‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 39 sur 56 · A. — LE JOSEPHISME. — PIE VI · texte numérisé non relu

A. — LE JOSEPHISME. — PIE VI

D. Quel souverain catholique se signala, au xvme siècle, par ses attaques contre l'Église?

R. Dans la dernière moitié du xvnr3 siècle, tous les souverains catholiques, cédant à l'influence du philosophisme, adoptèrent dans leurs États des mesures contraires aux libertés de l'Église; mais ce fut l'empereur d'Allemagne, Joseph II, qui se signala par la violence de ses attaques. Esprit également étroit et opiniâtre, ce prince eut la manie des réformes. Quelques mois lui suffirent pour créer tout un système d'administration si oppressive, qu'elle lui livrait les intérêts, les libertés et la conscience même de ses sujets. Il fut interdit aux évêques de communiquer avec Rome sans l'autorisation impériale ; on leur refusa le droit de former eux-mêmes les membres du clergé, que l'État fit instruire dans les principes du gallicanisme, du jansénisme et de l'incrédulité. C'était la doctrine émise par un évêque allemand, devenu tristement célèbre sous le nom de Fébronius. Fébronius, condamné parle Saint-Siège, s'était rétracté; mais Jo-

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scph II s'obstinait à supprimer les ordres religieux, à transformer toutes les confréries en une société philanthropique , à prescrire aux curés les sujets qu'ils devaient traiter en chaire, et à simplifier par ordonnance les cérémonies du culte; il alla jusqu'à déterminer le nombre des cierges , la hauteur des statues et l'heure de sonner les cloches. L'Église perdait son indépendance et pouvait être étouffée sous le poids de ce despotisme administratif, qu'on ajustement flétri du nom de Joséphisme.

D. Qui défendit alors les droits de l'Église?

R. Ce fut le pape Pie VI, qui ne cessait de signaler aux souverains catholiques le danger d'emprunter au philosophisme un système de réforme aussi funeste à leur propre autorité qu'à celle de la Religion. Voyant l'Allemagne menacée d'un schisme, le courageux Pontife voulut, malgré tous les avis contraires, se rendre à Vienne, comme il aurait été au martyre (1782). C'était la première fois , depuis plus de trois siècles , que le Chef de l'Église sortait de l'Italie; partout, sur son passage, les populations lui prodiguèrent les témoignages les plus consolants de piété et de vénération. Mais Joseph II affecta de lui donner une escorte composée de soldats hérétiques; et le premier ministre de l'empereur accueillit le Vicaire de Jésus -Christ en lui serrant la main, comme il eût fait à un simple particulier. C'était le ton du siècle : souverains et ministres ne savaient plus admirer que les coryphées de l'incrédulité. Le Souverain Pontife n'obtint que de vaines promesses, et, pour ouvrir enfin les yeux à l'empereur, il ne fallut rien n*oins que la révolte générale de ses sujets. Ce fut alors, mais trop tard, qu'il implora l'intervention du Chef de l'Église : il mourut de chagrin , en recommandant de graver sur son tombeau cette épitaphe : Ci-gît Joseph II, qui fut malheureux dans toutes ses entreprises (1790).

HUITIÈME ÉPOQUE

Depuis la Révolution française jusqu'à nos jours, de l'an 4789 à l'an 1866: durée, 77 ans.

I. — LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. — CONFISCATION DES BIENS ECCLÉSIASTIQUES. — SUPPRESSION DES ORDRES RELIGIEUX.

D. A quelle occasion éclata la Révolution française?

R. Le roi Louis XVI avait convoqué une assemblée des états généraux pour adopter, de concert avec elle, les réformes qu'on jugerait propres à assurer la prospérité de la France; mais plusieurs députés, résolus d'avance à perdre le roi, commencèrent par lui désobéir, sous prétexte qu'il voulait les opprimer. L'impunité ne fit qu'accroître leur audace, et ils décidèrent les élats généraux à s'emparer du souverain pouvoir, sous le nom d'assemblée nationale et constituante. C'était toute une révolution; et dès lors il ne s'agit plus de réformer, mais de changer complètement l'ancienne constitution de la France, et, pour se donner libre carrièçe, on supposa même que la France n'avait point eu jusqu'alors de constitution , comme si ce grand royaume avait pu, durant treize siècles, vivre et prospérer sans être constitué. Les novateurs se mirent donc à l'œuvre; mais, disciples trop fidèles de Jean -Jacques Rousseau et d'autres

théoriciens incrédules, ils s'imaginèrent que la société pouvait subsister et être gouvernée sans religion. En séparant l'homme de Dieu, ils avaient prétendu l'affranchir ; et l'expérience prouva bientôt qu'ils n'avaient fait que préparer la voie au plus affreux despotisme, comme à la persécution la plus sanglante contre l'Église de- Jésus-Christ.

D. Comment l'Église fut-elle d'abord persécutée?

R. Aux yeux des fougueux novateurs qui voulaient détruire tout le passé , il n'y avait point d'adversaire plus redoutable que l'Église, qui consacre tous les droits, et qui prescrit l'observation de tous les devoirs. Aussi l'orateur le plus influent de l'assemblée constituante, Mirabeau, disait- il qu'avant toutes choses, il fallait décatholiciser la France. Cet homme, que ses vices scandaleux avaient conduit trois fois en prison, eut assez d'empire sur l'assemblée pour faire rendre un décret qui confisquait tous les biens ecclésiastiques (1789). On n'accorda au clergé qu'une faible indemnité. En le dépouillant de ses biens, la Révolution violait elle-même le droit de propriété , qu'elle venait de déclarer inviolable. Cette spoliation inique faisait assez présager qu'après avoir mis l'Église hors de la société, la Révolution ne lui reconnaîtrait aucun droit ni aucune liberté.

D. Comment l'assemblée constituante viola- 1- elle d'abord la liberté de conscience, qu'elle avait proclamée?

R. En supprimant par un décret les ordres religieux et les vœux monastiques (1790). C'était du même coup usurper une autorité qui n'appartient qu'à l'Église , et refuser aux fidèles le droit de pratiquer à leur gré les conseils évangéliques. Les novateurs publiaient que les cloîtres n'étaient peuplés que de victimes, et qu'il suffirait d'en ouvrir les portes pour voir tous les habitants se hâter d'en sortir. Les

cloîtres furent donc ouverts ; mais ia fidélité du grand nombre consola l'Église de quelques défections, et les religieuses se firent un devoir de rester dans les asiles de la vertu. Il fallut bientôt recourir à la violence pour les en arracher, et leur constance devint pour l'univers un spectacle d'admiration, et pour la Religion une victoire éclatante.

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