , et que la société le rend mauvais. Il n'y avait point, à son avis, d'état plus parfai-t et plus heureux que l'état sauvage, et il faudrait y ramener tous les hommes, en supprimant les institutions religieuses, civiles et politiques, qui les ont corrompus. Cet audacieux novateur prouva une fois de plus que l'iniquité se contredit elle-même : il sou-
tenait que l'homme naît bon , et il avouait que luimême était né vicieux; il écrivait de belles pages sur la divinité de Jésus -Christ, et il rejetait le Christianisme pour se borner au culte de l'Être suprême; il n'accordait qu'au peuple souverain l'autorité nécessaire pour faire des lois, et il le déclarait incapable d'en faire; il recommandait aux parents d'élever euxmêmes leurs enfants, et lui-même envoyait tous les siens à l'hospice des Enfants -Trouvés, sans jamais consentir à les revoir; il protestait qu'il tenait pour sacrés les devoirs de la reconnaissance et de l'amitié, et il se complaisait à diffamer ses bienfaiteurs et ses amis; enfin, après avoir étalé sans repentir, dans ses Confessions, les scandaleuses turpitudes de sa vie , il osait encore défier le souverain Juge de trouver un mortel meilleur que lui; et, comme pour se donner un dernier démenti , ce misérable sophiste termina ses jours par un suicide.
D. N'y eut-il pas d'autres écrivains qui hâtèrent les progrès de l'incrédulité?
R. Il y en eut un grand nombre, et les plus célèbres travaillèrent de concert à la publication d'un ouvrage volumineux, Y Encyclopédie, qu'ils destinaient à répandre les lumières de leur prétendue philosophie, c'est-à-dire les plus funestes erreurs. Sous prétexte que le monde avait été jusqu'alors plongé dans les ténèbres, ces orgueilleux novateurs déclaraient une guerre acharnée à tout le passé : ils s'attribuaient la mission de réformer la société au nom de la pure raison , comme les chefs du protestantisme avaient voulu réformer l'Église au nom du pur Évangile. S'inspirant de la haine, ils n'avaient de puissance que pour détruire; c'est la puissance de l'enfer. Aussi avaient- ils pour complices tous les instincts pervers du siècle; et le plus influent des Encyclopédistes, Diderot, osait dévoiler le but de cette abominable
conspiration, en exprimant le vœu « d'étrangler le dernier des rois avec les entrailles du dernier des prêtres ».
Tandis que les incrédules égaraient l'opinion publique par leurs écrits, ils s'assuraient l'appui des sociétés secrètes que les Francs -Maçons formaient en France pour l'œuvre de destruction. Des ministres influents se faisaient gloire de les protéger, et il y avait des souverains assez aveugles pour diriger euxmêmes contre l'Église des coups destinés à abattre tous les trônes sur les ruines de l'autel.