‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 40 sur 56 · II. — CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

II. — CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ

D. Quelle fut la principale mesure que l'assemblée constituante décréta contre l'Église?

R. L'assemblée, entraînée par la haine du Saint- Siège autant que par l'ardeur frénétique de tout innover, prétendit donner une constitution à l'Église de Jésus-Christ, et elle décréta la constitution civile du clergé (1790). Le nombre des diocèses était réduit à celui des nouveaux départements français, quatrevingt-trois, l'élection des évêques et des curés, comme celle des fonctionnaires civils, était attribuée au suffrage de tous les citoyens indistinctement, catholiques, juifs ou protestants; et les évêques élus eurent défense de recourir à Rome pour la confirmation de leur nouvelle dignité. Rédigée par les députés jansénistes, cette constitution était schismatique. L'assemblée décréta que tous les évêques et tous les prêtres feraient serment de l'observer. Dieu voulait éprouver le clergé français, et montrer à l'univers qu'en face de la Révolution triomphante et armée du glaive, l'Église de Jésus-Christ peut encore enfanter d'innombrables martyrs, et rester invincible.

D. N'y eut- il pas une partie du clergé français qui devint schismatique?

R. La partie la plus saine et la plus nombreuse du

clergé refusa le serment exigé par l'assemblée ; elle se montra disposée à tout perdre et à tout souffrir plutôt que de trahir sa foi. Il n'y eut que cinq évêques et un certain nombre de prêtres qui acceptèrent la constitution schismatique; et le titre de constitutionnels ou assermentés devint pour eux une flétrissure méritée. On les installa par violence dans les évêchés et les cures, à la place des pasteurs légitimes, qui furent chassés comme réfractaires; mais on ne pouvait leur doûner juridiction sur les âmes, et comme ces intrus manquaient d'ailleurs de science et de vertu, ils virent tout d'abord les fidèles refuser avec horreur leur ministère sacrilège. Le pape Pie VI leur porta le dernier coup, en condamnant leur intrusion et les attentats de l'assemblée constituante (1791). Dès lors l'Église de Jésus -Christ fut attaquée à force ouverte : le Souverain Pontife fut brûlé en effigie devant le Palais -Royal; et peu après, comme pour signaler au monde entier le véritable caractère de la Révolution, l'assemblée décréta qu'à côté des restes de Mirabeau, ceux de Voltaire et de Jean- Jacques Rousseau seraient déposés dans l'église Sainte- Geneviève, qui reçut le nom de Panthéon, avec ces mots gravés sur le frontispice : Aux grands hommes la patrie reconnaissante.

D. Que fit alors le clergé schismatique?

R. Quelques membres rétractèrent leur serment et rentrèrent dan? le sein de l'Église; mais la plupart, s'obstinant dans le schisme, participèrent à tous les excès de la Révolution. Leurs églises restèrent désertes , et l'on vit des gens sans aveu maltraiter les fidèles qui refusaient de s'y rendre, tandis qu'ils poursuivaient à main armée ceux qui s'assemblaient chez les prêtres réfractaires. Tous les cultes étaient libres, excepté le culte catholique. Le roi Louis XVI avait eu la faiblesse de signer les décrets schisma-

tiques de rassemblée; et, pressé par les factieux, il consentit même, le jour de Pâques, à entendre en public la messe d'un prêtre constitutionnel. Cette concession criminelle fut la dernière : il rejeta avec une fermeté inébranlable les nouveaux décrets qui condamnaient à la déportation les prêtres fidèles à leur devoir. La Révolution en fit un grief pour préparer Témeute qui, en un jour, précipita l'infortuné monarque du trône dans la prison (10 août 1792 . Aussitôt les vrais ministres de la Religion furent, les uns bannis et déportés, les autres arrêtés, tous mis hors la loi, comme agents du fanatisme; et ils trouvèrent leurs persécuteurs les plus acharnés parmi les prêtres apostats qui , affublés du bonnet rouge et d'autres insignes non moins ignobles, célébraient dans des fêtes sacrilèges l'avènement de ce qu'ils appe-

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